1.1.1 Suisse: Les instituts religieux souffrent du manque de vocations (I)
Apic – enquête
Pénurie au Nord, pléthore au Sud
Paul Jubin, pour l’agence APIC
Fribourg, mai 2003 (Apic) Les vocations sacerdotales se font rares dans le clergé diocésain de Suisse, mais les congrégations religieuses souffrent elles aussi du manque de relève. Paul Jubin a pris son bâton de pèlerin pour rencontrer les supérieurs de congrégations religieuses à travers la Suisse. Notre enquête en deux volets.
Du côté des congrégations religieuses, comme chez les prêtres diocésains, les vocations se font rares. Les sociétés missionnaires à caractère universel accueillent-elles beaucoup de jeunes d’outre-mer ? La moyenne d’âge crée-t-elle des inquiétudes ? Des initiatives nouvelles voient-elles le jour ? Autant de questions que Paul Jubin a tenté d’élucider en rencontrant un bon nombre de provinciaux (masculins et féminins), en visitant quelques couvents de contemplatifs et de contemplatives. Il nous présente une photographie de la réalité actuelle chez les religieux, même si elle n’est pas exhaustive.
Les Pères Blancs deviennent noirs
La Société des Missionnaires d’Afrique a connu le moment le plus faste de son développement en 1968 avec environ 4’000 membres. Aujourd’hui, l’effectif des «Pères Blancs» est tombé à 2’000. Le nombre de Pères et de Frères issus du monde occidental fond de cinquante unités chaque année. «L’Europe ne ’donne’ plus, constate le P. Deillon, provincial. C’est pourquoi les Pères Blancs deviennent noirs et ont pris le nom qui leur va mieux aujourd’hui de ’Missionnaires d’Afrique’».
En effet, un nombre croissant d’Africains s’engagent dans la société, surtout au Burkina, au Mali, mais aussi en Zambie et en Tanzanie. Déjà, un noviciat existe à Bobo-Dioulasso pour les étudiants francophones. Le Centre pour les étudiants anglophones, actuellement en Tanzanie, sera transféré en juin prochain à Kasama, en Zambie. En toute logique, Fribourg a fermé son noviciat.
En Suisse, l’âge moyen des Pères Blancs et des Capucins est de 73 ans
La Province suisse des Pères Blancs compte 55 membres actuellement, avec un âge moyen de 73 ans. Le dernier Suisse à avoir été ordonné a 55 ans. Les jeunes Helvètes ne se pressent donc pas au portillon. Conscients de cette réalité, les responsables ont décidé de créer un Centre Afrika à Fribourg, où les étudiants africains sont accueillis, et accompagnés, ainsi que les autres jeunes en recherche des réalités africaines. Des débats, rencontres à thème, soirées culturelles, groupes de prière sont organisés.
Quant aux autres Pères Blancs restés au pays, ils ont opté pour une nouvelle forme d’évangélisation, auprès des Africains. domiciliés en Suisse ! Ainsi, des groupes se sont constitués dans les plus grandes villes du pays et les ressortissants du continent noir sont appelés à devenir des missionnaires auprès de leurs frères.
Des jeunes désemparés cherchent une planche de salut chez les religieux
Les Capucins en Suisse sont actuellement au nombre de 275 (14 ont moins de 50 ans), soit 193 en Suisse alémanique, 53 en Suisse romande, et 29 au Tessin. Avec une moyenne d’âge de 73 ans, les forces nouvelles sont évidemment restreintes. Plusieurs maisons ont été fermées ou sont en passe de l’être : Bulle, Zoug, Sursee, etc. Parfois, d’autres communautés remplacent les capucins. Néanmoins, on salue avec joie 2 candidats en Romandie et 2 novices en Suisse alémanique.
