Comment concilier spiritualité, culture et loisir? Pour cette période de vacances estivales, l’Apic propose jusqu’au début juillet sept sorties ou randonnées à caractère religieux dans différentes régions de la Suisse, que les journalistes de notre agence

Genève: Sur les pas de la Réforme au coeur de la «Rome protestante»

Les tensions historiques sont aujourd’hui largement apaisées

Jacques Berset, Agence Apic

Genève, juillet 2008 (Apic) Titillé par cette appellation ronflante – Genève, la «Rome protestante» – le touriste sera quelque peu surpris en sortant de la gare de Cornavin. Tout de suite sur sa droite, un imposant monument, la basilique Notre Dame, attire son regard. A y voir de plus près, c’est un édifice néogothique, bâti il y tout juste 150 ans sur d’anciennes fortifications, le bastion de Cornavin, et qui plus est… c’est une église catholique. La visite de la Genève réformée commence bien!

C’est un fait qu’avec le développement du 19e siècle, l’industrialisation attirant une forte main d’oeuvre confédérée et étrangère (dès cette époque Genève aura une majorité catholique), la vieille cité avait débordé de ses remparts. Ils furent d’ailleurs rasés au milieu du siècle, sous le règne du radical James Fazy. La démolition des fortifications permit de doubler la superficie de la ville. Et comme la liberté religieuse venait d’être proclamée à Genève, devenue une véritable mosaïque multiculturelle et multiconfessionnelle, notamment depuis la cession par la France et le roi de Sardaigne des «communes réunies» (1) de confession catholique, diverses communautés religieuses reçurent des terrains pour y construire leur lieu de culte.

Des souvenirs douloureux

Mais foin de considérations historiques, pénétrons dans le vénérable édifice de molasse grise, situé désormais au centre de la ville. A l’intérieur, le regard est immédiatement attiré par les lumières chaudes des vitraux de Monnier, Denis, Lavergne et Cingria. Tout de suite, le souvenir de la Genève réformée revient: voici, sur un mur, un relief de bois portant une Vierge mutilée en 1535, provenant de la cathédrale Saint-Pierre, ou encore ce flambeau de l’ancien monastère des clarisses du Bourg-de-Four.

Chassées par la Réforme le 30 août 1535, les Dames de Sainte Claire trouvèrent alors refuge au couvent de Sainte Croix, à Annecy. D’autres couvents et églises subirent le même sort à cette époque. Plus tard, dans le sillage du Kulturkampf, ce «combat pour la civilisation», rude conflit religieux et culturel opposant catholicisme romain et libéralisme anticlérical, la basilique elle-même fut confisquée aux catholiques «traditionnels» en 1875. Pour être affectée au culte des «catholiques chrétiens» ou «vieux-catholiques», nouvellement institués par l’Etat. La basilique dut leur être rachetée en 1912 pour la somme de 200’000 francs!

A gauche à l’entrée du choeur, une plaque rappelle le décret de bannissement de Mgr Gaspard Mermillod, vicaire apostolique de Genève, le 17 février 1873 à midi! En ce temps-là, le régime radical d’Antoine Carteret luttait sans merci contre les «ultramontains», ces catholiques qui allaient chercher leurs consignes à Rome, «au-delà des monts». De cette époque troublée, on en aura des exemples, à un bon quart d’heure de marche, en visitant la «salle de la polémique», au Musée International de la Réforme, à l’ombre de la cathédrale Saint-Pierre, au coeur de la vieille ville.

L’on y trouve une caricature très parlante du prélat de Carouge, qui porte le titre d’évêque titulaire d’Hébron, qui se fait expulser de la «Cité de Calvin» par une botte noire portant les armoiries de Genève. Il y est baptisé avec dérision «L’évêque de fiche-ton-camp».

