APIC – Dossier
Quelque 12 millions de fidèles au pays de Gorbatchev
Rome, 30novembre(APIC/CIP) Parmi les 280 millions d’habitants de l’Union
soviétique, on compterait quelque 12 millions de catholiques, révèlent différentes sources à Rome à la veille de la rencontre historique entre le pape Jean Paul II et le chef de l’Etat soviétique Mikhaïl Gorbatchev, en visite officielle en Italie depuis mercredi.
La majeure partie des fidèles catholiques d’URSS sont de rite latin; les
autres sont de rite byzantin : c’est le cas de 9 catholiques sur 10 en
Ukraine, où l’Eglise catholique «uniate» a été incorporée de force sous
Staline – en 1946 – au Patriarcat orthodoxe de Moscou. Il s’agit des ukrainiens-catholiques, on estime le nombre à 5 millions, dont un grand nombre
pratique leur foi dans la clandestinité pour sauvegarder leur identité religieuse.
A part les trois Républiques baltes de Lituanie, d’Estonie et de Lettonie, les statistiques dont on dispose sur la présence des catholiques en
URSS demeurent imprécises et lacunaires, y compris pour les territoires qui
appartenaient à la Pologne avant la dernière guerre. Sur les 280 millions
de citoyens que comptent les quinze Républiques de l’Union Soviétique, le
Centre Russe Oecuménique de Rome estime le nombre total des chrétiens à environ 80 millions: 40 à 50 millions d’orthodoxes, 6,5 millions de catholiques de rite latin, 3 à 5 millions de catholiques de rite byzantin, 2 millions de chrétiens apostoliques arméniens, 3 millions de protestants, et
quelques milliers d’orthodoxes géorgiens et de vieux-croyants. D’autres
sources estiment entre 30 et 60 millions les chrétiens orthodoxes en URSS;
elles dénombrent 45 millions de musulmans et 3 millions de juifs, dont
500’000 seulement seraient pratiquants. Les autres religions sont nettement
minoritaires.
Les catholiques latins des Républiques baltes
C’est en Lituanie qu’il y a actuellement le plus grand nombre de catholiques de rite latin en URSS: 2 à 3 millions de fidèles, selon le Centre
Russe Oecuménique de Rome. Le Vatican cite, pour 1988, les chiffres de 630
églises, 677 prêtres et 120 séminaristes.
En 1986, toutes les circonscriptions ecclésiastiques étaient confiées à
des administrateurs apostoliques, c’est-à-dire à des évêques. Ces derniers
étant chargés par le pape d’administrer des diocèses en son nom faute de
pouvoir y nommer un évêque résidentiel. Or en mars dernier, et pour la première fois depuis 1940, le pape a pu annoncer une réorganisation de la
hiérarchie catholique en Lituanie, avec la nomination des archevêques de
Kaunas (le cardinal Sladkevicius) et de Vilnius (Mgr Steponavicius, rentré
d’exil intérieur quelques mois auparavant), d’un évêque à Telsiai et de
deux administrateurs apostoliques pour les diocèses de Kaisiadorys et Vilkaviskis, deux autres diocèses restant confiés à la charge d’un administrateur et d’un prélat déjà en poste. De plus, on restitue peu à peu au culte
les églises affectées à un autre usage et la cathédrale de Vilnius a été
réouverte au culte. Un Séminaire a été créé dans le diocèse de Telsiai.
Dans les deux autres Républiques baltes, les catholiques jouissent d’une
liberté plus grande, mais le Saint-Siège n’a pas encore pu réorganiser la
hiérarchie locale
Les catholiques latins dans les autres Républiques
Parmi les autres Républiques, c’est la Biélorussie qui vient largement
en tête quant au nombre de catholiques: 2 à 2,5 millions, avec une soixantaine de prêtres pour 106 paroisses. Le 25 juillet dernier, Jean Paul II
avait nommé Mgr Kondrusiewicz administrateur du diocèse de Minsk. En ce qui
concerne l’immense région de la Sibérie, dont une bonne partie est intégrée
dans la République de Russie (dans laquelle on recensait en 1986 13 paroisses et 5 prêtres), et le reste dans la République du Kazakhstan, on ne dispose d’aucune donnée fiable. Des témoins affirment cependant la présence
d’une communauté catholique de 10’000 fidèles à Vladivostok et d’autres
foyers catholiques dans d’autres villes.