Chacune des trois régions linguistiques travaille étroitement avec le grand pays voisin, pour assurer une meilleure formation et un travail coordonné. «Nous devons être attentifs à la qualité des candidats, remarque le Frère Pierre Hostettler, régional. Nombre de jeunes ayant tâté l’alcool, la drogue, le désordre affectif et sexuel, cherchent une planche de salut chez les religieux. De tels cas lourds manquent de solidité, de stabilité, de discernement et ne peuvent être acceptés. L’éveil à la foi et l’esprit franciscain restent des éléments incontournables. Il faut noter que nous avons davantage que par le passé, des candidats de tous âges ! «
L’Ordre des capucins compte 10’833 membres dans 96 pays, contre 13’000 il y a cinquante ans. Dans les pays du Sud, tels l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, ainsi qu’en certaines régions d’Italie, en Rhénanie-Westphalie et surtout en Pologne, les demandes d’adhésion sont réjouissantes. Au total, il y a plus de 600 novices actuellement dans le monde, plus de 800 postulants et 1’725 profès temporaires. Le Ministre général John Corriveau entrevoit que des provinces de l’Inde ou d’Amérique du Sud soient en mesure de venir vivre le charisme franciscain en Europe du Nord-Ouest.
Cordeliers: les vocations viennent d’Extrême-Orient, d’Afrique et d’Amérique latine
Les Cordeliers s’inspirent également de la spiritualité franciscaine. Ils sont présents à Choulex (GE), au Flüeli-Ranft (OW) et à Fribourg où, autrefois, un de leurs membres, le P. Grégoire Girard (1765-1850), marqua profondément l’éducation publique fribourgeoise en exerçant un rôle pionnier dans l’avènement de la pédagogie moderne. Le couvent fribourgeois, fondé en 1256, est le seul du Moyen Age qui a survécu.
La Délégation générale suisse dénombre aujourd’hui 21 membres, âgés en moyenne de 56 ans. Un jeune termine actuellement sa théologie en vue de son ordination. La grande maison à Fribourg, vibrante d’écoliers autrefois, accueille des membres de l’Ecole de la foi et une trentaine d’étudiants suisses et étrangers à l’Université.
Si les rangs des Cordeliers se rétrécissent en Europe, ils recrutent fortement en Extrême-Orient, en Afrique et en Amérique latine. Pour répondre à leur vocation universelle, ils organisent régulièrement un Rassemblement international des jeunes, à Assise. Le prochain se déroulera du 3 au 10 août 2003.
L’Ecole des Missions au Bouveret est fermée depuis 1987
Les Spiritains ont également fermé l’Ecole des Missions au Bouveret en 1987 déjà, pour devenir un centre d’accueil et d’animation missionnaire. Ils sont aujourd’hui 58, dont 35 dans notre pays et 23 en dehors de Suisse (avec une moyenne d’âge de 71 ans). Ils étaient encore 71 il y a quatre ans. Le plus jeune Père a 43 ans et il n’y a aucun novice. Dans le monde, la Congrégation dénombre 3’100 membres auxquels il faut ajouter 550 étudiants en théologie, essentiellement en Afrique, là où les Spiritains ont créé de nombreuses Eglises locales.
«Aujourd’hui, le Conseil général invite les Provinces d’Europe à répondre aussi aux appels de la mission en Europe. Ainsi, précise le P. Jean-Claude Pariat, provincial, une quinzaine de communautés internationales ont été créées ces dernières années, avec des confrères venus d’outre-mer. Nous projetons l’ouverture de telles communautés en Suisse. Cette année, les Spiritains célèbrent le 300e anniversaire de leur fondation. Une grande fête marquera l’événement au Bouveret les 7 et 8 juin à l’enseigne de «Ensemble, vivons la mission en Suisse aujourd’hui».
2 Rédemptoristes et Missionnaires de Bethléem face à de nouveaux défis
Les Rédemptoristes ont constitué vers 1840 une forte Province gallo-helvétique. Chassés en 1847, ils ont fait partie des provinces de Lyon et Strasbourg. La Province suisse a été constituée en 1947, comme résultante de la dernière guerre mondiale ! Elle comprenait 130 membres vers 1968. A ce jour, ce nombre est descendu à 52 membres en Suisse, avec un âge moyen de 65 ans, et 14 en Bolivie. Le plus jeune des Pères a eu 50 ans. Un jeune Jurassien, après avoir été mécanicien, garde Securitas, Garde suisse à Rome, élève à l’Ecole de la foi, sera ordonné en 2004.