Mais tout d’abord, traversons le Pont du Mont-Blanc, avec sur la gauche le fameux jet d’eau et sur la droite, la romantique Ile Rousseau où trône la statue du grand Jean-Jacques. En face, au-delà des banques et des immeubles de luxe qui forment comme le rempart de la «Genève opulente», émergent les tours de la cathédrale Saint-Pierre, avec au fond sur sa gauche la masse imposante du Salève.

«Genève, cité du refuge»

Passée la Place du Molard, où se trouve un haut relief rappelant la «Genève, cité du refuge» (2) qui accueillit les réformés victimes de persécution, il faut emprunter une petite déclivité, Rue de la Madeleine, et monter des escaliers menant à la vieille ville par la Rue du Perron, pour arriver au pied de l’enceinte de l’ancien cloître capitulaire de Saint-Pierre (XIIe-XIIIe siècle). Sur les murs, de temps à autres, des petites plaques bleues signalant le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Puis à la Rue du Puits-Saint-Pierre, voici la Maison Tavel, la plus ancienne de la ville, qui est un exemple remarquable d’architecture civile médiévale.

Avant de bifurquer vers la cathédrale, le piéton passe encore sous les arcades de l’Ancien Arsenal – qui abrite aujourd’hui les Archives de l’Etat de Genève – devant cinq canons, vestige des défenses de l’ancien rempart. Sur le mur du fond, trois remarquables mosaïques d’Alexandre Cingria (1949) illustrant des épisodes de la vie de la Cité, notamment le héraut de la ville qui accueille au XVIe siècles les réfugiés huguenots chassés par le roi de France.

On commence ici à sentir vraiment l’empreinte de la Réforme

On commence ici à sentir vraiment l’empreinte de la Réforme, car en pénétrant dans la cathédrale Saint-Pierre, l’immense nef gothique nous apparaît vide de tous ses anciens ornements et statues, et ses décors peints ont été badigeonnés. Seuls les vitraux ont été épargnés. Au pied de la chaire de vérité, la «chaise de Calvin», qui prêcha dans la cathédrale. Ce jeune Français fut retenu à Genève en juillet 1536 par le réformateur Guillaume Farel, pour l’aider à consolider la foi nouvelle et à transformer Genève en une véritable «Rome protestante».

Quelques plaques commémoratives sur les murs nous rappellent certains moments cruciaux de l’histoire réformée de la ville, de même que le cénotaphe de marbre noir d’Agrippa d’Aubigné, ce célèbre général et homme de lettres protestant français mort à Genève en 1630. Il voisine avec celui d’une autre figure du protestantisme français, le duc Henri de Rohan.

A gauche de la cathédrale, Cour Saint-Pierre, on aperçoit le panneau du Musée International de la Réforme, rue du Cloître. On peut y lire tout à côté cette explication: «Ici s’élevait le cloître de la cathédrale, dans lequel les citoyens de Genève unanimes ont adopté la Réforme le 21 mai 1536». Mais dès le 10 août 1535, le Conseil des Deux-Cents avait suspendu la messe à Saint-Pierre, marquant ainsi le passage de Genève à la nouvelle foi. Les catholiques n’auront dès lors plus d’existence légale dans la ville pour un bon bout de temps.

C’est à la Maison Mallet qu’a trouvé place il y a trois ans le Musée international de la Réforme (MIR), dans une magnifique demeure construite dès 1722 par Gédéon Mallet, descendant d’une famille huguenote réfugiée à Genève au 16e siècle.

A l’entrée de cette maison de maître, qui de 1919 à 1922 fut le premier siège mondial de la Ligue des sociétés de la Croix Rouge, se dresse une grande «croix de Pentecôte», haute de deux mètres, oeuvre de l’orfèvre Gilbert Albert, qu’il a offerte au Musée. Au sommet, plane une colombe d’or, l’Esprit Saint. Tout un programme!

