APIC – interview
Un grand témoin en spiritualité et en patristique
Caroline Boüan, pour l’agence APIC
Rome, 30 août 2000 (APIC) Le père Olivier Raquez, bénédictin belge, est le postulateur de la cause de béatification de Dom Columba Joseph Marmion (1858 1923), troisième abbé de l’abbaye bénédictine de Maredsous en Belgique. A quelques jours de sa béatification par Jean Paul II le 3 septembre, il explique ce que représente l’événement pour l’Eglise et pour les bénédictins.
Aujourd’hui, si l’on cherche des livres de spiritualité ou de patristique, on en trouve dans n’importe quelle librairie. Mais à l’époque de Dom Marmion, ce n’était pas le cas. C’est pourquoi ses ouvrages de spiritualité et ses efforts pour encourager les recherches dans le domaine patristique, lorsqu’il était abbé de Maredsous à partir de 1909, ont eu une grande importance.
Lorsque Dom Marmion est entré chez les bénédictins, en 1886, après avoir été prêtre dans le diocèse de Dublin, on a très vite remarqué que ses entretiens spirituels suscitaient un grand intérêt. Il était à la fois classique et très spontané, plutôt bienveillant en général, d’une grande amabilité. Il connaissait beaucoup de monde, s’intéressait aux personnes, et avait une influence directe sur beaucoup de gens.
APIC: Comment expliquer le grand rayonnement de Dom Marmion au début du siècle?
R: Son rayonnement s’est surtout accru lorsqu’il a été élu abbé de Maredsous en 1909, après avoir passé dix ans au monastère du Mont-César qui venait d’être fondé à Louvain. Ses conférences spirituelles attiraient beaucoup de monde. Mais sa spécialité n’était pas d’écrire. Lorsque son secrétaire a compilé ses conférences pour en faire trois volumes, à partir de 1917, on y a retrouvé les enseignements de Dom Marmion, mais sans son style, ni les marques de sa personnalité.
Toutefois le contenu objectif était là. Tous ces ouvrages étaient centrés sur la personne du Christ : «Le Christ, vie de l’âme» (1917), «Le Christ dans Ses Mystères» (1919) et «Le Christ, Idéal du moine» (1922).
Ces livres ont eu un succès éblouissant. Ils ont été publiés en des centaines de milliers d’exemplaires, et traduits en une quinzaine de langues. Il y a quelques jours, j’ai rencontré un ancien étudiant du Collège roumain, qui y était séminariste en 1933. Il a aujourd’hui 87 ans, et a fini le 15 août dernier une traduction en roumain du premier volume de Dom Marmion, «Le Christ, vie de l’âme» !
APIC: On connaît moins Dom Marmion aujourd’hui…
R: Il a surtout été très lu entre les deux guerres et jusqu’en 1950. Depuis, la vie de l’Eglise a beaucoup évolué, et ses oeuvres paraissent moins exceptionnelles. On les publie encore, mais leur vocabulaire date un peu. A l’époque en revanche, elles étaient la lecture habituelle du clergé, des religieux et religieuses.
C’est à cause de cette influence considérable que le pape a voulu que sa béatification ait lieu pendant l’année sainte. Dom Marmion est en effet une figure importante de l’histoire de la spiritualité catholique du siècle qui vient de s’achever. Il a eu le mérite de créer une doctrine solide sur la base des Ecritures et de la liturgie, et de la centrer sur le Christ, en insistant en particulier sur les épitres de Saint Paul. Il s’est ainsi rapprochéé de l’essentiel de la foi, après une spiritualité peut-être un peu vague au XIXème siècle.
En 1922, le pape Benoît XV a publié une préface de ses livres, en parlant de «la doctrine la plus sérieuse du monde». Pie XI en a également parlé avec éloge. Et Mgr Montini, futur Paul VI, faisait partie en 1954 des évêques qui ont insisté pour que commence la procédure en vue de la béatification de Dom Marmion.
APIC: Cette béatification a-t-elle de l’importance pour les bénédictins ?
R: Une grande importance. La réunion des abbés bénédictins qui a lieu tous les quatre ans à Rome a d’ailleurs été placée cette année autour du 3 septembre, pour qu’ils puissent y assister. Les quelque 240 abbés bénédictins du monde entier seront donc présents à la cérémonie, et ne passeront pas inaperçus avec leur habit et leur croix pectorale !
La béatification de Dom Marmion vient confirmer encore une fois la bonté et la fécondité de la «voie bénédictine». Les bénédictins accordent beaucoup d’importance à la liturgie sur laquelle il ’est appuyé dans sa doctrine. Celle-ci développe ce qui est l’attitude la plus essentielle de l’âme chrétienne quand elle se met en rapport avec Dieu: l’attitude du Fils vers le Père.
Dom Marmion a donc contribué de façon importante à l’histoire moderne de la spiritualité monastique, dont il montre l’ouverture universelle. (apic/imed/bb)
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