Suisse

"Augustin, un ami encourageant avec lequel avancer"

L’abbaye de Saint-Maurice (VS) a accueilli, du 4 au 7 août 2017, le premier Congrès international augustinien. Entre autres temps d’échange, les supérieurs de huit congrégations suisses et françaises ont témoigné sur les défis apostoliques à relever.

«La vie en communauté peut être un enfer. Saint Augustin nous apprend à avoir une vie communautaire de sorte que cela devienne une grâce», lance François-Marie Humann, Père-Abbé des prémontrés de Mondaye, en Normandie. Synthétique, l’homme a la voix claire. Il résume ce que ses confrères et Sœur Adrienne Barras, supérieure des Sœurs de Saint Maurice, ont décliné en autant de facettes d’un défi que les communautés suisses et françaises, qui vivent selon la Règle de saint Augustin, ont à relever au quotidien.

Dans la salle capitulaire de l’Abbaye de Saint-Maurice, au cœur de ce Congrès international augustinien, les religieux se passent le micro et tentent de répondre aussi succinctement que possible à la question du défi apostolique prioritaire à relever au sein de leur communauté. Les rayonnages de livres et l’atmosphère universitaire – presque recueillie – de la salle forment un bel écrin pour ces témoignages minutés, denses mais paisibles.

Vivre dans la charité

Vivre ensemble est possible et peut-être une source de bonheur, avance Sœur Adrienne, pourvu que «la parole entre nous soit plus libre, plus vraie et moins craintive». Elle cite également la «Parole» de Dieu qu’il faut méditer et travailler ensemble «de sorte qu’elle nous rapproche». Concrètement, la communauté a effectué ce travail tout au long de la lecture de l’encyclique Laudato Si’. Don Giuseppe Cipolloni, Abbé des chanoines réguliers du Latran, parle de la correction fraternelle, une grande charité à exercer, car selon saint augustin, chacun est le gardien de l’autre. «Et Dieu est présent dans mon frère», ajoute le Père Cipolloni.

L’accueil de l’autre et l’accueil mutuel est un chemin qu’ont pris les chanoines du Grand-Saint-Bernard. «Il nous faut vivre cette hospitalité, grand thème augustinien, vis-à-vis des gens de passage et entre nous», précise Jean-Michel Girard, prévôt du Grand-Saint-Bernard. Le défi demeure dans l’accueil de la personne pour ce qu’elle est. «Augustin est une lumière pour nous aider à respecter la personne humaine».

Une vie cordiale

L’harmonie est un des buts recherchés de la vie en communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu, à Lagrasse (diocèse de Gap) en France. «L’harmonie dans les rapports humains est nécessaire alors que le monde est brisé par tant de radicalité. Il nous faut vivre de manière familiale, au sens cordial du terme, dans un cadre où oblats, chanoines, sœurs, peuvent s’accueillir dans leur diversité d’état canonial», explique le Père-Abbé de la communauté. Un style de vie pour un monde qui n’a plus ni famille, ni lien ajoute-t-il. Il se réfère naturellement à la charité augustinienne.

La formation et l’accompagnement de la jeunesse, à travers le collège qui doit être une plateforme d’ouverture, sont les défis cités par Jean Scarcella, Père-Abbé de Saint-Maurice. Il s’agit pour lui de répondre aux exigences des jeunes qui sont fondées sur la vie vécue par la communauté. Un souci partagé par Don Guliano Ricadonna, ancien provincial d’Afrique des Assomptionnistes, pour qui former et informer est essentiel.

Un travail intérieur pour une réalisation extérieure.

Un défi qui en entraîne un autre: «Sortir, aller aux ‘périphéries’», précise Mgr Scarcella, nécessite un travail à faire à l’intérieur pour qu’il se réalise à l’extérieur». Se pose alors la question du lien des communautés avec le monde. Lien dans les services rendus à l’Eglise diocésaine et dans le dialogue avec les communautés situées sur les autres continents, en Afrique notamment pour les chanoines, les Sœurs de Saint-Maurice et pour les Assomptionnistes. Sœur Adrienne souhaite former un «corps communautaire» avec ses consœurs de Madagascar. Toutefois l’éloignement géographique et les différences culturelles compliquent la tâche.

Selon le Père Emmanuel-Marie, le défi de parvenir à lisser les tensions existant entre les communautés et l’extérieur se pose avec acuité. «Il n’y a pas de mission s’il n’y a pas d’intériorité», car le monde fait partie de la cité de Dieu, relève Hugues Paulze d’Ivoy, Abbé général de Saint Victor. Il évoque la centralité de la charité dans la communauté pour bien servir l’Eglise à l’extérieur. La collaboration entre communautés et Eglise doit être profonde, c’est même, souligne-t-il, le centre de gravité de la Règle.

L’évolution du monde a parfois pris de court les congrégations où, à entendre les uns et les autres, la remise en question est constante. Sur le modèle de ce Père de l’Eglise, elles suivent, comme l’ont suggéré certains, le chemin comme les étapes de conversion d’Augustin dans ces temps modernes bouleversés. L’abbé Hugues Paulze d’Ivoy voit en Augustin «un frère et un ami encourageant avec lequel avancer sur le chemin de la vie».

«Il est bon de nous unir et de parler de saint Augustin», estime le l’Abbé général de Saint Victor. Loin de la théorie, les témoignages entendus, ancrés de la réalité, ont fait la part belle à l’expérience, vécue par certains comme un chemin de conversion. Ce chemin emprunté il y a 1700 ans par l’évêque d’Hippone, saint Augustin. (cath.ch/bh)


Saint Augustin

Saint Augustin est né dans la Province d’Afrique à Thagaste (actuelle Souk Ahras, Algérie) le 13 novembre 354 et mort le 28 août 430 à Hippone (actuelle Annaba, en Algérie). Il  est un philosophe et théologien chrétien romain de la classe aisée, avec des origines berbères, latines et phéniciennes. Avec Ambroise de Milan, Jérôme de Stridon et Grégoire le Grand, c’est l’un des quatre Pères de l’Eglise occidentale et l’un des trente-six docteurs de l’Eglise. Il écrit également une œuvre considérable tant en quantité qu’en qualité. Trois de ses livres sont particulièrement connus: Les Confessions, La Cité de Dieu et De la Trinité.

*De g. à dr. sur la photo: Don Guliano Ricadonna, ancien provincial d’Afrique des Assomptionnistes, Mgr Emmanuel-Marie Lefébure du Bus, Abbé de Lagrasse, Mgr François-Marie Humann, Abbé de Mondaye, Mgr Hugues Paulze d’Ivoy, Abbé général de Saint-Victor, Mgr Jean Scarcella, Abbé de Saint-Maurice, Sœur Adrienne Barras, supérieure générale des Sœurs de Saint-Maurice, Mgr Jean-Michel Girard, prévôt des chanoines du Grand-Saint-Bernard et Don Giuseppe Cipolloni, Abbé des chanoines réguliers du Latran.

Abbaye de Saint-Maurice (VS) le 6 août 2017. Salle capitulaire. Premier Congrès international augustinien.
7 août 2017 | 11:43
par Bernard Hallet
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