Directrice du MIR, Isabelle Graesslé (3) nous accueille au seuil de «son» Musée avec un large sourire. Avec cette pasteure de l’Eglise protestante de Genève, pas question de rallumer la période des guerres de religions. Si la mémoire doit être cultivée, il faut le faire dans un esprit d’ouverture. C’est d’ailleurs pourquoi il n’y a pas beaucoup d’illustrations sanglantes sur la répression qu’eurent à subir les protestants quand ils étaient minoritaires dans les pays voisins. Ainsi le tableau illustrant le massacre de la Saint-Barthelémy (4) a-t-il été placé en hauteur, discrètement, pour ne pas être au centre de l’exposition. Cela montre la volonté du Musée d’être «tout sauf identitaire», souligne la directrice du Musée.

Les femmes n’ont pas été reléguées au sous-sol

Les femmes n’ont pas été reléguées au sous-sol du Musée «parce que l’on met les femmes à la cave, comme l’a écrit une journaliste», plaisante la directrice du MIR, mais parce qu’elles ne deviennent vraiment visibles dans l’histoire du protestantisme qu’au XXe siècle. Et dans le Musée, cette période est traitée au sous-sol. «Vous savez, j’ai déjà fait beaucoup pour les femmes de la Réforme… J’en ai fait mettre une sur le Mur des Réformateurs (5). En effet, le nom de Marie Dentière (1490 – 1560) a été gravé en novembre 2003 sur le fameux Mur du Parc des Bastions, érigé à l’occasion du 400ème anniversaire de la naissance de Calvin (6).

«J’ai collaboré à l’émission «Présence protestante» sur France 2 qui a présenté un documentaire de Virginia Crespeau sur Marie Dentière (Marie Dentière ou la Réforme au féminin)», précise-t-elle encore. La réhabilitation de cette figure historique de la Réforme est due en effet en grande partie à la théologienne alsacienne Isabelle Graesslé, qui fut aussi la première femme modératrice de la Compagnie des pasteurs et des diacres genevois, avant de devenir directrice du MIR. Dans le MIR, il n’y a rien sur Marie Dentière, ni sur l’épouse de Calvin, Idelette de Bure, car dans un musée, précise-t-elle, «il faut exposer des objets, des images, des portraits, et on n’a rien d’elles…».

Isabelle Graesslé admet également que l’aspect social qui a sous-tendu la Réforme est peu abordé dans le MIR. C’est une des difficultés que les concepteurs de ce musée – à l’allure très moderne et créative – ont dû affronter: les documents sont plutôt rares. «Il y avait très peu à montrer pour faire un Musée de la Réforme, même s’il y avait déjà une collection, rassemblée depuis une centaine d’années par des historiens et des théologiens à Genève». Cent ans de patience, et surtout, pas de subventions des pouvoirs publics! «Nous sommes une fondation tout à fait privée, car Genève connaît un régime de laïcité stricte, avec une séparation très affirmée entre l’Eglise et l’Etat».

Une lettre de Calvin, acquise pour 200’000 francs

Le projet du Musée a pris une bonne centaine d’années, même s’il a cependant connu des tentatives depuis les années 1920 – une salle avait été ouverte dans un bâtiment qui n’existe plus – et plus récemment dans les années 1950, à l’initiative du pasteur Max Dominicé, auquel est d’ailleurs dédié l’actuel Musée. C’est le professeur Oliver Fatio, après une longue carrière de professeur d’histoire à la Faculté de théologie de Genève, qui a pris du temps pour s’y consacrer, avec l’aide d’autres personnalités, dont l’actuelle présidente du Conseil de Fondation, Françoise Demole.

Malgré ses moyens restreints – il dépend de la manne privée – le MIR reçoit énormément de dons pour sa collection permanente. «Les gens nous apportent souvent des trésors… mais nous avons aussi l’occasion d’acquérir, par exemple lors de ventes aux enchères, des pièces rares, comme ce portrait d’Agrippa d’Aubigné, qui était toujours resté dans sa famille en France». Isabelle Graesslé est particulièrement fière d’une autre acquisition, qu’elle a achetée par téléphone lors d’une vente de Christie’s: un manuscrit autographe de Jean Calvin, datant de 1545, qui avait disparu pendant plus de 150 ans.

