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apic/Wim Wenders/Docteur honoris causa/Faculté de théologie/Uni Fribourg

Fribourg:Evénement médiatique au Dies academicus à l’Université (151195)

Le cinéaste Wim Wenders, docteur honoris causa de la Faculté de théologie

Fribourg, 15 novembre(APIC) Evénement médiatique mercredi à l’Université

de Fribourg lors du traditionnel Dies academicus et coup de maître de la

Faculté de théologie: elle a décerné au cinéaste Wim Wenders un titre de

docteur honoris causa, façon originale de célébrer le centenaire du cinéma,

mais aussi de marquer le rôle que les films de Wenders jouent pour une réflexion en profondeur sur l’image et sur les problèmes métaphysiques et religieux.

Dans une interview accordée à l’agence APIC, le réalisateur allemand qui ne cache pas son identité chrétienne – espère que cette distinction,

qui à ses yeux honore davantage le cinéma que sa propre personne, serve à

combler le fossé qui existe souvent entre l’Eglise et le monde des images

devenu si important pour la vie de la société contemporaine. Wim Wenders

estime que la Faculté de théologie de Fribourg a pris là une décision «très

courageuse».

APIC:Vous parlez de la soif spirituelle de cette fin de siècle… Vous définissez-vous comme croyant, dans le sens confessionnel du terme?

WimWenders:Je suis chrétien pratiquant; j’ai été éduqué dans une famille

très catholique, à Düsseldorf. Avec ma femme, aujourd’hui, je fréquente

plutôt une communauté protestante. Je trouve qu’à la fin de ce 20e siècle,

on pourrait peut-être peu à peu oublier les différences confessionnelles.

Parce que finalement, ce qui nous sépare est tellement plus minime que ce

que nous avons en commun.

Je trouve même un peu absurde que ces différences puissent jouer un rôle

si important dans la vie quotidienne. Moi-même, je ne me sens ni catholique

ni protestant: je suis chrétien!

APIC:Cela ne vous gêne pas d’être honoré par une Faculté catholique?

WimWenders:Pas du tout! Toute ma famille est catholique, et toute mon

enfance a été baignée de catholicisme. J’ai gagné une ouverture d’esprit à

travers la vie. Il y a eu un temps dans ma vie où j’avais quitté l’Eglise,

où pendant dix ans – à la fin des années 60, au début des années 70 j’étais à l’extrême-gauche, socialiste.

Puis j’ai traversé une longue psychanalyse et j’ai eu un certain temps

de l’intérêt pour les religions d’Orient, pour le bouddhisme. Après un long

détour, je suis retourné à l’endroit d’où j’étais parti, avec le bonheur

profond d’avoir retrouvé ma foi chrétienne. Bien évidemment c’était dans un

autre contexte: à l’âge de 45 ans, on n’est plus croyant de la même manière

qu’à 15 ans. J’ai réalisé, pour ma propre vie, que je n’aurais pas vraiment

dû chercher si loin.

APIC:Quel sens a cette distinction pour vous aujourd’hui?

WimWenders:J’espère que l’on peut voir dans cette démarche l’effort de

l’Eglise pour chercher à ne pas trop s’éloigner du monde des images et à se

réconcilier avec lui. J’ai d’abord été grandement surpris par cette proposition, puis je me suis dit que les gens de la Faculté de théologie de Fribourg ont vu quelque chose dans mes films qui devait justifier leur décision. Cette distinction n’est pas pour ma personne. Je prône un cinéma qui

ne soit pas seulement un cinéma de divertissement, mais qui reste ouvert à

d’autres dimensions.

Le cinéma doit aussi pouvoir parler des anges et de Dieu, et pas seulement des monstres, des puissances démoniaques ou des forces maléfiques. Le

cinéma a toujours montré l’invisible, même si l’on peut dire a priori qu’il

est l’art du visible. Le cinéma excelle à montrer la métaphysique. Quelques

unes des oeuvres les plus importantes de l’histoire du cinéma sont des

films métaphysiques. Faire un film avec des anges était pour moi un cinéma

comme tous les autres. J’avais ras le bol du fait qu’il n’y avait plus au

cinéma que des films mettant en scène des forces sataniques. J’avais la

conviction que la peur ne pouvait pas rester la seule au centre du cinéma.

(apic/be)

Encadré

La Faculté de théologie de Fribourg rend ainsi hommage à un cinéaste qui a

su «intégrer à son métier d’artiste une préoccupation philosophique et

théologique, (…) qui, à travers le langage cinématographique, fait percevoir la dimension spirituelle de l’art, et invite à rechercher un sens à la

vie de l’homme, par le dialogue entre les personnes et par la beauté de

l’image».

Et surtout, Wim Wenders a osé, dans ses films, «faire une place aux anges, pour manifester la présence bienveillante de ces êtres invisibles, et

aux enfants, rappelant ainsi leur privilège dans l’Evangile», a souligné le

Père dominicain Guy-Thomas Bedouelle, doyen de la Faculté de théologie, à

l’origine de cette distinction avec son confrère dominicain, le Père Bourgeois, professeur de théologie dogmatique à Aix-en-Provence.

En fait, Wim Wenders a réalisé une partie de son film «Par delà les nuages» avec Antonioni dans une église de moines apostoliques à Aix-en-Provence. C’est à cette occasion, durant le tournage, que les deux dominicains

ont sympathisé avec Wenders, candidat tout trouvé pour un titre de docteur

honoris causa à l’occasion du Centenaire du cinéma.

Pour le Père Ambros Eichenberger, de Zurich, président de la Commission

catholique suisse du cinéma, la distinction attribuée à Wim Wenders est un

signe important, parce qu’il y a des milieux dans l’Eglise qui sont encore

très hostiles au cinéma. «Ce titre de docteur honoris causa est un pas pour

combler ce fossé souvent béant entre la théologie et la culture contemporaine. Cela ne doit pas rester un show, mais devrait jouer le rôle de signal prophétique». (apic/be)

Encadré

Wim Wenders est notamment le réalisateur de «Paris Texas» (1984), des «Ailes du désir» (1987) et de son prolongement «Jusqu’au bout du monde»

(1991), de «Lisbonne Story» (1995) que l’on peut voir actuellement sur les

écrans. Il est né le 14 août 1945 à Düsseldorf. Après des études de médecine et de philosophie, il fréquente de 1967 à 1970 la Filmhochschule de Munich. Après son premier long métrage, il passe plusieurs années aux EtatsUnis, mais vit actuellement à Berlin. Parmi les distinctions reçues:un

Lion d’or à Venise pour l’»Etat des choses», une Palme d’or à Cannes pour

«Paris, Texas», un Prix de la mise en scène pour «Les Ailes du désir».

(apic/be)

15 novembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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