Paris: L’Association des Amis d’Emmanuel Mounier organise une rencontre internationale

APIC – Interview

Influence sur les jeunes intellectuels

Pour l’agence APIC, Jean-Claude Noyé, Paris

Paris, 3 octobre 2000 (APIC) Emmanuel Mounier, philosophe chrétien et fondateur du personnalisme et de la revue «Esprit», a beaucoup influencé les jeunes intellectuels de ce siècle et l’Action catholique. Cinquante ans après sa mort, sa pensée peut encore éclairer, fondée qu’elle est sur le respect de la personne humaine. Mounier a été l’un des premiers intellectuels français à dénoncer le stalinisme.

Pour célébrer le 50ème anniversaire du philosophe chrétien, l’Association des Amis d’Emmanuel Mounier organise les 5 et 6 octobre à Paris, à l’UNESCO, une grande rencontre internationale. Des participants d’une quinzaine de pays sont attendus. Interviendront notamment le philosophe Paul Ricoeur et l’historien et politologue René Rémond. Jeudi 5 octobre aura lieu dans l’amphithéâtre de la Sorbonne une table ronde ouverte au public. Les organisateurs espèrent que l’année 2000 serai ainsi l’occasion de redécouvrir une œuvre dont l’influence fut considérable auprès de l’intelligentsia et des milieux de l’Action catholique jusqu’au tournant de mai 68. Le point de vue de Guy Coq, philosophe, président de l’association des Amis d’Emmanuel Mounier et coprésident, avec Jacques Delors, du comité de patronage de ce colloque.

APIC: Quand et comment l’œuvre d’Emmanuel Mounier a-t-elle été influente ?

Guy Coq: Cette influence s’est exercée avant la guerre et bien après sa mort. Son œuvre a subi un purgatoire à partir de 1968. Il y a trois ans encore, elle n’était plus du tout éditée en français, excepté le Que-sais-je ? sur le personnalisme. Lequel s’est tout de même vendu à 200’000 exemplaires en 50 ans ! Emmanuel Mounier a exercé une importante fonction éducative auprès de jeunes intellectuels et il a beaucoup marqué l’Action catholique. Beaucoup de cadres du Parti socialiste (PS), issu du courant influencé par le christianisme, ont été initiés à l’engagement politique par lui. Jacques Delors, qui devrait publier dans le quotidien Le Monde juste avant le colloque un important article sur Mounier, en est un cas typique.

APIC: Sa pensée peut-elle nous éclairer aujourd’hui ?

Guy Coq: Très certainement. Grand éducateur du citoyen avant la lettre, penseur de l’action sociale et politique, il nous invite, face à la crise du politique, à repenser et reconstruire les bases de la citoyenneté. Je crois par exemple qu’il peut être, pour tous ces jeunes qui ont assisté aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), un passeur vers la spiritualité de l’engagement. Mounier est de ceux qui ont travaillé pour que l’Eglise accepte pleinement la modernité, la démocratie et la société laïque: en cela il a contribué à l’avènement du Concile Vatican II. Au plan anthropologique, face à la crise des sciences de l’homme qui n’ont pas tenu toutes leurs promesses, il nous convie à nous pencher à nouveaux frais sur la notion de personne. De même, dans le débat sur l’articulation entre individualisme et vie démocratique – jusqu’où l’individualisme n’est-il pas destructeur du lien social ? -, sa pensée se présente comme une alternative. Elle est toute entière fondée sur la grandeur et le respect de la personne humaine. Un respect qui suppose précisément que l’individu, dans ce qu’il a de meilleur, soit en relation avec les autres. A ce propos, qu’il en soit venu à constituer avec les personnalités qui gravitaient autour de la revue «Esprit» une sorte de communauté, à Châtenay-Malabry (banlieue parisienne), n’est pas anecdotique. Au plan politique, séduit par Proudhon, il n’a pas, il est vrai, la force conceptuelle de Marx ou Hegel. Mais, précisément, cette faiblesse est devenue une force après l’écroulement des grandes idéologies: la force de continuer à refuser le désordre établi après l’abandon de l’utopie marxiste. On lui a reproché à tort d’être trop indulgent avec les communistes, car s’il voyait en eux d’authentiques représentants de la classe ouvrière, il n’a pour autant jamais fait de concessions au système totalitaire soviétique. Il fut au contraire l’un des premiers et rares intellectuels français à dénoncer le stalinisme, de même qu’il prit parti contre le fascisme et le colonialisme.

APIC: Les éditions «Nouvelle Cité» publie «Prier 15 jours avec Emmanuel Mounier». Pourquoi ?

Guy Coq: Rien d’étonnant car Mounier fut un grand spirituel. Il disait volontiers qu’il aurait aimé être contemplatif. Sa foi était profonde. Il suffit de lire son journal pour s’en rendre compte. A mes yeux, c’est une figure de sainteté du XXème siècle. (apic/jcn/fm)

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