Cette lettre unique a été acquise pour 200’000 francs, grâces à des mécènes voulant rester anonymes. Elle est exposée sous verre, dans un tiroir, à l’abri de la lumière, dans une des douze salles du MIR. Daté du 23 janvier 1545, cet écrit est la seule lettre connue de Calvin sur le suicide, précise la directrice du Musée, qui relève qu’elle montre le théologien et réformateur aux moeurs sévères sous un aspect plus humain.

A la fin de la visite, Isabelle Graesslé estime que le MIR n’est pas un musée identitaire, mais plutôt un musée de mémoire, un retour aux racines. «Je pense que l’identité est une chose précieuse, l’identitaire par contre porte des revendications… Alors que dans ce Musée, il n’y a pas du tout l’idée de revendication, mais celle de laisser une trace du passé. Il n’y avait en effet pas grand-chose qui témoignait de la Réforme dans cette ville… A part les statues du Mur de la Réforme. C’est vrai que dans la mentalité protestante traditionnelle, on est plutôt dans l’effacement que dans la mise en avant».

Lauréat du Prix 2007 du Musée du Conseil de l’Europe, qui a bien «boosté» le Musée, le MIR attend le visiteur pour une rencontre enrichissante culturelle et historique, un voyage interactif à travers la Réforme, au moyen de livres, manuscrits, tableaux, gravures et des dernières techniques audio-visuelles. JB

Encadré

Parcours pédestre «Sur les pas de la Réforme»

Le Musée International de la Réforme fait partie d’une offre touristique appelé «Espace Saint-Pierre» qui comprend également la cathédrale Saint-Pierre, ses tours et le site archéologique auquel le MIR est relié par un passage souterrain. Après avoir visité le Musée – qui donne une bonne idée sur la naissance et le développement de ce mouvement religieux qui a rapidement débordé des ses espaces historiques en Europe, pour s’étendre au monde entier, on peut encore faire un parcours pédestre «Genève, sur les pas de la Réforme». (Cf. https://www.musee-reforme.ch/)

On y découvre par exemple que la Réforme fit de Genève une ville instruite et savante, car l’instruction était l’une des principales préoccupations de l’Eglise réformée. Ainsi, le taux d’alphabétisation des Genevois protestants fut à l’époque plus élevé que celui de leurs voisins catholiques. En adoptant la Réforme, le 21 mai 1536, le peuple genevois décida également de mettre sur pied une école où chacun serait tenu d’envoyer ses enfants. En 1559 que ce projet prit véritablement corps avec la création du Collège Calvin et de l’Académie, ancêtre de l’Université de Genève actuelle. Le premier recteur de l’Académie fut Théodore de Bèze. C’est également dans les bâtiments du Collège que fut installée la première bibliothèque de Genève. JB

Encadré

Jubilé Calvin 2009

L’année 2009 sera particulière pour le Musée puisqu’elle annonce le Jubilé Calvin 2009 durant lequel seront célébrés les 500 ans de Calvin (1509 – 2009). Divers événements seront proposés au public tout au long de l’année, en particulier une exposition temporaire exceptionnelle intitulée «Une journée dans la vie de Calvin». JB

(1) On appelle «communes réunies» les territoires de confession catholique cédés à Genève (désormais confessionnellement mixte) par la France dans le Pays de Gex suite au second Traité de Paris (1815) et par le Piémont-Sardaigne en Savoie, suite au Traité de Turin (1816).

(2) A partir de 1550, Genève devient la «cité du refuge» des réformés français et italiens victimes de persécutions dans leur pays. Ces réfugiés seront d’un apport considérable pour le développement des affaires et de l’industrie. Ils promeuvent l’imprimerie et la production de livres qui répandent les idées nouvelles et contribuent grandement à la richesse matérielle et au rayonnement intellectuel de la ville, au plan européen et même au-delà. La Révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV, en 1685, qui met le protestantisme hors la loi, provoque l’arrivée à Genève d’une seconde vague de réfugiés huguenots.

