Berne: Le point sur l’information religieuse avec le politologue Claude Longchamp
Apic interview
Les images diffusées par l’Eglise: une stimulation pour les médias
Interview: Georges Scherrer / Traduction: Bernard Bovigny
Berne, 6 mai 2005 (Apic) Les médias religieux et confessionnels sont plus prompts à réagir face aux nouvelles tendances que la presse généraliste. C’est ce qu’affirme Claude Longchamp, directeur de l’institut de recherche en politique, communication et société à Berne. La maladie, le décès et les obsèques de Jean Paul II, tout comme l’élection de son successeur Benoît XVI, ont capté durant plusieurs semaines l’attention des médias dans le monde entier.
L’Eglise catholique, à cette occasion, a diffusé des images «très colorées et splendides». «Une stimulation supplémentaire pour les médias», commente Claude Longchamp. Mais lorsqu’elle ne concerne pas les grands événements, l’information religieuse est reléguée en arrière plan et ne touche que les intéressés.
Les catholiques suisses célébreront Dimanche des médias le 22 mai, sur le thème «Les moyens de communication au service de l’entente entre les peuples». L’occasion de faire le point sur l’apport de la presse religieuse et confessionnelle dans le concert des médias en Suisse.
Apic: Les citoyennes et citoyens de notre pays doivent fréquemment se forger une opinion lors des élections et votations. Quelle part prend la réflexion religieuse et confessionnelle à ces occasions?
Claude Longchamp: Les principaux facteurs d’influence dans la formation de l’opinion lors des votes sont le parti politique, l’appartenance à une région linguistique, l’opposition entre la ville et la campagne, l’appartenance sociale, ainsi que l’âge et le sexe. L’appartenance confessionnelle n’intervient qu’après. Mais il y a des exceptions, par exemple lors des débats sur l’interruption de grossesse.
Apic: Le 5 juin, les Suisses se prononceront au sujet de la loi sur le partenariat enregistré. L’appartenance religieuse exercera-t-elle une influence lors de ce scrutin?
C.L: Il n’y aura pas des différences significatives au niveau confessionnel sur cette question. Un antagonisme apparaîtra plutôt entre les milieux très attachés à la religion et ceux qui sont davantage orientés libéraux ou laïcistes.
Apic: Et quel rôle jouent les médias religieux dans la formation des opinions?
C.L: La majorité de la population consulte avant tout les médias électroniques, en particulier la TV et la radio, ainsi que les journaux à grand tirage. Et quand les gens veulent approfondir un thème, ils peuvent également prendre en considération les médias religieux ou confessionnels. La presse spécialisée réagit plus rapidement aux nouvelles orientations que la presse généraliste. Mais les thèmes issus des médias spécialisés qui n’apparaissent pas dans les médias de masse ne sont pris en considération que par un public de spécifique.
Internet joue un rôle important par rapport à cela. Lorsque je cherche des informations complémentaires sur un sujet précis à l’aide de mots clés, il arrive souvent que je tombe sur un site religieux ou confessionnel contenant des articles intéressants. Il est clair que le hasard intervient dans ce domaine. Mais sur internet, la dichotomie entre presse spécialisée et médias de masse s’atténue.
Apic: La presse spécialisée a beaucoup de peine à atteindre un large public .
C.L: Il y aura toujours des sujets marginaux qui intéresseront un large public. Parmi eux se trouvent les styles de vie alternatifs, les discussions sur ce qui touche la vie, . en résumé, des domaines dans lesquels la spiritualité intervient. Il y a également des thèmes politiques sur lesquels on aimerait entendre le point de vue de la presse confessionnelle, comme par exemple les heures d’ouverture des commerces et le travail du dimanche. La presse confessionnelle peut tout à fait avancer des arguments qui rencontreront un certain écho dans les discussions publiques. Mais par ailleurs, il est pour moi important qu’une revue spécialisée recouvre un spectre de diffusion assez large, afin que je n’aie pas à me référer à une multitude de petits bulletins.
Apic: Les quotidiens entrent-ils en concurrence avec les revues religieuses?
C.L: Pour qu’un thème religieux trouve une bonne place dans un journal, il doit coller à l’actualité. Si ce n’est pas le cas, il sera traité en arrière plan et placé dans des rubriques placées dans les pages intérieures. Il sera consulté par un public spécifique, qui se sera déjà fait une idée sur le sujet par l’intermédiaire de la presse spécialisée.
Apic: Vous-même, consultez-vous les médias religieux?
C.L: Je reçois un courrier abondant. Je ne consulte pas la presse religieuse en priorité.
Apic: Cela signifie-t-il que vous n’êtes pas intéressé par les questions religieuses?
C.L: La religion, comme je le perçois, doit se défendre avec difficulté dans une société orientée sur le court terme. La religion poursuit d’autres buts, comme par exemple les réponses aux questions touchant la manière de vivre.
