Évangile de dimanche: «Là, tu dis vrai !»
Depuis l’imposition des cendres, début de notre carême, la Parole chaque dimanche nous révèle l’expérience d’une liberté dont Dieu est la source. Aujourd’hui, assis au bord d’un puits dans un dialogue de vérité avec une femme, nous découvrons à nouveau Jésus, dont les Paroles, ouvrent toujours un avenir et une espérance.
Nous sommes invités, plus que jamais, pour cette troisième étape vers Pâques à entrer dans ce dialogue de vérité. Ce dialogue nous rejoint au cœur de notre vulnérabilité et de ce monde troublé et violent. Pour tout cela, nous avons encore plus besoin de retrouver l’essentiel : une parole de vie, de vérité et un regard d’espérance sur l’avenir. Alors, fixons notre regard sur Celui qui a pris notre humanité et qui rencontre la samaritaine.
«Ces mots tout simples de Jésus sont le creuset positif du dialogue qu’il a avec la samaritaine»
Oui, c’est vrai, l’évangile nous le présente comme un homme fatigué par la marche et le soleil, qui a soif. Il est dans un territoire, dit impur, la Samarie, au regard de la loi juive, mais cette terre est néanmoins marquée par la présence du puits de Jacob… Cette ambivalence puis ensuite la transgression, apparaissent donc constitutives du dialogue de vérité qui est au cœur de cette parole de l’évangile de Jean.
Nous sommes à l’heure la plus chaude de la journée. Il est midi. Jésus laisse partir ses disciples chercher du ravitaillement. Il reste seul au bord du puits et il attend. Il manifeste là, son humanité la plus existentielle pour rencontrer cette femme. Jésus exprime un désir, un manque et c’est en exprimant son désir et son manque dans ce dialogue, qu’il permet à la samaritaine de révéler, en vérité, ce qu’elle est. « Là, tu dis vrai ». Ces mots tout simples de Jésus sont le creuset positif du dialogue qu’il a avec elle…
«Dans cette écoute active, Jésus permet à cette femme d’être vraie dans ce qu’elle dit»
Dans cette rencontre, Jésus déplace l’ambivalence et l’interdit pour libérer la Parole de cette femme. Il lui permet ainsi d’être reconnue dans ce qu’elle pourra devenir ; c’est cela ouvrir un avenir, une espérance. Cette femme enfin reconnue dans ce qu’elle est, partage alors avec les autres, l’expérience majeure qu’elle vient de vivre avec cet homme qu’elle ne connaît pas. «Beaucoup de samaritains crurent en Jésus à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage <il m’a dit tout ce que j’ai fait>».
Jésus dévoile ainsi, hier comme aujourd’hui, le don de Dieu. Il est là dans son humanité pour apporter cette « source, jaillissant en vie éternelle », métaphore de la vie en abondance. Dans cette écoute active, Jésus permet à cette femme, qui a eu cinq maris et qui vit maintenant en compagnie d’un autre homme, d’être vraie dans ce qu’elle dit. Jésus l’accueil avec ce qu’elle est et ce qu’elle vit.
«Par l’accueil transfigurant [et non-jugeant] de Jésus, la samaritaine devient messagère de la Bonne Nouvelle»
Par cet accueil transfigurant, elle devient messagère de la Bonne Nouvelle… Il ne la renvoie pas à son passé, il ne la juge pas. Elle a trouvé celui qui a « l’eau vive », celui qui a les paroles de la vie éternelle. Des paroles qui lui permettent de transformer sa vie sans la renier. Sa quête est désormais féconde. Elle va la partager avec celles et ceux de sa ville et à sa question «Ne serait-il pas le Christ?», ils lui répondent maintenant «…nous savons que c’est vraiment lui, le Sauveur du monde» (Jn 4, 42).
Alors, dans ces temps incertains et perturbants, n’avons-nous pas à redécouvrir cette « certitude » de la foi, un chemin, en ce Carême, pour ranimer en nous le feu de notre baptême et de son appel…
Frère Michel Fontaine OP | Vendredi 6 mars 2026
Jn 4, 5-42
En ce temps-là,
Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar,
près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph.
Là se trouvait le puits de Jacob.
Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source.
C’était la sixième heure, environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau.
Jésus lui dit :
« Donne-moi à boire. »
– En effet, ses disciples étaient partis à la ville
pour acheter des provisions.
La Samaritaine lui dit :
« Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire,
à moi, une Samaritaine ? »
– En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.
Jésus lui répondit :
« Si tu savais le don de Dieu
et qui est celui qui te dit : ›Donne-moi à boire’,
c’est toi qui lui aurais demandé,
et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit :
« Seigneur, tu n’as rien pour puiser,
et le puits est profond.
D’où as-tu donc cette eau vive ?
Serais-tu plus grand que notre père Jacob
qui nous a donné ce puits,
et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit :
« Quiconque boit de cette eau
aura de nouveau soif ;
mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai
n’aura plus jamais soif ;
et l’eau que je lui donnerai
deviendra en lui une source d’eau
jaillissant pour la vie éternelle. »
La femme lui dit :
« Seigneur, donne-moi de cette eau,
que je n’aie plus soif,
et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit :
« Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua :
« Je n’ai pas de mari. »
Jésus reprit :
« Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari :
des maris, tu en a eu cinq,
et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ;
là, tu dis vrai. »
La femme lui dit :
« Seigneur, je vois que tu es un prophète !…
Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là,
et vous, les Juifs, vous dites
que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit :
« Femme, crois-moi :
l’heure vient
où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem
pour adorer le Père.
Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ;
nous, nous adorons ce que nous connaissons,
car le salut vient des Juifs.
Mais l’heure vient – et c’est maintenant –
où les vrais adorateurs
adoreront le Père en esprit et vérité :
tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit,
et ceux qui l’adorent,
c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
La femme lui dit :
« Je sais qu’il vient, le Messie,
celui qu’on appelle Christ.
Quand il viendra,
c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit :
« Je le suis,
moi qui te parle. »
À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ;
ils étaient surpris de le voir parler avec une femme.
Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? »
ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche,
revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme
qui m’a dit tout ce que j’ai fait.
Ne serait-il pas le Christ ? »
Ils sortirent de la ville,
et ils se dirigeaient vers lui.
Entre-temps, les disciples l’appelaient :
« Rabbi, viens manger. »
Mais il répondit :
« Pour moi, j’ai de quoi manger :
c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se disaient entre eux :
« Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »
Jésus leur dit :
« Ma nourriture,
c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé
et d’accomplir son œuvre.
Ne dites-vous pas :
›Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ?
Et moi, je vous dis :
Levez les yeux
et regardez les champs déjà dorés pour la moisson.
Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire :
il récolte du fruit pour la vie éternelle,
si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur.
Il est bien vrai, le dicton :
›L’un sème, l’autre moissonne.’
Je vous ai envoyés moissonner
ce qui ne vous a coûté aucun effort ;
d’autres ont fait l’effort,
et vous en avez bénéficié. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus,
à cause de la parole de la femme
qui rendait ce témoignage :
« Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »
Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui,
ils l’invitèrent à demeurer chez eux.
Il y demeura deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire
à cause de sa parole à lui,
et ils disaient à la femme :
« Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit
que nous croyons :
nous-mêmes, nous l’avons entendu,
et nous savons que c’est vraiment lui
le Sauveur du monde. »
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