A la suite d’un manque de candidats à vocation apostolique, le Collège St Joseph de Matran a été transformé vers 1980. «Autrefois, nos écoles avec internat remplaçaient les écoles secondaires absentes des zones rurales, constate le P. Bernard Rey-Mermet. Avec la multiplication des établissements dans la campagne, le nombre de nos élèves a fondu ! C’est pourquoi notre Maison est devenue un lieu d’accueil pour retraites (entre 2 et 30 jours), pour des sessions diverses et certains groupes avec leurs propres animateurs. La majorité des hôtes sont en recherche de sens, voire de recherche spirituelle. Nous avons toujours un nombre variable d’hôtes. Notre souci majeur : être présents là où l’Evangile n’a pas encore été annoncé à ceux que la pastorale n’atteint pas.»
Les Rédemptoristes sont près de 6’000 dans le monde, et beaucoup de vocations sont enregistrées en Amérique latine et centrale, en Afrique, en Asie et en Océanie, mais aussi en Europe de l’Est.
Chez les Missionnaires de Bethléem, le nombre des Pères et Frères a passé de 350 en 1960, à 180 aujourd’hui. Quasiment tous sont Suisses et accusent une moyenne d’âge de 70 ans. Au chapitre général, début mai 2003, un projet d’ouverture internationale a été présenté pour intégrer des membres d’autres continents. Pour l’heure, 134 religieux et laïcs sont au travail ensemble outre-mer. En effet, il y a quelques années, la Société s’est ouverte aux laïcs et les intègre comme «Partenaires de Bethléem» avec leurs propres statuts. 180 laïcs sont ainsi engagés en Suisse et dans les pays du Sud.
Depuis deux ans, une structure faîtière regroupe les Missionnaires de Bethléem et l’association «Partenaires de Bethléem». L’assemblée générale a programmé la recherche de méthodes nouvelles de présence, d’accompagnement et d’évangélisation dans la société civile non pratiquante.
Jésuites et Dominicains
Absents de Suisse pendant une longue période, les Jésuites ont repris leur place en 1973, après la suppression par le peuple, de l’article de la Constitution suisse les bannissant. Bien qu’interdits par la loi, quelques Jésuites vivaient et travaillaient dans notre pays, sans exercer une activité dans l’éducation ou dans les paroisses.
Cette interdiction avait quelque chose d’attirant et nombre de jeunes Helvètes sont entrés dans la Compagnie et se sont formés à l’étranger ! Aujourd’hui, la Province suisse compte 64 Pères et 10 Frères, avec un âge moyen légèrement au-dessus de la soixantaine. Certes, 16 membres ont moins de 45 ans, mais un grand trou existe entre ceux qui ont moins de 45 et plus de 60 ans. Bon nombre de Pères âgés restent actifs, mais leur nombre diminue et la Compagnie s’est vu contrainte de diminuer les maisons et les lieux de présence. Elle tient néanmoins à conserver le Centre de Schönbrunn et Notre-Dame de la Route à Fribourg. De même, sa présence culturelle à travers les revues «Orientierung» et «Choisir» sera maintenue, de même que ses multiples aumôneries dans des universités suisses.
«Nous devons répondre aux vrais besoins d’aujourd’hui par de nouvelles formes d’évangélisation, affirme le P. provincial Hans-Ruedi Kleiber, créer des lieux d’épanouissement spirituel (les exercices spirituels de saint Ignace sont toujours très demandés), trouver une spiritualité insérée dans le monde actuel et dans l’action apostolique, assurer le dialogue inter religieux, l’inculturation, la promotion de la justice, et une forme de présence moderne dans les domaines de la culture et de la communication.»