Apic: Le décès de Jean Paul II et l’élection de Benoît XVI ont connu un immense écho médiatique. Pour quelle raison?
C.L: Nous avons connu un véritable événement religieux. Et il a trouvé un écho autant dans la presse spécialisée que généraliste, figurant même en grands titres. Les deux seuls événements qui ont connu un retentissement de cette ampleur ces derniers mois sont le changement de pape et le tsunami de décembre en Asie. Il y a deux ans, c’était la guerre en Irak. Le décès de Jean Paul II a été un véritable événement qui a connu son lot de tension et qui ne devrait pas rester sans suite. Beaucoup de jeunes ont manifesté pour une fois de l’intérêt pour des thèmes religieux. Et on se pose déjà la question: Quand sera-t-il canonisé?
Ce n’est pas totalement un hasard si le changement à la tête de l’Eglise catholique a attiré une telle attention. Le pape Jean Paul II, nonobstant toutes les tendances actuelles, est apparu publiquement en tant que personne âgée dans toute sa fragilité. Cela a provoqué beaucoup de réactions négatives, mais également de l’admiration en secret. Il a fait de son décès, qui est un événement considéré dans notre société comme privé, un thème de discussion public. Il est en résulté que d’autres sujets ont été relégués au second plan. Mais maintenant, les voix critiques qui interpellent l’Eglise sur des problèmes comme le manque de prêtres ou la situation des paroisses vont à nouveau se faire entendre.
Ce qui a également participé au fait que les médias se soient précipités sur le thème du pape est la valeur donnée par l’Eglise à l’image. Les images émanant de Rome étaient très colorées et splendides. L’Eglise catholique considère l’image comme une chance de pouvoir communiquer avec les personnes de culture simple. Il en est de même avec les chants d’Eglise, construits avec des textes et des mélodies simplifiés.
Apic: L’image et les chants d’Eglise constitueraient pour l’Eglise un meilleur moyen de communication que les médias écrits?
C.L: C’est le cas. La parole imprimée a certes joué un rôle important dans l’Eglise catholique. Et le latin a longtemps été la langue de la communication, bien qu’une minorité le comprenne. Intéressant est également le rôle joué par les saints au Moyen-Age. Ils sont l’expression de la faculté de l’Eglise catholique à communiquer par l’image. GS
Indications aux rédactions: Une photo de Claude Longchamp peuvent être commandées auprès de l’agence Apic: kipa@kipa-apic.ch
Encadré:
Des médias au service de la paix
L’Eglise catholique en Suisse célèbre le 22 mai le Dimanche des medias. Le thème adopté cette année est: «Les moyens de communication au service de l’entente entre les peuples». Des cartes représentant un ange portant une branche d’olivier et une caméra, et sur lesquelles figure le slogan «Des médias pour la paix» seront distribuées dans les paroisses de Suisse et du Liechtenstein.
La collecte sera destinée à différentes organisations catholiques actives dans le domaine de la communication par les médias, notamment l’Apic (Agence de presse internationale catholique), le Katholischer Mediendienst à Zurich, le CCRT (Centre catholique de radio et télévision), etc . Elle a rapporté en 2004 le total de 367’746 francs, soit 0,8% de moins que l’année précédente.
Encadré:
Les médias participent à la mission de l’Eglise
Dans son message à l’occasion du Dimanche des médias, Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg et coresponsable du dicastère médias à la Conférence épiscopale suisse, rappelle que l’Eglise est «envoyée dans le monde pour proclamer la Bonne Nouvelle». Ajoutant: «Aujourd’hui, nous savons que cette mission de l’Eglise requiert aussi l’utilisation des médias».
L’Eglise, affirme Mgr Genoud, considère les moyens de communication «non seulement comme des produits du génie humain, mais également comme d’immenses dons de Dieu pour transmettre son Evangile». Le 22 mai, les catholiques de Suisse et du Liechtenstein auront «la possibilité de contribuer par une quête au maintien d’une présence catholique agissante au sein de nos médias, afin d’édifier toujours plus, par ce biais-là également, la communauté humaine sur la base de notre foi, de la justice et de la charité.
Dans son message à l’occasion de la Journée mondiale des communications sociales, rédigé le 24 janvier dernier, le pape défunt Jean Paul II soulignait que vu la rapidité avec laquelle l’information circule, les médias sont opérationnels non seulement pour annoncer les conflits et les catastrophes, mais également pour mettre en oeuvre la solidarité, et détruire les murs de haine qui séparent les peuples. «La personne humaine et la communauté humaine sont la fin et la mesure de l’usage des moyens de la communication sociale», avait ajouté Jean Paul II.