(3) Strasbourgeoise d’origine, Isabelle Graesslé fut notamment directrice du Centre protestant d’Etudes puis modératrice de la Compagnie des pasteurs et des diacres de Genève de 2001 à 2004. Elle fut ainsi la première femme à succéder au premier modérateur, Jean Calvin.

(4) Le massacre de la Saint-Barthélemy est le massacre des protestants perpétré par les catholiques, à Paris, le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy. Ce massacre s’est prolongé pendant plusieurs jours dans la capitale, puis s’est étendu à plus d’une vingtaine de villes de province durant les semaines suivantes et a fait plusieurs milliers de morts.

(5) Née en 1490, Marie Dentière est issue de la petite noblesse des Flandres. Prieure du couvent des augustines de l’abbaye de Prés-Porchins, à Tournai (en Belgique actuelle), elle se convertit à la Réforme luthérienne vers 1524. Ayant quitté son couvent, elle s’installe à Strasbourg où elle épouse un ancien curé, Simon Robert, dont elle aura trois filles. En 1528, le couple s’installe à Bex puis à Aigle où Simon Robert est pasteur jusqu’en 1532, année de sa mort. Marie épouse ensuite Antoine Froment, de 19 ans plus jeune qu’elle et qui accompagne Guillaume Farel dans ses tournées d’évangélisation. Le couple s’installe à Genève en 1535 et, l’année suivante, Marie publie anonymement «La guerre et délivrance de la ville de Genève».

(6) C’est en 1909, année du 400e anniversaire de la naissance de Jean Calvin et du 350e de la fondation de l’Académie de Genève, que débuta la construction du Mur des Réformateurs dans le parc des Bastions. Ce monument, qui porte la devise de la Réforme et de Genève «Post Tenebras Lux», est adossé à une partie des anciennes murailles qui, jusqu’au milieu du XIXe siècle, entouraient la ville. Sur une longueur de 100 mètres, le visiteur parcourt 450 ans d’histoire du protestantisme. Hautes de 5 mètres, au centre du Mur, les statues des quatre grandes figures du mouvement: Guillaume Farel (1489-1565), un des premiers à prêcher la Réforme à Genève; Jean Calvin (1509-1564), le «pape» des réformateurs; Théodore de Bèze (1513-1605), premier recteur de l’Académie; et John Knox (1513-1572), à la base du culte presbytérien en Ecosse. En formant plus réduit, des statues et des bas-reliefs représentent les grands personnages protestants des différents pays calvinistes et des moments cruciaux dans le développement du mouvement.

Pour en savoir plus: www.musee-reforme.ch/le-musee/visite-virtuelle/

Des photos sont disponibles à l’apic: jacques.berset@kipa-apic.ch ou pour le Musée International de la Réforme: http://reformation-museum.com/f/press/illustrations.php

Horaires d’ouverture du MIR : Du mardi au dimanche de 10 h à 17 h

Fermé le lundi Fermé les 24, 25 et 31 décembre et le 1er janvier

Exceptionnellement ouvert les lundis de Pâques, de Pentecôte et du Jeûne fédéral

Tarifs Musée: Adultes CHF 10.00 AVS/AI/Chômeurs/Etudiants de 16 à 25 ans/Apprentis

Groupe dès 15 personnes CHF 7.00 Jeunes de 7 à 16 ans CHF 5.00 (apic/be)

11 juillet 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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2e volet de cette série avec Saint-Maurice, sa basilique, ses catacombes et ses fouilles archéologiques.

