Apic – enquête
Pénurie au Nord, pléthore au Sud
Paul Jubin, pour l’agence APIC
Fribourg, mai 2003 (Apic) Les vocations sacerdotales se font rares dans le clergé diocésain de Suisse, mais les congrégations religieuses souffrent elles aussi du manque de relève. Paul Jubin a pris son bâton de pèlerin pour rencontrer les supérieurs de congrégations religieuses à travers la Suisse. Notre enquête en deux volets.
Du côté des congrégations religieuses, comme chez les prêtres diocésains, les vocations se font rares. Les sociétés missionnaires à caractère universel accueillent-elles beaucoup de jeunes d’outre-mer ? La moyenne d’âge crée-t-elle des inquiétudes ? Des initiatives nouvelles voient-elles le jour ? Autant de questions que Paul Jubin a tenté d’élucider en rencontrant un bon nombre de provinciaux (masculins et féminins), en visitant quelques couvents de contemplatifs et de contemplatives. Il nous présente une photographie de la réalité actuelle chez les religieux, même si elle n’est pas exhaustive.
Les Pères Blancs deviennent noirs
La Société des Missionnaires d’Afrique a connu le moment le plus faste de son développement en 1968 avec environ 4’000 membres. Aujourd’hui, l’effectif des «Pères Blancs» est tombé à 2’000. Le nombre de Pères et de Frères issus du monde occidental fond de cinquante unités chaque année. «L’Europe ne ’donne’ plus, constate le P. Deillon, provincial. C’est pourquoi les Pères Blancs deviennent noirs et ont pris le nom qui leur va mieux aujourd’hui de ’Missionnaires d’Afrique’».
En effet, un nombre croissant d’Africains s’engagent dans la société, surtout au Burkina, au Mali, mais aussi en Zambie et en Tanzanie. Déjà, un noviciat existe à Bobo-Dioulasso pour les étudiants francophones. Le Centre pour les étudiants anglophones, actuellement en Tanzanie, sera transféré en juin prochain à Kasama, en Zambie. En toute logique, Fribourg a fermé son noviciat.
En Suisse, l’âge moyen des Pères Blancs et des Capucins est de 73 ans
La Province suisse des Pères Blancs compte 55 membres actuellement, avec un âge moyen de 73 ans. Le dernier Suisse à avoir été ordonné a 55 ans. Les jeunes Helvètes ne se pressent donc pas au portillon. Conscients de cette réalité, les responsables ont décidé de créer un Centre Afrika à Fribourg, où les étudiants africains sont accueillis, et accompagnés, ainsi que les autres jeunes en recherche des réalités africaines. Des débats, rencontres à thème, soirées culturelles, groupes de prière sont organisés.
Quant aux autres Pères Blancs restés au pays, ils ont opté pour une nouvelle forme d’évangélisation, auprès des Africains. domiciliés en Suisse ! Ainsi, des groupes se sont constitués dans les plus grandes villes du pays et les ressortissants du continent noir sont appelés à devenir des missionnaires auprès de leurs frères.
Des jeunes désemparés cherchent une planche de salut chez les religieux
Les Capucins en Suisse sont actuellement au nombre de 275 (14 ont moins de 50 ans), soit 193 en Suisse alémanique, 53 en Suisse romande, et 29 au Tessin. Avec une moyenne d’âge de 73 ans, les forces nouvelles sont évidemment restreintes. Plusieurs maisons ont été fermées ou sont en passe de l’être : Bulle, Zoug, Sursee, etc. Parfois, d’autres communautés remplacent les capucins. Néanmoins, on salue avec joie 2 candidats en Romandie et 2 novices en Suisse alémanique.
Chacune des trois régions linguistiques travaille étroitement avec le grand pays voisin, pour assurer une meilleure formation et un travail coordonné. «Nous devons être attentifs à la qualité des candidats, remarque le Frère Pierre Hostettler, régional. Nombre de jeunes ayant tâté l’alcool, la drogue, le désordre affectif et sexuel, cherchent une planche de salut chez les religieux. De tels cas lourds manquent de solidité, de stabilité, de discernement et ne peuvent être acceptés. L’éveil à la foi et l’esprit franciscain restent des éléments incontournables. Il faut noter que nous avons davantage que par le passé, des candidats de tous âges ! «
L’Ordre des capucins compte 10’833 membres dans 96 pays, contre 13’000 il y a cinquante ans. Dans les pays du Sud, tels l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, ainsi qu’en certaines régions d’Italie, en Rhénanie-Westphalie et surtout en Pologne, les demandes d’adhésion sont réjouissantes. Au total, il y a plus de 600 novices actuellement dans le monde, plus de 800 postulants et 1’725 profès temporaires. Le Ministre général John Corriveau entrevoit que des provinces de l’Inde ou d’Amérique du Sud soient en mesure de venir vivre le charisme franciscain en Europe du Nord-Ouest.