Dans le monde, les Jésuites étaient 36’000 en 1968. Actuellement, ils ne sont plus que 20’408, soit 1’758 communautés dans 122 pays. En 2002, la diminution a été de 333 unités. Par contre et c’est de bon augure, 929 novices se préparent sérieusement à leur mission future. Leur nombre a augmenté de 42 par rapport à l’année précédente, surtout dans les pays lointains tels l’Inde et d’autres régions d’Asie, d’Afrique, d’Amérique centrale et latine, etc.
Là aussi, la relève vient du Sud
Chez les Dominicains, la moyenne d’âge dans la province suisse est de 59 ans. Toutes les tranches d’âge sont bien étoffées. Chaque année, des jeunes issus du monde étudiant ou du monde du travail demandent à entrer dans l’ordre. Ils sont assez nombreux à chercher leur voie. Pour être acceptés, ils doivent être porteurs d’un baccalauréat. Au cours de la formation, il est demandé au jeune frère de passer la licence en théologie.
«Nous accueillons tous ceux qui veulent s’engager dans un projet dominicain, vivre la compassion, vouloir le salut des âmes et l’évangélisation selon le fondateur saint Dominique, relève le P. Luca Vivarelli, promoteur des vocations. Ils sont légions les jeunes à vouloir donner un sens à leur vie, à espérer un plus par rapport à l’existence trépidante de la vie moderne, à chercher un poumon où ils puissent respirer l’air et la spiritualité d’aujourd’hui.»
Les 91 membres actuellement en Suisse, dont 53 Helvètes, sont engagés dans l’enseignement universitaire, au service d’une communauté espagnole, etc. Dans le monde, on compte environ 6’000 Dominicains. Le renouvellement des effectifs est bien assuré en France, en Grande-Bretagne, en Italie, dans les pays de l’Est, en Inde, aux Philippines et en Afrique. (A suivre: vendredi 16 mai, dans Apic N° 136) PJ
Disette dans les séminaires diocésains de Suisse romande
En 2002, à la stupeur générale, les diocèses de Suisse romande ont renoncé à proposer l’année de discernement avant l’entrée aux séminaires. Par manque de candidats, car deux personnes seulement s’étaient présentées. Pour 2003-2004, par contre, cette année de discernement pour les candidats des diocèses de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), de Sion, et de la partie francophone du diocèse de Bâle (Jura pastoral), aura bien lieu.
En 2002, six prêtres diocésains ont été ordonnés à LGF. Pour 2003, ce même diocèse aura 3 ordinations, en juin prochain à Neuchâtel et à Bulle. Certainement 2 autres ordinations auront lieu en 2004. «L’année 2002 était assez exceptionnelle, mais ce n’est certainement pas suffisant pour combler les vides», commente l’abbé Pierre Aenishänslin, supérieur du séminaire diocésain de LGF. (apic/pj/be)
Fribourg: Trois ans après AD 2000, la montagne a-t-elle accouché d’une souris ?
APIC enquête
Des fruits encore timides
Par Paul Jubin, correspondant APIC
Fribourg, 17 février 2003 (APIC) Se souvient-on encore de l’Assemblée diocésaine AD 2000 ? Cette démarche convoquée par Mgr Grab et poursuivie par Mgr Genoud a-t-elle été suivie de retombées déterminantes? Les espérances allumées par cette volonté de vivifier le diocèse de Lausanne Genève Fribourg se sont-elles éteintes? L’APIC a mené l’enquête: les fruits de cet événement majeur sont encore timides, mais la volonté de les mener à maturité existe.
En posant la question aux fidèles à la sortie des messes dominicales, en leur demandant si AD 2000 évoque quelque chose pour eux, on obtient un florilège révélateur de réponses : «Ah, oui, c’était la fameuse bastringue pour entrer dans le nouveau millénaire ?», «AD, qu’est-ce que ce sigle signifie déjà ? Je ne sais plus !», «AD 2000? Connais pas !», «C’était pas une fête organisée par le Forum de Fribourg ?», «Le pèlerinage pour l’année sainte à Rome !», «L’élection de Deiss au Conseil fédéral ?», «Oui, je me souviens vaguement d’un rassemblement des responsables catholiques à Fribourg. Ma femme y était, elle a bien aimé !».
