APIC – Interview
Comment la Révélation peut-elle être transmise à l’humanité
Pour l’agence APIC, Caroline Boüan
Rome, 6 octobre 2000 (APIC) Réunis du 2 au 7 octobre au Vatican pour leur session plénière annuelle, les théologiens membres de la Commission théologique internationale, se sont penchés essentiellement sur le diaconat et sur le lien entre la Révélation et l’inculturation.
Pour Mgr Minnerath, théologien français et professeur à l’Université catholique de Strasbourg, les discussions concernant le diaconat sont complexes… La difficulté vient de ce que le Concile Vatican II a introduit la possibilité du diaconat permanent alors qu’autrefois le diaconat était une étape vers le sacerdoce. « Du coup, l’image du diacre oscille aujourd’hui entre une ressemblance avec le sacerdoce et un engagement qui se rapproche de celui des laïcs. Il y a un certain flou dans la définition doctrinale de ce qu’est son ministère », estime le théologien français.
APIC: Vous avez commencé à réfléchir sur le lien entre la Révélation et l’inculturation. Dans quel but ?
Mgr Minnerath: Le lien entre la Révélation et l’inculturation est un point capital pour aborder la question de l’évangélisation à notre époque. Le problème se pose particulièrement depuis 30 ou 40 ans. Autrefois en effet, l’évangélisation était davantage liée à l’expansion de notre culture. En évangélisant, les missionnaires exportaient en toute bonne foi la civilisation occidentale. De là sont nées parfois des équivoques, et même des méconnaissances complètes des cultures rencontrées.
Aujourd’hui, on ressent davantage la nécessité de se mettre à la portée du peuple auquel on s’adresse, de parler sa langue et de s’exprimer selon ses catégories de pensée. Toutefois, il faut tenir compte du fait que Dieu s’est révélé dans l’histoire humaine dans une culture précise, celle du monde juif à l’époque romaine. La question est donc de savoir comment cette Révélation peut maintenant être transmise à l’humanité toute entière, puisque Dieu ne s’est pas fait homme uniquement pour les Palestiniens du premier siècle.
APIC: Quels sont donc les enjeux actuels de l’évangélisation?
Mgr Minnerath: Tout acte d’évangélisation entraîne des changements dans une culture. La révélation chrétienne annonce aussi ce qu’est l’homme, et donc la manière de vivre humainement. Le christianisme, tout en prenant la couleur locale du peuple auquel il s’adresse, transforme forcément sa culture sur ces questions de morale. On touche là une limite de l’inculturation. Par ailleurs, il faut tenir compte du fait que le contenu de la foi a été approfondi par les premiers grands conciles grâce à l’apport de concepts appartenant à la philosophie grecque. Ainsi, pour définir ce qu’est la Trinité, on s’est servi du terme de « substance », qui ne vient pas de l’Evangile. Il serait difficile d’exprimer ce qu’est la réalité de la Trinité selon d’autres catégories culturelles.
APIC: Votre dernière journée du 7 octobre sera consacrée à la question de la création de l’homme. De quoi s’agit-il exactement ?
Mgr Minnerath: Nous n’en sommes pour l’instant qu’à une ébauche de réflexion sur ce point. Il s’agit pour nous, non pas d’étudier les théories scientifiques sur l’apparition de l’homo sapiens, mais d’examiner à partir de la Bible quelle est la relation de l’homme avec son créateur. Sur ce sujet, les livres de la Genèse sont une mine inouïe d’informations. On s’aperçoit en effet que l’image de l’homme aujourd’hui est largement tributaire de celle que la Bible nous a donnée. La dignité de l’homme créé par Dieu, telle que la présente la Bible, est à la racine de la notion des droits de l’homme, qui est propre à la culture judéo-chrétienne.
Il est intéressant de constater également que la notion de « personne », qui est le fondement du droit occidental, nous vient elle aussi de la culture biblique. La personne est alors apparue comme étant « une substance, une liberté, une relation ». L’idée de substance indique que chaque être humain est irréductible et unique. Il y a là un apport extraordinaire du christianisme à la culture humaine. En effet, on ne trouve pas la même notion de personne dans les cultures asiatiques, où l’homme est plutôt une étincelle de divinité dans un univers matériel. (apic/imed/fm)
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