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    Le pape François rencontre les jeunes à Bruxelles © Vatican Media

    Bilan contrasté du voyage du pape François en Belgique

    Malgré les polémiques sur la question de l’avortement et celle de l’identité féminine, le voyage du pape François en Belgique du 26 au 29 septembre 2024, a connu un bel élan populaire. L’attention du pape aux victimes d’abus et aux pauvres a été saluée. Un bilan contrasté selon les divers points de vue.

    Le voyage du pape en Belgique été accompagnée de tensions sur la place de l’Église dans la société. Les déclarations du pape entres autres sur l’avortement ont provoqué une très vive polémique en Belgique.  I.MEDIA revient sur ce voyage particulier, qui a aussi mis en lumière des éléments de renouveau et de dynamisme au sein de l’Église belge.

    Un mois après avoir accompagné le pape dans son pays, l’ambassadeur de Belgique près le Saint-Siège, Patrick Renault, quitte son poste en cette fin octobre avec un souvenir contrasté: s’il relève le succès populaire qui a entouré la venue du pape François, notamment lors de la messe au stade Roi-Baudouin où l’affluence a été forte malgré de lourdes contraintes sécuritaires, il reconnaît que ce voyage du pape a été «difficile sur le plan politique ».

    Pour Bosco d’Otreppe, journaliste à La Libre Belgique, “les tensions se sont calmées”. Avec un mois de recul, il considère que «la visite du pape a cristallisé les positions, entre les gens qui soutiennent le pape avec enthousiasme, d’autres qui le voient comme un rétrograde et qui ont notamment soutenu une campagne de ’débaptisation’ et puis les catholiques de base, qui veulent retenir la joie des rassemblements et qui ont beaucoup regretté le parasitage de ce voyage par des polémiques».

    La mauvaise gestion des abus a terni l’image de l’Église

    Certaines voix internes à l’Église précisent qu’en amont de la venue du pape, la mauvaise gestion des affaires d’abus sexuels sur mineurs avait porté gravement atteinte à l’image du pape et du Vatican, suscitant un a priori négatif dans une partie importante de la population.

    Dès sa première prise de parole au Palais Royal, le 27 septembre, les déclarations du pontife invitant à la fermeté sur ces dossiers douloureux, puis son écoute attentive d’un groupe de victimes, le lendemain soir à la nonciature, ont tout de même permis de crever l’abcès. Lors de la messe au stade Roi-Baudouin, le pape François a rendu hommage au courage des victimes qui ont osé sortir du silence et il a demandé aux évêques de ne couvrir aucun dossier lié à ces affaires de pédocriminalité.

    Polémique sur l’identité de la femme

    Autre sujet à polémique, le discours du pape François à l’université catholique de Louvain-La-Neuve, le 28 septembre, a provoqué de nombreuses incompréhensions. Interrogé sur le thème de l’éco-féminisme, le pape a répondu fermement que «la femme est accueil fécond, soin, dévouement vital». «Ce qui caractérise la femme, ce qui est féminin, n’est pas déterminé par le consensus ou les idéologies. Et la dignité est garantie par une loi originelle, non pas écrite sur le papier, mais dans la chair”, ajoutait-il, renvoyant ainsi aux positions traditionnelles de l’Église catholique et prenant à contrepied les étudiants qui s’attendaient à un positionnement plus ‘progressiste’.

    En réponse, dans un communiqué diffusé dès 18h, au moment même où le pape saluait encore la foule à l’extérieur, l’université exprimait « son incompréhension et sa désapprobation quant à la position exprimée par le pape François concernant la place des femmes dans l’Église et dans la société ». “Ce communiqué a été fait au moment où je parlais. Il a été préfabriqué. Et cela n’est pas moral», regretté le pape François dans l’avion de retour pour Rome.

    Un choc entre deux mondes

    “De nombreuses voix à l’intérieur de l’université ont trouvé cela inélégant de critiquer le pape alors qu’il était encore sur le site, commente Vincent Delcorps, rédacteur en chef du site Cathobel. Le conseil rectoral n’avait pas été associé à sa rédaction, c’était une démarche personnelle de la rectrice, et cela a suscité des tensions », précise-t-il.