Certes, le curé ou ses collaborateurs immédiats auraient répondu avec plus de pertinence, mais force est bien de constater que l’événement AD 2000 n’a pas touché la masse des fidèles. Et même les contemplatives d’un couvent fribourgeois reconnaissent que l’événement ne les a pas transformées: « Comment AD 2000 a changé quelque chose chez nous ? En rien. Après comme avant, nous prions et vivons en communauté. Et nous portons les soucis, les souffrances et les espoirs du monde et de l’Eglise.»
Un grand travail et une expérience fabuleuse
AD 2000 avait pourtant soulevé des espoirs et lancé un défi «Risquer l’espérance». Pendant trois années, plus de 120 délégués élus dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg avaient travaillé avec un élan inattendu. Leur objectif ? Donner à la vie du diocèse un souffle nouveau, un horizon d’espérance, un nouvel élan missionnaire ; mieux servir le monde où nous vivons ; mieux vivre la co-responsabilité, etc… La démarche s’est terminée par une grande fête diocésaine où 7’000 fidèles ont vécu des moments forts au Forum de Fribourg, autour de leur évêque. Neuf documents ont été adoptés et diffusés à tous les agents pastoraux, communautés et services. Ces décisions ont-elles passé dans les faits ?
Réactions contrastées
Pour les délégués à Assemblée diocésaine d’AD 2000, l’expérience demeure fabuleuse. Ils ont vécu une Eglise en marche, ils ont rencontré des participants d’autres cultures, de pensées diverses, aux engagements multiples. Tous avaient envie de rajeunir la pastorale, de trouver un langage adéquat pour les hommes mal croyants ou incroyants de notre temps, de réaliser le fameux aggiornamento voulu par Jean XXIII quand il convoqua le concile Vatican II.
Découragement et déception
AD 2000 donnait la parole surtout aux gens de la base, et non seulement aux spécialistes ou aux théologiens. Cet enthousiasme est-il retombé comme un soufflé ?
«Depuis le 4 juin 2000, on a enregistré quelques réflexions très ponctuelles dans certaines paroisses, constate François Vallat, coordinateur d’AD 2000. On n’en parle pratiquement plus dans les structures ecclésiastiques. La péréquation financière inter cantonale reste un vague souhait, en dépit des excellents textes âprement acquis. Le document final se voulait traversé par un vent frais, dynamique et audacieux.
Hélas, les autorités diocésaines ont dû manifester une certaine retenue, sur pression de dicastères romains, en neutralisant certaines décisions par des notes additionnelles. D’où un certain découragement et une réelle déception chez nombre de délégués à AD 2000. Ces textes ont malheureusement eu peu d’impact sur la vie réelle des communautés ecclésiales. Les énergies semblent retombées. Néanmoins, ce parcours valait vraiment la peine d’être vécu, en raison de l’incroyable dynamique de la démarche, des résultats atteints en plénum, du significatif rassemblement festif du 4 juin 2000.»
Des résultats quand même
Autre point de vue, celui d’un curé, l’abbé Marc Donzé à la paroisse St Pierre de Fribourg. «A la fin de la démarche AD 2000, notre Conseil pastoral paroissial a étudié les documents promulgués, à commencer par celui concernant les divorcés remariés; pour les paroissiens, leur admission à la communion ne pose pas de problème. Le texte relatif à la co- responsabilité, nous a incités à la vivre mieux.
Au sujet de la gestion des biens, le Conseil de paroisse a pris l’option d’investir dans des fonds éthiques et d’affecter chaque année 7,5% des fonds paroissiaux à des oeuvres sociales. De plus, nous avons décidé de réaliser un projet d’appui à une paroisse du Guatemala en difficultés pour restaurer son église endommagée. Nous inviterons des frères de là-bas, quitte à leur payer leur billet d’avion. Nous tenons à cette action, parallèlement à la réfection de notre propre Eglise. Après AD 2000, les salaires des prêtres du diocèse sont unifiés par un système unitaire.»