Cordeliers: les vocations viennent d’Extrême-Orient, d’Afrique et d’Amérique latine
Les Cordeliers s’inspirent également de la spiritualité franciscaine. Ils sont présents à Choulex (GE), au Flüeli-Ranft (OW) et à Fribourg où, autrefois, un de leurs membres, le P. Grégoire Girard (1765-1850), marqua profondément l’éducation publique fribourgeoise en exerçant un rôle pionnier dans l’avènement de la pédagogie moderne. Le couvent fribourgeois, fondé en 1256, est le seul du Moyen Age qui a survécu.
La Délégation générale suisse dénombre aujourd’hui 21 membres, âgés en moyenne de 56 ans. Un jeune termine actuellement sa théologie en vue de son ordination. La grande maison à Fribourg, vibrante d’écoliers autrefois, accueille des membres de l’Ecole de la foi et une trentaine d’étudiants suisses et étrangers à l’Université.
Si les rangs des Cordeliers se rétrécissent en Europe, ils recrutent fortement en Extrême-Orient, en Afrique et en Amérique latine. Pour répondre à leur vocation universelle, ils organisent régulièrement un Rassemblement international des jeunes, à Assise. Le prochain se déroulera du 3 au 10 août 2003.
L’Ecole des Missions au Bouveret est fermée depuis 1987
Les Spiritains ont également fermé l’Ecole des Missions au Bouveret en 1987 déjà, pour devenir un centre d’accueil et d’animation missionnaire. Ils sont aujourd’hui 58, dont 35 dans notre pays et 23 en dehors de Suisse (avec une moyenne d’âge de 71 ans). Ils étaient encore 71 il y a quatre ans. Le plus jeune Père a 43 ans et il n’y a aucun novice. Dans le monde, la Congrégation dénombre 3’100 membres auxquels il faut ajouter 550 étudiants en théologie, essentiellement en Afrique, là où les Spiritains ont créé de nombreuses Eglises locales.
«Aujourd’hui, le Conseil général invite les Provinces d’Europe à répondre aussi aux appels de la mission en Europe. Ainsi, précise le P. Jean-Claude Pariat, provincial, une quinzaine de communautés internationales ont été créées ces dernières années, avec des confrères venus d’outre-mer. Nous projetons l’ouverture de telles communautés en Suisse. Cette année, les Spiritains célèbrent le 300e anniversaire de leur fondation. Une grande fête marquera l’événement au Bouveret les 7 et 8 juin à l’enseigne de «Ensemble, vivons la mission en Suisse aujourd’hui».
2 Rédemptoristes et Missionnaires de Bethléem face à de nouveaux défis
Les Rédemptoristes ont constitué vers 1840 une forte Province gallo-helvétique. Chassés en 1847, ils ont fait partie des provinces de Lyon et Strasbourg. La Province suisse a été constituée en 1947, comme résultante de la dernière guerre mondiale ! Elle comprenait 130 membres vers 1968. A ce jour, ce nombre est descendu à 52 membres en Suisse, avec un âge moyen de 65 ans, et 14 en Bolivie. Le plus jeune des Pères a eu 50 ans. Un jeune Jurassien, après avoir été mécanicien, garde Securitas, Garde suisse à Rome, élève à l’Ecole de la foi, sera ordonné en 2004.
A la suite d’un manque de candidats à vocation apostolique, le Collège St Joseph de Matran a été transformé vers 1980. «Autrefois, nos écoles avec internat remplaçaient les écoles secondaires absentes des zones rurales, constate le P. Bernard Rey-Mermet. Avec la multiplication des établissements dans la campagne, le nombre de nos élèves a fondu ! C’est pourquoi notre Maison est devenue un lieu d’accueil pour retraites (entre 2 et 30 jours), pour des sessions diverses et certains groupes avec leurs propres animateurs. La majorité des hôtes sont en recherche de sens, voire de recherche spirituelle. Nous avons toujours un nombre variable d’hôtes. Notre souci majeur : être présents là où l’Evangile n’a pas encore été annoncé à ceux que la pastorale n’atteint pas.»
Les Rédemptoristes sont près de 6’000 dans le monde, et beaucoup de vocations sont enregistrées en Amérique latine et centrale, en Afrique, en Asie et en Océanie, mais aussi en Europe de l’Est.
Chez les Missionnaires de Bethléem, le nombre des Pères et Frères a passé de 350 en 1960, à 180 aujourd’hui. Quasiment tous sont Suisses et accusent une moyenne d’âge de 70 ans. Au chapitre général, début mai 2003, un projet d’ouverture internationale a été présenté pour intégrer des membres d’autres continents. Pour l’heure, 134 religieux et laïcs sont au travail ensemble outre-mer. En effet, il y a quelques années, la Société s’est ouverte aux laïcs et les intègre comme «Partenaires de Bethléem» avec leurs propres statuts. 180 laïcs sont ainsi engagés en Suisse et dans les pays du Sud.