Les Républiques asiatiques du Kazakhstan, du Tadjikistan et du Kirghizistan comprennent environ 1,5 million de catholiques, en majorité d’origine
allemande et assistés par une vingtaine de prêtres.
On ne dispose d’aucun renseignement précis sur la présence de communautés catholiques éventuelles en Azerbaidjan, au Turkmenistan et en Ouzbekistan. Le Vatican ne fournit pas non plus de renseignements à propos de
l’Arménie et de la Moldavie. Pour la Géorgie, en revanche, on sait qu’une
paroisse est desservie par un seul prêtre, dans la capitale Tbilissi.
Quant à l’Ukraine, où les catholiques sont majoritairement de rite byzantin, on y trouve 500’000 catholiques de rite latin. En 1986, on y dénombrait 29 prêtres pour 55 paroisses. A quoi s’y ajoutent 7 prêtres desservant 47 centres d’animation pastorale dans le diocèse de Mukacevo, dans la
région des Carpathes.
Les catholiques de rite byzantin en Ukraine : l’obstacle «uniate»
On appelle «Uniates» les catholiques ukrainiens de rite byzantin, vivant
essentiellement en Ukraine occidentale, qui se sont unis à Rome lors de
l’»unia» à Brest-Litovsk en 1596, dans le cadre de «la pression militaire
polono-lituanienne», comme le relèvent certains observateurs. Cet «acte
d’allégeance à Rome d’une Eglise orthodoxe» constitue un lourd contentieux
entre les orthodoxes et les catholiques romains. Depuis 1946 – date de leur
«retour» (en fait une réintégration forcée voulu par Staline) à l’orthodoxie, les ukrainiens-catholiques ont particulièrement souffert de la persécution et leur Eglise n’a toujours pas d’existence légale.
Dans une lettre adressée au Patriarcat de Moscou de l’Eglise russe orthodoxe, les évêques catholiques ukrainiens (de rite byzantin) vivant en
exil à l’étranger, ont demandé ces derniers jours la restitution de leurs
églises, de leurs couvents et de leurs biens confisqués et attribués à
l’Eglise russe orthodoxe à la suite de la dissolution, en mars 1946, de
l’Eglise ukrainienne catholique (dite «uniate»). La version soviétique officielle – reprise par le Patriarcat de Moscou – est de dire que cette
Eglise s’est auto-dissoute lors du Concile de Lvov quand «les évêques, les
prêtres et les représentants laïcs annoncèrent l’annulation de l’Union (à
Rome) imposée aux croyants en 1596 à Brest-Litovsk».
Avant le rattachement forcé au Patriarcat de Moscou, il existait un archidiocèse (Lviv en ukrainien, Lvov en russe) et deux diocèses (Stanislaviv
et Peremys); sept évêques en avaient la charge, mais tous ont été incarcérés sous Staline. A l’époque, il y avait 4,5 millions de fidèles répartis
en 2156 paroisses desservies par 2211 prêtres. On comptait aussi 195 communautés religieuses et 9900 écoles catholiques.
Actuellement, l’Eglise catholique ukrainienne a pour principal archevêque le cardinal Lubachivsky, nommé à Lviv mais en exil à Rome. D’autres
évêques ukrainiens byzantins ont vécu jusqu’en 1988 dans la clandestinité
dans leur pays, puis se sont présentés comme tels en public, y compris devant les autorités. Les catholiques byzantins d’Ukraine sont aujourd’hui
environ 5 millions, mais n’ont plus à leur disposition que 500 prêtres diocésains. (apic/jt/be/pr)
Version amplifiée de notre dossier :
concerne les unaites d’Ukraine
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