Pragmatique, l’abbé Donzé plaide pour des décisions simples, immédiatement applicables. Il sait bien que pour le paroissien moyen, AD 2000 reste une inconnue ou une vague notion, mais par contre, pour les fidèles engagés dans la structure et les organismes de la paroisse, cette assemblée diocésaine et ses documents signifient quelque chose.
L’essentiel est de mettre en pratique progressivement les recommandations adoptées et de les vivre : peu importe si les gens ignorent de quelle source elles proviennent ! Y a-t-il un déficit dans la connaissance des Actes d’AD 2000 ? Peut-être une stratégie de communication solidement élaborée, l’aurait évité.
Explications de responsables
L’abbé Jean-Marie Pasquier de Lausanne, prêtre coordinateur de l’aventure AD 2000, porte un regard lucide sur cette démarche. Il la place dans le sillage de Vatican II et du Synode diocésain 72, deux événements majeurs dont les fruits sont restés timides. Il s’agissait de retrouver certains axes dynamiques pour la vie et l’unité du diocèse, en dépassant le cantonalisme ecclésial et l’esprit de clocher ! Sans attendre des miracles, il importait de citer quelques références de base courageuses, dans un langage recevable par tous, ainsi sur le rôle et la place des laïcs dans l’Eglise, sur la solidarité avec les pauvres et les exclus, sur l’accès aux sacrements des divorcés remariés, sur l’hospitalité oecuménique, etc.
«Oui, constate l’abbé Pasquier, cette route commune des délégués valait la peine d’être vécue. Les résultats sont à attendre non pas dans l’immédiat, mais dans le long terme. Les neuf documents, adoptés à la quasi unanimité des participants, sont autant de jalons, de phares sur le parcours de la vie diocésaine.
Déjà, le texte sur la pastorale de la santé a joué un rôle moteur, en facilitant une meilleure coordination de cette pastorale sur le plan diocésain et en améliorant les services. Ceux qui veulent avancer trouvent dans les Actes d’AD 2000 une référence vivante, même pour secouer un durable cantonalisme religieux ! Certains prêtres ont utilisé judicieusement ces orientations généreuses. Ainsi, l’abbé Olivier Humbert, curé de St Paul à Fribourg, a brandi le document d’AD 2000 à la télévision, pour justifier sa position en faveur des sans-papier réfugiés dans son église. Certes, l’actualité a parfois orienté la dynamique d’AD 2000 dans un certain sens (requérants d’asile, planification pastorale), elle l’a aussi rattrapé et freiné, par l’irruption de nouvelles questions urgentes (pédophilie).
Cependant, je suis sollicité ponctuellement par des paroisses, pour parler de l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui, selon AD 2000. A mon sens, les documents adoptés le 4 juin 2000 demeurent une base de travail irremplaçable pour les animateurs pastoraux et même pour les fidèles qui le souhaitent.»
Assurer le suivi
L’abbé Pasquier sait combien des textes majeurs peuvent rester sans suite si on ne les accompagne pas d’une structure et d’une volonté de suivi. Son expérience du Synode 72 l’a bien servi à cet égard. Aussi a-t-il salué la mise en route d’un Conseil pastoral diocésain (CPaD) pour stimuler la mise en oeuvre des résolutions adoptées par AD 2000 et en assurer le suivi.
Cette idée fut adoptée avec beaucoup d’attentes. Elle devait même être complétée par un Forum, assemblée diocésaine destinée à relancer périodiquement à la base, le mouvement suscité par AD 2000. Le CPaD a été créé et fonctionne. Le premier Forum, avec un certain retard, se réunira à Genève le 4 octobre 2003.
Plaisante innovation, le Bureau du Conseil pastoral diocésain est présidé par une femme, Geneviève Stulz-Aubry, de Guin. Femme de coeur et de tête, chrétienne engagée, elle milite pour une conscience de l’Eglise incarnée dans le monde. La séance constitutive du CPaD s’est déroulée une année après la fin du parcours AD 2000, soit le 21 juin 2001. Il se réunit deux fois par an. Sa dernière séance remonte au 8 février dernier.
