La France des synodes (290389)

APIC-Dossier

Paris, 29mars(APIC/Marie-Jo Hazard) Est-ce une mode dans l’Eglise de

France ? Depuis que, en 1983, le diocèse de Limoges s’est lancé dans

l’aventure d’un synode qui s’est achevé à Pentecôte 1985, une vingtaine

d’autres lui ont emboîté le pas. Outre Limoges, trois autres diocèses ont

maintenant achevé leur démarche : le Mans, Angoulême et Perpignan. D’autres

sont à un stade plus ou moins avancé, de l’étape préparatoire – ou

« pré-synode » – à une phase proche du terme. Les formes mêmes varient : les

diocèses prévoient un synode plus ou moins long, ou même – comme Troyes et

Besançon – ne lui fixent pas de terme et se déclarent « en démarche synodale ». Pas de modèle, donc. De même que sont diverses les raisons qui conduisent un évêque à décider de lancer son diocèse dans l’aventure synodale.

Car c’est bien d’une aventure qu’il s’agit : donner la parole au peuple

catholique du diocèse, l’inviter à faire des propositions qui peuvent

orienter l’avenir de l’Eglise diocésaine, cela comporte assurément des risques, ne serait-ce, comme l’exprimait Mgr Gabriel Matagrin, évêque de

Grenoble, que d’accepter, pour l’évêque, de passer de la notion de pouvoir

à celle d’autorité (au sens étymologique du terme : « auctor, en latin,

« l’acteur », « celui qui fait, qui agit »).

Souvent, l’idée du synode est née de grandes rencontres organisées soit

au niveau du diocèse, soit à un niveau plus restreint. C’est ce qui s’est

passé, notamment, à Grenoble ou à Marseille : à l’occasion d’un grand rassemblement diocésain, « nous avons découvert que les chrétiens étaient heureux de se rencontrer », explique Mgr Robert Coffy, évêque de Marseille, qui

avait remarqué avec surprise que, bien souvent, l’évêque seul était au courant de la richesse et de la diversité des engagements dans le diocèse.

Ainsi, un synode est-il une occasion de rencontre et d’échange d’informations. Il est aussi, et peut-être même avant tout, un moyen de faire exister le diocèse, de lui faire découvrir qu’il n’est pas une subdivision

territoriale de l’Eglise universelle, mais qu’il est l’Eglise, dans sa diversité : « Découvrir l’identité diocèsaine, ce n’est pas gommer l’identité

des communautés qui composent ce diocèse – paroisses, communautés ethniques, culturelles, sociales… », affirme le Père Guy Herbulot, évêque

d’Evry, un « jeune » diocèse de la région parisienne, pusqu’il est né des

découpages départementaux effectués en 1964. « Nous tenons à l’identité de

ces communautés et à leurs solidarités : il faut que la diversité soit reconnue dans l’Eglise ». Enfin, rappelle l’évêque de Grenoble, un synode est

l’occasion de vérifier « comment le diocèse met en oeuvre le Concile Vatican

II ».

Comment va se dérouler un synode diocésain ? On détermine des thèmes de

travail : au Mans, à Grenoble, à Evry, c’est à partir de questionnaires

diffusés à travers tout le diocèse qu’ont été définis les sujets qui correspondent le plus aux préoccupations de l’Eglise diocèsaine. Des petits

groupes se constituent autour d’un thème : il faut être peu nombreux pour

que chacun puisse s’exprimer et que le travail soit efficace! Parfois même,

des non-croyants participent au travail : ainsi à Grenoble, un ouvrier a

rendu visite à tous ses voisins de cage d’escalier pour former un groupe;

résultat, sur sept personnes, cinq sont incroyantes – plusieurs appartenant

même au Parti communiste!

Pour animer le travail des groupes, organiser le déroulement du synode,

veiller à ce que les comptes rendus « remontent », l’évêque désigne une

« équipe synodale », animée par un secrétaire général. Le plus souvent,

celui-ci est un prêtre, mais à Grenoble, le Père Matagrin a eu l’audace de

nommer à ce poste un – ou plus exactement une laïque : une jeune femme,

mère de famille, qui apprécie la confiance qui lui est faite et reconnaît

que « parce que je ne suis pas une huile, on me dit beaucoup de choses très

naturellement! »

Tout le travail élaboré par les petites équipes est ensuite rassemblé,

synthétisé, pour permettre d’aboutir à un certain nombre de propositions

qui seront soumises à « l’assemblée synodale » : une assemblée élue par les

catholiques du diocèse, suivant une « loi électorale » établie par chaque

diocèse, et ou l’on veille, comme à Evry, à « une représentation

significative des minorités ou de ceux qui ont rarement la parole – jeunes,

immigrés… »

Il appartient ensuite à l’évêque de donner force de loi aux propositions

retenues et votées par l’assemblée synodale. En effet, rappelle Mgr Herbulot, « il y a des choses qui ne sont pas possibles actuellement, comme le

sacerdoce des femmes ou le mariage à l’église des divorcés », qui ne relèvent pas de l’autorité de l’évêque, mais de l’Eglise universelle. Mais même

si toute proposition ne peut pas devenir « loi synodale », elle est cependant

importante car, rappelle encore l’évêque d’Evry, « il faut constamment enrichir le débat au sein de l’Eglise universelle ».

Alors, les synodes diocésains ? Certes, ce n’est pas la révolution dans

l’Eglise! Du moins est-ce l’occasion pour un peuple – évêque, prêtres,

laïcs – de découvrir, comme le rappelle le Père André Fauchet, évêque de

Troyes, « que nous avons à vivre dans la diversité des vocations ».

(apic/mjh/bd)

Le mensuel « L’Actualité religieuse dans le monde » (163, Bd Malesherbes,

75017 Paris) publie, dans son numéro du 15 avril, un reportage sur les

synodes diocèsains en France.

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