    “En fait «à Louvain-La-Neuve, la séance en tant que telle s’était bien passée. C’était un moment festif, beau esthétiquement, joyeux, émouvant même. Mais il est vrai qu’entre le pape et la communauté universitaire, il y avait un choc entre deux mondes qui n’utilisent pas le même langage », ajoute Vincent Delcorps.

    «Une crise salutaire», selon Mgr Terlinden

    « La rencontre avec l’université a reflété cette société sécularisée dans laquelle nous vivons », reconnaît pour sa part Mgr Luc Terlinden, archevêque de Malines-Bruxelles et, à ce titre, chancelier de l’université catholique de Louvain. « Cela conduit naturellement à quelques étincelles, mais l’Église doit assumer de se confronter à ce contexte, sans complexe et sans arrogance », explique-t-il à I.MEDIA. Selon les informations d’I.MEDIA, la rectrice Françoise Smets aurait adressé une lettre personnelle au pape afin de renouer le dialogue.

    Le roi Baudouin, un personnage fédérateur devenu clivant

    Autre sujet central de ce voyage: le projet de béatification du roi Baudouin (1930-1993) que le pape François a annoncé vouloir lancer rapidement, en prenant argument de son opposition à une « loi homicide ». Ce roi profondément catholique avait en effet refusé de signer la légalisation de l’avortement en 1990 en abdiquant provisoirement.

    Vincent Delcorps regrette cette focalisation sur ce thème. « Dans la mémoire des Belges, le roi Baudouin n’est pas d’abord associé à cette question de l’IVG », explique-t-il. « C’est un grand roi qui a marqué l’histoire contemporaine de la Belgique, un homme bon, fédérateur, apprécié, attentif au bien, aux plus vulnérables, proche de la population. Tous les Belges se souviennent de ce qu’ils faisaient le 31 juillet 1993 quand ils ont appris sa mort. Le peuple entier était en larmes », se souvient le journaliste.

    Concernant le procès en béatification en tant que tel, le journaliste remarque une certaine réserve au sein de l’Église et de l’épiscopat, car le roi Baudouin demeure une personnalité de l’histoire contemporaine sur laquelle beaucoup de choses restent à découvrir.

    Les fruits positifs «dans les cœurs»

    La relecture de ce voyage ne peut pas se limiter aux polémiques. “Avec du recul, des enseignements positifs sont tirés de ce voyage, les bons souvenirs rejaillissent à la surface », relève Bosco d’Otreppe. «Ce voyage a aussi eu de nombreux fruits positifs, donc beaucoup échappent aux radars des journalistes, qui ne peuvent pas savoir ce qui se passe dans le coeur des gens», renchérit Vincent Delcorps.

    «Les petites sœurs des pauvres qui ont accueilli le pape le vendredi à midi vont garder cela en mémoire durant toute leur vie, tout comme les participants au rassemblement des forces vives de l’Église à la basilique de Koekelberg le samedi matin, et ceux qui sont venus à la messe le dimanche matin au stade… Tout cela ne doit pas être oublié, même si ce qui est beau ne fait pas autant de bruit que les polémiques », reconnaît-il.

    «Je ne savais pas si nous allions remplir le stade, mais nous y sommes arrivés… L’Église doit apprendre à vivre dans un monde qui n’est pas ‘son’ monde, elle doit trouver sa place en tenant compte de la réalité de la société dans laquelle nous vivons», explique le cardinal Jozef De Kesel, archevêque émérite de Malines-Bruxelles.

    Pour son successeur Mgr Terlinden, «cette visite du pape a été une très belle expérience d’Église, qui nous a donné un nouvel élan», dans une contexte difficile où l’Église vit «au sein d’une population souvent indifférente, et parfois hostile », reconnaît-il.

    Un signe prophétique pour l’Occident

    Pour d’autres participants, les paroles dérangeantes du pape François doivent aussi être comprises comme un signe «prophétique» adressé à l’ensemble du monde occidental. Au-delà du seul contexte belge, la radicalité du pape François sur la défense du respect de la vie humaine lui a valu le respect d’une partie du monde catholique qui le considérait avec méfiance.

    Pour Mgr Terlinden, les communautés ferventes qui ont gagné en visibilité grâce à la visite du pape François pourraient ainsi porter en elles les germes d’un renouveau et des fruits encore insoupçonnés. (cath.ch/imedia/cv/mp)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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