Comment concilier spiritualité, culture et loisir? Pour cette période de vacances estivales, l’Apic propose jusqu’au début juillet sept sorties ou randonnées à caractère religieux dans différentes régions de la Suisse, que les journalistes de notre agence
Saint-Maurice: vocation d’une terre
Petite excursion dans les richesses de la porte du Valais
Jacques Schouwey, Apic
Saint-Maurice, 24 juin 2008 (Apic) Porte du Valais, la cité de Saint-Maurice d’Agaune s’offre au voyageur comme un haut lieu historique et spirituel. Naguère passage obligé pour se rendre au coeur du Valais, la petite ville chablaisienne est devenue un endroit propice à la villégiature et à la méditation. Grand-Rue piétonne invitant à la rencontre et au farniente, la ville est empreinte de tradition et de vie chrétienne: Abbaye multiséculaire, Foyer des franciscains, OEuvre des Soeurs de Saint-Augustin.
Baignée par le Rhône, la ville s’étend au pied d’une majestueuse falaise, forteresse de l’entrée en Valais. Remontant au 3ème siècle, Agaune est surtout connue pour son Abbaye fondée en 515 par Sigismond, roi des Burgondes, et où la présence des chanoines réguliers de Saint-Augustin est ininterrompue depuis lors. La visite de la basilique, de son «trésor», des catacombes et des fouilles archéologiques du Martolet retrace plus de 1500 ans de vie monastique.
De la gare CFF, le visiteur passe devant l’église paroissiale Saint-Sigismond et côtoie l’imposant immeuble de l’oeuvre des Soeurs de Saint-Augustin, dont les éditions proposent des ouvrages de spiritualité chrétienne. La Grand-Rue, animée dès le premier rayon de soleil, porte encore les traces d’une activité économique et marchande débordante de l’époque où tout trafic passait par elle: vitrines, bistrots et autres commerces. Les vieux pavés ont vu passer aussi bien des touristes en transit vers les grandes stations du Valais central et du Haut Valais que les semelles usées de générations d’étudiants du Collège de l’Abbaye. Parallèle à la Grand-Rue, la rue d’Agaune conduit à l’Abbaye blottie contre un imposant rocher.
Une basilique aux richesses insoupçonnées
Le touriste ou le pèlerin du troisième millénaire imagine-t-il, en entrant dans la basilique de l’abbaye de Saint-Maurice, que deux mille ans d’histoire l’attendent ? En effet, l’actuelle basilique est la huitième église construite en ces lieux. Deux millénaires d’histoire sont lisibles dans la pierre, les inscriptions, les oeuvres d’art.
Entrer dans la basilique, c’est d’abord se trouver face à une superbe porte réalisée à l’occasion de l’entrée dans le 3ème millénaire par l’artiste Philippe Kaeppelin qui a représenté le Christ de l’Ascension et les soldats de la légion thébaine, les palmes du martyre à la main. Sur l’intérieur de la porte, oeuvre de Madeline Diener, figurent en 27 écritures et langues différentes, les noms de 270 martyrs de l’Eglise primitive à nos jours. La basilique, c’est aussi les différentes chapelles dédiées à des saints et ornées de splendides vitraux aux tons vifs et agressifs d’Edmond Bille et représentant la vie et le martyre de Saint Maurice. La petite chapelle Saint-Sigismond expose une châsse contenant des ossements des martyrs thébains et, depuis 2002, des reliques des martyrs de l’Ouganda, ce qui vaut à Saint-Maurice un pèlerinage annuel des Africains de Suisse.
Au choeur de l’édifice l’attention est attirée par le grandiose maître-autel de 1727 et les stalles baroques, sculptées dans du noyer et datées de 1706. A droite du choeur, la chapelle Notre-Dame, seul témoin de l’époque baroque, est le lieu d’exposition du Saint-Sacrement. La restauration de l’avant-choeur en 2005 a permis de mettre en valeur le splendide ambon du 8ème siècle, dont un autre exemplaire se trouve à l’église prieurale de Romainmôtier. Signalons encore un baptistère du 4ème-5ème siècle situé dans l’enceinte du cloître où, par beau temps, il fait bon déambuler et méditer. C’est de là que part la visite guidée du célèbre «trésor» de l’Abbaye, de catacombes et des fouilles du Martolet.
