La déchristianisation, l’ouverture de la Chine et l’islam radical:

Apic interview

Les grands défis de l’Eglise, selon le cardinal George Pell

Propos recueillis à Rome par Ariane Rollier

Rome, 11 mars 2005 (Apic) La déchristianisation, l’ouverture de la Chine et l’islam radical sont les grands défis de l’Eglise contemporaine, selon le cardinal George Pell. L’archevêque de Sydney, à Rome depuis début mars, a été interrogé par I’Apic sur les défis actuels et futurs de l’Eglise à Rome, en Australie, et plus généralement dans le monde, mais aussi sur la santé du pape.

Cardinal Pell: J’ai trouvé qu’il semblait y avoir peut-être moins d’excitation, moins de désordre, moins de préoccupation au sujet de la santé du pape à Rome qu’à Sydney. Il semble qu’ici les gens ne s’attendent pas à ce qu’il meurt très bientôt. De façon évidente, le pape est très malade, mais les signes médicaux n’indiquent pas une mort imminente.

Apic: Quel tableau de la religion brosser en Australie?

Cardinal Pell: Nous sommes en quelque sorte entre la situation religieuse aux Etats-Unis et la Grande-Bretagne: la religion n’est pas aussi influente en Australie qu’aux Etats-Unis, mais les forces anti-religieuses n’y sont pas aussi puissantes. A mon avis, il serait impossible en Australie que quelqu’un comme Rocco Buttiglione se voit aujourd’hui refuser une position ministérielle parce qu’il a des conceptions chrétiennes sur la vie et la famille.

Apic: Quels sont les principaux défis auxquels vous devez faire face?

Cardinal Pell: Nos défis sont ceux du monde occidental. Nous avons le grand scandale de l’avortement. Un sérieux débat publique a récemment commencé à ce sujet. Nous espérons obtenir le résultat de réduire progressivement le nombre d’avortements. Nous avons aussi un défi sérieux dans le manque de vocations à la prêtrise. Malheureusement, sauf changement majeur, beaucoup de nos ordres religieux finiront par cesser d’exister. Raison pour laquelle il faut encourager la nouveauté. Je suis un sérieux supporter des mouvements nouveaux, mais ils ne se sont pas répandus en Australie et dans la plupart des pays anglophones comme ils le se sont en Italie ou en Espagne. Il faut également faire face à l’indifférence

Apic: Et ceux qui se posent face aux priorités contemporaines de l’Eglise en général.

Cardinal Pell: C’est une grande question. Notre défi majeur est la déchristianisation de l’Europe. L’Europe a beaucoup fourni pour la croissance de l’Eglise, même récemment. De grands théologiens, de grands centres religieux, disent que si la religion continue à décliner de façon radicale en Europe, ce sera une énorme perte pour l’Eglise.

Apic: Vous parlez de l’Europe, mais le reste du monde?

Cardinal Pell: Un autre défi très important pour l’avenir est la Chine. Ce pays change, s’ouvre économiquement. Il pourrait s’ouvrir culturellement et religieusement. C’est peut-être le prochain grand terrain de mission. Un autre énorme problème, bien sûr, est le défi de l’islam radical et du terrorisme. La présence de si nombreux musulmans en Europe est une problématique sérieuse. Nous n’avons pas un tel pourcentage en Australie, mais j’y ai souligné l’importance de traiter de façon juste nos minorités musulmanes. Ainsi, personne ne pourrait utiliser comme prétexte pour radicaliser la jeunesse, le fait que nous les traitions mal. Le défi de l’islam se décidera probablement au sein du monde musulman lui-même. Si les démocrates pouvaient essayer de rester effectivement au contrôle, et ne pas être remplacés par des éléments radicaux islamistes hostiles.

Apic: Pensez-vous que le prochain pape doit s’inscrire dans la lignée de Jean Paul II?

Cardinal Pell: Connaissant les Australiens et le monde anglophone, mon sentiment général est que nous devrions continuer dans les lignes des politiques générales de Jean Paul II. Maintenant, un des avantages d’avoir un nouveau pape est qu’il y aura de nouvelles perspectives. C’est pour cela que nous changeons d’évêques et de curés de paroisse. Une continuité serait mon désir, mais qui sait ?

Apic: Et quelles seraient ces nouvelles perspectives?