Depuis deux ans, une structure faîtière regroupe les Missionnaires de Bethléem et l’association «Partenaires de Bethléem». L’assemblée générale a programmé la recherche de méthodes nouvelles de présence, d’accompagnement et d’évangélisation dans la société civile non pratiquante.
Jésuites et Dominicains
Absents de Suisse pendant une longue période, les Jésuites ont repris leur place en 1973, après la suppression par le peuple, de l’article de la Constitution suisse les bannissant. Bien qu’interdits par la loi, quelques Jésuites vivaient et travaillaient dans notre pays, sans exercer une activité dans l’éducation ou dans les paroisses.
Cette interdiction avait quelque chose d’attirant et nombre de jeunes Helvètes sont entrés dans la Compagnie et se sont formés à l’étranger ! Aujourd’hui, la Province suisse compte 64 Pères et 10 Frères, avec un âge moyen légèrement au-dessus de la soixantaine. Certes, 16 membres ont moins de 45 ans, mais un grand trou existe entre ceux qui ont moins de 45 et plus de 60 ans. Bon nombre de Pères âgés restent actifs, mais leur nombre diminue et la Compagnie s’est vu contrainte de diminuer les maisons et les lieux de présence. Elle tient néanmoins à conserver le Centre de Schönbrunn et Notre-Dame de la Route à Fribourg. De même, sa présence culturelle à travers les revues «Orientierung» et «Choisir» sera maintenue, de même que ses multiples aumôneries dans des universités suisses.
«Nous devons répondre aux vrais besoins d’aujourd’hui par de nouvelles formes d’évangélisation, affirme le P. provincial Hans-Ruedi Kleiber, créer des lieux d’épanouissement spirituel (les exercices spirituels de saint Ignace sont toujours très demandés), trouver une spiritualité insérée dans le monde actuel et dans l’action apostolique, assurer le dialogue inter religieux, l’inculturation, la promotion de la justice, et une forme de présence moderne dans les domaines de la culture et de la communication.»
Dans le monde, les Jésuites étaient 36’000 en 1968. Actuellement, ils ne sont plus que 20’408, soit 1’758 communautés dans 122 pays. En 2002, la diminution a été de 333 unités. Par contre et c’est de bon augure, 929 novices se préparent sérieusement à leur mission future. Leur nombre a augmenté de 42 par rapport à l’année précédente, surtout dans les pays lointains tels l’Inde et d’autres régions d’Asie, d’Afrique, d’Amérique centrale et latine, etc.
Là aussi, la relève vient du Sud
Chez les Dominicains, la moyenne d’âge dans la province suisse est de 59 ans. Toutes les tranches d’âge sont bien étoffées. Chaque année, des jeunes issus du monde étudiant ou du monde du travail demandent à entrer dans l’ordre. Ils sont assez nombreux à chercher leur voie. Pour être acceptés, ils doivent être porteurs d’un baccalauréat. Au cours de la formation, il est demandé au jeune frère de passer la licence en théologie.
«Nous accueillons tous ceux qui veulent s’engager dans un projet dominicain, vivre la compassion, vouloir le salut des âmes et l’évangélisation selon le fondateur saint Dominique, relève le P. Luca Vivarelli, promoteur des vocations. Ils sont légions les jeunes à vouloir donner un sens à leur vie, à espérer un plus par rapport à l’existence trépidante de la vie moderne, à chercher un poumon où ils puissent respirer l’air et la spiritualité d’aujourd’hui.»
Les 91 membres actuellement en Suisse, dont 53 Helvètes, sont engagés dans l’enseignement universitaire, au service d’une communauté espagnole, etc. Dans le monde, on compte environ 6’000 Dominicains. Le renouvellement des effectifs est bien assuré en France, en Grande-Bretagne, en Italie, dans les pays de l’Est, en Inde, aux Philippines et en Afrique. (A suivre: vendredi 16 mai, dans Apic N° 136) PJ
Disette dans les séminaires diocésains de Suisse romande
En 2002, à la stupeur générale, les diocèses de Suisse romande ont renoncé à proposer l’année de discernement avant l’entrée aux séminaires. Par manque de candidats, car deux personnes seulement s’étaient présentées. Pour 2003-2004, par contre, cette année de discernement pour les candidats des diocèses de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), de Sion, et de la partie francophone du diocèse de Bâle (Jura pastoral), aura bien lieu.
En 2002, six prêtres diocésains ont été ordonnés à LGF. Pour 2003, ce même diocèse aura 3 ordinations, en juin prochain à Neuchâtel et à Bulle. Certainement 2 autres ordinations auront lieu en 2004. «L’année 2002 était assez exceptionnelle, mais ce n’est certainement pas suffisant pour combler les vides», commente l’abbé Pierre Aenishänslin, supérieur du séminaire diocésain de LGF. (apic/pj/be)
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