Le «trésor» de l’Abbaye
Les siècles d’histoire de Saint-Maurice ont permis de conserver des pièces d’orfèvrerie religieuse de grande valeur, des époques mérovingienne, carolingienne, romane, gothique, baroque et moderne. Parmi les nombreuses pièces conservées, il convient de noter plus particulièrement certains objets encore utilisés aujourd’hui dans la liturgie abbatiale, telles que les châsses-reliquaires de Saint-Maurice (12è siècle) et des enfants de saint Sigismond (12è siècle), ainsi que l’aiguière dite de Charlemagne, splendide vase d’or fin, orné, sur la panse circulaire et sur les faces du col, de plaques d’émaux, de cabochons, de palmettes et de filigranes ciselés. Le reliquaire de la Sainte Epine, donné à l’Abbaye par Saint Louis roi de France, est également une pièce qui mérite attention par son élégance, sa pureté et sa richesse de pierres précieuses.
Un petit détour par les catacombes et les fouilles archéologiques
La visite ne serait pas complète sans un petit passage dans les catacombes où l’on peut y voir les fondations des églises du 4ème au 8ème siècle. Un cimetière longeant l’église du 7ème siècle laisse apparaître des tombes de l’époque. Intéressantes à plus d’un point de vue sont les fouilles du Martolet qui ont permis de mettre au jour le choeur d’une église carolingienne et le tombeau supposé de saint Maurice.
Non loin de la basilique, logée dans la paroi rocheuse qui surplombe la ville, s’élance la chapelle de Notre-Dame du Scex. Une belle balade pour qui ne craint pas les quelque 500 marches finales d’accès à l’édifice. En un peu plus d’une demi heure d’un pas tranquille, on accède à la chapelle, datée pour l’essentiel du 18ème siècle et construite à 90 mètre au-dessus de la plaine. A l’intérieur de l’édifice, dans une niche centrale, on peut voir une merveilleuse petite statue du 13ème siècle: une Vierge assise avec l’Enfant bénissant sur ses genoux.
Non loin de la chapelle, à la même altitude, se trouve un ermitage dont le premier occupant semble être saint Amé, moine de l’abbaye qui se réfugia dans la solitude au début du 7ème siècle. Ce lieu est parfois encore habité par quelque chercheur de Dieu, dont l’un des plus récents, Nicolas Buttet, est devenu le fondateur de la communauté Eucharistein localisée dans le village voisin d’Epinassey.
Vérolliez ou le «vrai lieu» du martyre
A une demi-heure à pied de la ville, Vérolliez est le lieu même où, vers l’an 300, saint Maurice et ses compagnons de la légion Thébaine ont été martyrisés. Selon la tradition locale, l’exécution s’est faite sur la grande dalle de pierre conservée sur son baldaquin à l’intérieur de cette chapelle. La première mention écrite de la vénération du lieu du martyre se trouve dans l’Acte de fondation de l’Abbaye (en 515), rédigé ultérieurement vers l’an 800. Ce document aurait été établi in virorum fletu, soit dans un emplacement proche de l’Abbaye, dont le nom se traduit par «les pleurs des hommes» : le lieu où l’on déplorait la mort des martyrs. In virorum fletu est devenu au Moyen Age Viroleto, c’est-à-dire Vérolliez. Par contre, l’étymologie populaire voit en Vérolliez «le vrai lieu» du martyre.
Pratique:
Pour de plus amples informations, voir les sites de la ville (http://www.st-maurice.ch/) et de l’Abbaye (http://www.abbaye-stmaurice.ch/)
Les visites guidées de l’Abbaye et de son trésor ont lieu en juillet et août à 10h30, 14h00, 15h15 et 16h30. Pour les groupes, contacter l’Abbaye au tél. +41 (0)24 486 04 04.
(apic/js)
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