Cardinal Pell: Chaque personne fait les choses de façon un peu différente. Qui sait ce dont le futur sera porteur ? Si nous avons un pape âgé, il ne voyagera pas autant que Jean Paul II quand il était jeune et vigoureux. L’accent pourrait être mis davantage sur la coordination de la curie. Qui sait ? (apic/imedia/ar/pr)

11 mars 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Rome: La Commission théologique internationale se penche sur le problème du diaconat

APIC – Interview

Comment la Révélation peut-elle être transmise à l’humanité

Pour l’agence APIC, Caroline Boüan

Rome, 6 octobre 2000 (APIC) Réunis du 2 au 7 octobre au Vatican pour leur session plénière annuelle, les théologiens membres de la Commission théologique internationale, se sont penchés essentiellement sur le diaconat et sur le lien entre la Révélation et l’inculturation.

Pour Mgr Minnerath, théologien français et professeur à l’Université catholique de Strasbourg, les discussions concernant le diaconat sont complexes… La difficulté vient de ce que le Concile Vatican II a introduit la possibilité du diaconat permanent alors qu’autrefois le diaconat était une étape vers le sacerdoce. «Du coup, l’image du diacre oscille aujourd’hui entre une ressemblance avec le sacerdoce et un engagement qui se rapproche de celui des laïcs. Il y a un certain flou dans la définition doctrinale de ce qu’est son ministère», estime le théologien français.

APIC: Vous avez commencé à réfléchir sur le lien entre la Révélation et l’inculturation. Dans quel but ?

Mgr Minnerath: Le lien entre la Révélation et l’inculturation est un point capital pour aborder la question de l’évangélisation à notre époque. Le problème se pose particulièrement depuis 30 ou 40 ans. Autrefois en effet, l’évangélisation était davantage liée à l’expansion de notre culture. En évangélisant, les missionnaires exportaient en toute bonne foi la civilisation occidentale. De là sont nées parfois des équivoques, et même des méconnaissances complètes des cultures rencontrées.

Aujourd’hui, on ressent davantage la nécessité de se mettre à la portée du peuple auquel on s’adresse, de parler sa langue et de s’exprimer selon ses catégories de pensée. Toutefois, il faut tenir compte du fait que Dieu s’est révélé dans l’histoire humaine dans une culture précise, celle du monde juif à l’époque romaine. La question est donc de savoir comment cette Révélation peut maintenant être transmise à l’humanité toute entière, puisque Dieu ne s’est pas fait homme uniquement pour les Palestiniens du premier siècle.

APIC: Quels sont donc les enjeux actuels de l’évangélisation?

Mgr Minnerath: Tout acte d’évangélisation entraîne des changements dans une culture. La révélation chrétienne annonce aussi ce qu’est l’homme, et donc la manière de vivre humainement. Le christianisme, tout en prenant la couleur locale du peuple auquel il s’adresse, transforme forcément sa culture sur ces questions de morale. On touche là une limite de l’inculturation. Par ailleurs, il faut tenir compte du fait que le contenu de la foi a été approfondi par les premiers grands conciles grâce à l’apport de concepts appartenant à la philosophie grecque. Ainsi, pour définir ce qu’est la Trinité, on s’est servi du terme de «substance», qui ne vient pas de l’Evangile. Il serait difficile d’exprimer ce qu’est la réalité de la Trinité selon d’autres catégories culturelles.

APIC: Votre dernière journée du 7 octobre sera consacrée à la question de la création de l’homme. De quoi s’agit-il exactement ?

Mgr Minnerath: Nous n’en sommes pour l’instant qu’à une ébauche de réflexion sur ce point. Il s’agit pour nous, non pas d’étudier les théories scientifiques sur l’apparition de l’homo sapiens, mais d’examiner à partir de la Bible quelle est la relation de l’homme avec son créateur. Sur ce sujet, les livres de la Genèse sont une mine inouïe d’informations. On s’aperçoit en effet que l’image de l’homme aujourd’hui est largement tributaire de celle que la Bible nous a donnée. La dignité de l’homme créé par Dieu, telle que la présente la Bible, est à la racine de la notion des droits de l’homme, qui est propre à la culture judéo-chrétienne.

Il est intéressant de constater également que la notion de «personne», qui est le fondement du droit occidental, nous vient elle aussi de la culture biblique. La personne est alors apparue comme étant «une substance, une liberté, une relation». L’idée de substance indique que chaque être humain est irréductible et unique. Il y a là un apport extraordinaire du christianisme à la culture humaine. En effet, on ne trouve pas la même notion de personne dans les cultures asiatiques, où l’homme est plutôt une étincelle de divinité dans un univers matériel. (apic/imed/fm)

6 octobre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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