(apic/gs/bb)
Rome: Interview du Père Olivier Raquez, postulateur de la cause de Dom Marmion
APIC – interview
Un grand témoin en spiritualité et en patristique
Caroline Boüan, pour l’agence APIC
Rome, 30 août 2000 (APIC) Le père Olivier Raquez, bénédictin belge, est le postulateur de la cause de béatification de Dom Columba Joseph Marmion (1858 1923), troisième abbé de l’abbaye bénédictine de Maredsous en Belgique. A quelques jours de sa béatification par Jean Paul II le 3 septembre, il explique ce que représente l’événement pour l’Eglise et pour les bénédictins.
Aujourd’hui, si l’on cherche des livres de spiritualité ou de patristique, on en trouve dans n’importe quelle librairie. Mais à l’époque de Dom Marmion, ce n’était pas le cas. C’est pourquoi ses ouvrages de spiritualité et ses efforts pour encourager les recherches dans le domaine patristique, lorsqu’il était abbé de Maredsous à partir de 1909, ont eu une grande importance.
Lorsque Dom Marmion est entré chez les bénédictins, en 1886, après avoir été prêtre dans le diocèse de Dublin, on a très vite remarqué que ses entretiens spirituels suscitaient un grand intérêt. Il était à la fois classique et très spontané, plutôt bienveillant en général, d’une grande amabilité. Il connaissait beaucoup de monde, s’intéressait aux personnes, et avait une influence directe sur beaucoup de gens.
APIC: Comment expliquer le grand rayonnement de Dom Marmion au début du siècle?
R: Son rayonnement s’est surtout accru lorsqu’il a été élu abbé de Maredsous en 1909, après avoir passé dix ans au monastère du Mont-César qui venait d’être fondé à Louvain. Ses conférences spirituelles attiraient beaucoup de monde. Mais sa spécialité n’était pas d’écrire. Lorsque son secrétaire a compilé ses conférences pour en faire trois volumes, à partir de 1917, on y a retrouvé les enseignements de Dom Marmion, mais sans son style, ni les marques de sa personnalité.
Toutefois le contenu objectif était là. Tous ces ouvrages étaient centrés sur la personne du Christ : «Le Christ, vie de l’âme» (1917), «Le Christ dans Ses Mystères» (1919) et «Le Christ, Idéal du moine» (1922).
Ces livres ont eu un succès éblouissant. Ils ont été publiés en des centaines de milliers d’exemplaires, et traduits en une quinzaine de langues. Il y a quelques jours, j’ai rencontré un ancien étudiant du Collège roumain, qui y était séminariste en 1933. Il a aujourd’hui 87 ans, et a fini le 15 août dernier une traduction en roumain du premier volume de Dom Marmion, «Le Christ, vie de l’âme» !
APIC: On connaît moins Dom Marmion aujourd’hui…
R: Il a surtout été très lu entre les deux guerres et jusqu’en 1950. Depuis, la vie de l’Eglise a beaucoup évolué, et ses oeuvres paraissent moins exceptionnelles. On les publie encore, mais leur vocabulaire date un peu. A l’époque en revanche, elles étaient la lecture habituelle du clergé, des religieux et religieuses.
C’est à cause de cette influence considérable que le pape a voulu que sa béatification ait lieu pendant l’année sainte. Dom Marmion est en effet une figure importante de l’histoire de la spiritualité catholique du siècle qui vient de s’achever. Il a eu le mérite de créer une doctrine solide sur la base des Ecritures et de la liturgie, et de la centrer sur le Christ, en insistant en particulier sur les épitres de Saint Paul. Il s’est ainsi rapprochéé de l’essentiel de la foi, après une spiritualité peut-être un peu vague au XIXème siècle.
En 1922, le pape Benoît XV a publié une préface de ses livres, en parlant de «la doctrine la plus sérieuse du monde». Pie XI en a également parlé avec éloge. Et Mgr Montini, futur Paul VI, faisait partie en 1954 des évêques qui ont insisté pour que commence la procédure en vue de la béatification de Dom Marmion.
APIC: Cette béatification a-t-elle de l’importance pour les bénédictins ?
R: Une grande importance. La réunion des abbés bénédictins qui a lieu tous les quatre ans à Rome a d’ailleurs été placée cette année autour du 3 septembre, pour qu’ils puissent y assister. Les quelque 240 abbés bénédictins du monde entier seront donc présents à la cérémonie, et ne passeront pas inaperçus avec leur habit et leur croix pectorale !
La béatification de Dom Marmion vient confirmer encore une fois la bonté et la fécondité de la «voie bénédictine». Les bénédictins accordent beaucoup d’importance à la liturgie sur laquelle il ’est appuyé dans sa doctrine. Celle-ci développe ce qui est l’attitude la plus essentielle de l’âme chrétienne quand elle se met en rapport avec Dieu: l’attitude du Fils vers le Père.
Dom Marmion a donc contribué de façon importante à l’histoire moderne de la spiritualité monastique, dont il montre l’ouverture universelle. (apic/imed/bb)