Comment concilier spiritualité, culture et loisir? Pour cette période de vacances estivales, l’Apic propose jusqu’au début juillet sept sorties ou randonnées à caractère religieux dans différentes régions de la Suisse, que les journalistes de notre agence

Saint-Maurice: vocation d’une terre

Petite excursion dans les richesses de la porte du Valais

Jacques Schouwey, Apic

Saint-Maurice, 24 juin 2008 (Apic) Porte du Valais, la cité de Saint-Maurice d’Agaune s’offre au voyageur comme un haut lieu historique et spirituel. Naguère passage obligé pour se rendre au coeur du Valais, la petite ville chablaisienne est devenue un endroit propice à la villégiature et à la méditation. Grand-Rue piétonne invitant à la rencontre et au farniente, la ville est empreinte de tradition et de vie chrétienne: Abbaye multiséculaire, Foyer des franciscains, OEuvre des Soeurs de Saint-Augustin.

Baignée par le Rhône, la ville s’étend au pied d’une majestueuse falaise, forteresse de l’entrée en Valais. Remontant au 3ème siècle, Agaune est surtout connue pour son Abbaye fondée en 515 par Sigismond, roi des Burgondes, et où la présence des chanoines réguliers de Saint-Augustin est ininterrompue depuis lors. La visite de la basilique, de son «trésor», des catacombes et des fouilles archéologiques du Martolet retrace plus de 1500 ans de vie monastique.

De la gare CFF, le visiteur passe devant l’église paroissiale Saint-Sigismond et côtoie l’imposant immeuble de l’oeuvre des Soeurs de Saint-Augustin, dont les éditions proposent des ouvrages de spiritualité chrétienne. La Grand-Rue, animée dès le premier rayon de soleil, porte encore les traces d’une activité économique et marchande débordante de l’époque où tout trafic passait par elle: vitrines, bistrots et autres commerces. Les vieux pavés ont vu passer aussi bien des touristes en transit vers les grandes stations du Valais central et du Haut Valais que les semelles usées de générations d’étudiants du Collège de l’Abbaye. Parallèle à la Grand-Rue, la rue d’Agaune conduit à l’Abbaye blottie contre un imposant rocher.

Une basilique aux richesses insoupçonnées

Le touriste ou le pèlerin du troisième millénaire imagine-t-il, en entrant dans la basilique de l’abbaye de Saint-Maurice, que deux mille ans d’histoire l’attendent ? En effet, l’actuelle basilique est la huitième église construite en ces lieux. Deux millénaires d’histoire sont lisibles dans la pierre, les inscriptions, les oeuvres d’art.

Entrer dans la basilique, c’est d’abord se trouver face à une superbe porte réalisée à l’occasion de l’entrée dans le 3ème millénaire par l’artiste Philippe Kaeppelin qui a représenté le Christ de l’Ascension et les soldats de la légion thébaine, les palmes du martyre à la main. Sur l’intérieur de la porte, oeuvre de Madeline Diener, figurent en 27 écritures et langues différentes, les noms de 270 martyrs de l’Eglise primitive à nos jours. La basilique, c’est aussi les différentes chapelles dédiées à des saints et ornées de splendides vitraux aux tons vifs et agressifs d’Edmond Bille et représentant la vie et le martyre de Saint Maurice. La petite chapelle Saint-Sigismond expose une châsse contenant des ossements des martyrs thébains et, depuis 2002, des reliques des martyrs de l’Ouganda, ce qui vaut à Saint-Maurice un pèlerinage annuel des Africains de Suisse.

Au choeur de l’édifice l’attention est attirée par le grandiose maître-autel de 1727 et les stalles baroques, sculptées dans du noyer et datées de 1706. A droite du choeur, la chapelle Notre-Dame, seul témoin de l’époque baroque, est le lieu d’exposition du Saint-Sacrement. La restauration de l’avant-choeur en 2005 a permis de mettre en valeur le splendide ambon du 8ème siècle, dont un autre exemplaire se trouve à l’église prieurale de Romainmôtier. Signalons encore un baptistère du 4ème-5ème siècle situé dans l’enceinte du cloître où, par beau temps, il fait bon déambuler et méditer. C’est de là que part la visite guidée du célèbre «trésor» de l’Abbaye, de catacombes et des fouilles du Martolet.