Certes, il a fallu un certain temps à ce nouvel organisme pour sortir du flot d’informations venues d’en haut, et donner davantage d’importance aux remontées des Conseils pastoraux cantonaux, de manière à manifester davantage les problèmes de la base et ses attentes. Chaque canton envoie quatre délégués au CPaD, avec une forte majorité de laïcs. Ceux-ci ont dû apprendre à s’affirmer face aux membres du Conseil épiscopal.
«Le grand sujet que nous abordons actuellement est la planification pastorale à partir des intuitions d’AD 2000, révèle G. Stulz. Par exemple, nous sentons le besoin de sortir des ornières actuelles et de créer des unités pastorales regroupant plusieurs paroisses. Chaque unité serait animée par une équipe pastorale, y compris les laïcs professionnels et bénévoles. Nous envisageons aussi la prochaine création d’une commission des migrants et des sans-papier.
Il y a quelques mois, nous avons tenu une riche séance commune avec la quarantaine de prêtres du Conseil Presbytéral Diocésain. Et cet automne, nous vivrons le premier Forum, à l’image d’AD 2000. Nous consacrerons nos rencontres aux problèmes majeurs de la planification pastorale, par exemple: les vocations, les unités pastorales, une réflexion sur ce qu’on doit abandonner pour vivre une pastorale de proximité, comment améliorer la présence de l’Eglise dans les médias. Nous avançons. Moins vite que dans nos rêves, mais il faut tenir compte des grandes diversités entre les régions du diocèse.»
Les jeunes attendent
De jeunes laïcs, membres de la délégation genevoise à l’Assemblée diocésaine 2000 ont courageusement plaidé en faveur d’une pastorale des jeunes. L’un d’entre eux, aujourd’hui aumônier à l’Institut Florimont à Genève, se souvient: «Dans le parcours AD 2000, j’ai trouvé une Eglise vivante, ouverte, militante, meilleure que ce que je pensais! Un élan a été donné, élan qu’il appartient à chacun individuellement d’assumer dans les retombées de la quotidienneté.
Les jeunes étaient faiblement représentés au sein de l’assemblée. Il ne faut pas s’étonner si leurs problèmes n’ont été abordés que marginalement, dans le cadre d’autres chapitres généraux. Il est frustrant qu’aucun document ne leur soit consacré. La voix et les attentes des jeunes n’apparaissent pas dans les documents et ceux-ci ne leur sont pas directement applicables. Pour eux, cette perspective se révèle rébarbative. Faut-il s’étonner s’ils ont le sentiment qu’on ne s’adresse à eux que pour continuer ce qui s’est toujours fait, alors qu’ils ont envie de bouger, de créer, de vivre autre chose ?
L’Eglise a plus envie d’investir dans la pastorale de la santé, dans la planification pastorale et le personnel .que pour les jeunes! Je souhaite plus de courage de la part des responsables religieux vis-à-vis des jeunes qui sont nombreux à chercher un sens à leur vie.»
Les jeunes délégués genevois ont vécu AD 2000 avec enthousiasme. Ils ont été surpris par la liberté d’expression, la vérité des témoignages, la convivialité réconfortante entre les délégués. Ils ont aimé chercher comment adapter le cheminement de la vie diocésaine pour répondre aux besoins d’aujourd’hui. Après la fin du parcours, ils ont publié des extraits des Actes AD 2000 dans leur bulletin de la pastorale des jeunes. Stimulés, ils ont même proposé un projet de pastorale des jeunes au Vicariat épiscopal de Genève, projet actuellement en veilleuse. Un redémarrage pourrait avoir lieu prochainement. Pour l’heure et aux yeux des jeunes, l’esprit d’AD 2000 et la joie de croire, vécus ensemble le 4 juin à Fribourg, doivent être réanimés.
(apic/pj/sh)