Le «trésor» de l’Abbaye

Les siècles d’histoire de Saint-Maurice ont permis de conserver des pièces d’orfèvrerie religieuse de grande valeur, des époques mérovingienne, carolingienne, romane, gothique, baroque et moderne. Parmi les nombreuses pièces conservées, il convient de noter plus particulièrement certains objets encore utilisés aujourd’hui dans la liturgie abbatiale, telles que les châsses-reliquaires de Saint-Maurice (12è siècle) et des enfants de saint Sigismond (12è siècle), ainsi que l’aiguière dite de Charlemagne, splendide vase d’or fin, orné, sur la panse circulaire et sur les faces du col, de plaques d’émaux, de cabochons, de palmettes et de filigranes ciselés. Le reliquaire de la Sainte Epine, donné à l’Abbaye par Saint Louis roi de France, est également une pièce qui mérite attention par son élégance, sa pureté et sa richesse de pierres précieuses.

Un petit détour par les catacombes et les fouilles archéologiques

La visite ne serait pas complète sans un petit passage dans les catacombes où l’on peut y voir les fondations des églises du 4ème au 8ème siècle. Un cimetière longeant l’église du 7ème siècle laisse apparaître des tombes de l’époque. Intéressantes à plus d’un point de vue sont les fouilles du Martolet qui ont permis de mettre au jour le choeur d’une église carolingienne et le tombeau supposé de saint Maurice.

Non loin de la basilique, logée dans la paroi rocheuse qui surplombe la ville, s’élance la chapelle de Notre-Dame du Scex. Une belle balade pour qui ne craint pas les quelque 500 marches finales d’accès à l’édifice. En un peu plus d’une demi heure d’un pas tranquille, on accède à la chapelle, datée pour l’essentiel du 18ème siècle et construite à 90 mètre au-dessus de la plaine. A l’intérieur de l’édifice, dans une niche centrale, on peut voir une merveilleuse petite statue du 13ème siècle: une Vierge assise avec l’Enfant bénissant sur ses genoux.

Non loin de la chapelle, à la même altitude, se trouve un ermitage dont le premier occupant semble être saint Amé, moine de l’abbaye qui se réfugia dans la solitude au début du 7ème siècle. Ce lieu est parfois encore habité par quelque chercheur de Dieu, dont l’un des plus récents, Nicolas Buttet, est devenu le fondateur de la communauté Eucharistein localisée dans le village voisin d’Epinassey.

Vérolliez ou le «vrai lieu» du martyre

A une demi-heure à pied de la ville, Vérolliez est le lieu même où, vers l’an 300, saint Maurice et ses compagnons de la légion Thébaine ont été martyrisés. Selon la tradition locale, l’exécution s’est faite sur la grande dalle de pierre conservée sur son baldaquin à l’intérieur de cette chapelle. La première mention écrite de la vénération du lieu du martyre se trouve dans l’Acte de fondation de l’Abbaye (en 515), rédigé ultérieurement vers l’an 800. Ce document aurait été établi in virorum fletu, soit dans un emplacement proche de l’Abbaye, dont le nom se traduit par «les pleurs des hommes» : le lieu où l’on déplorait la mort des martyrs. In virorum fletu est devenu au Moyen Age Viroleto, c’est-à-dire Vérolliez. Par contre, l’étymologie populaire voit en Vérolliez «le vrai lieu» du martyre.

Pratique:

Pour de plus amples informations, voir les sites de la ville (http://www.st-maurice.ch/) et de l’Abbaye (http://www.abbaye-stmaurice.ch/)

Les visites guidées de l’Abbaye et de son trésor ont lieu en juillet et août à 10h30, 14h00, 15h15 et 16h30. Pour les groupes, contacter l’Abbaye au tél. +41 (0)24 486 04 04.

(apic/js)

24 juin 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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