Suisse

La Bible, une nourriture spirituelle pour les sportifs

Dans son dernier livre, Ce que dit la Bible sur le sport (Nouvelle Cité), le théologien et arbitre de football François-Xavier Amherdt partage sa passion pour les activités sportives, au regard de la Bible. Résultat: un captivant ouvrage, facile d’accès, sur l’interpénétration entre deux mondes, sportif et biblique.

Le monde sportif est familier à l’abbé François-Xavier Amherdt. Le Valaisan, professeur de théologie pastorale à l’université de Fribourg, est aussi un familier des terrains de football, notamment comme arbitre jusqu’à un niveau élevé. Il en a d’ailleurs fait le titre d’un de ses ouvrages : Le sport, religion universelle du XXIe siècle ? (coll. «Que penser de?…», n. 6, Namur, Fidélité, 2004).

Son nouvel opus, Ce que dit la Bible sur le sport (Nouvelle Cité), évoque les liens entre l’Ecriture et le sport. Des liens que le théologien tisse habilement entre les paroles de Jésus, les écrits de Paul et l’élan de la foi chrétienne, en rappelant combien les Eglises ont souvent été aux côtés des athlètes. Le parcours en douze étapes proposé par l’abbé Amherdt rapproche deux univers, sportif et croyant. «C’est parce que le phénomène du sport ne peut pas apporter le salut à l’homme que j’essaie de le placer en contraposition avec la foi chrétienne», explique-t-il.

Ce que dit la Bible sur le sport investit les articulations possibles entre les « mondes » des disciplines sportives et de la Parole

Vous faites le lien entre des textes bibliques et les activités sportives. Cela montre que le sport était déjà dans les esprits au moment de la rédaction de ces textes…
François-Xavier Amherdt: Indéniablement, lorsque saint Paul, par exemple, a recours aux métaphores des courses du stade et de la lutte, dans sa première épître aux Corinthiens (9,24-27), cet athlète de Dieu était bien au parfum de ce qui se vivait dans le monde proche-oriental et grec de son époque.
Pour d’autres passages scripturaires retenus, comme « Dieu sera l’arbitre des nations» (Isaïe 2,1-5 et Michée 4,1-3), ou « les derniers seront les premiers » (Matthieu 20,16), il s’agit plutôt d’une actualisation que je me suis permis de faire. Il s’agit de montrer que les lunettes interprétatives sportives peuvent valoir autant que celles agricoles ou pastorales que revêt Jésus dans ses paraboles, par exemple.

Vous dénoncez aussi les excès des compétitions, la performance à tout prix, l’argent brassé par le monde sportif. Le sport «propre», cela existe selon vous?
Ma thèse est que le sport n’est que le reflet de l’ensemble de notre société, il n’est ni meilleur ni pire. Et que donc, au niveau de la compétition, le pratiquer sans tricherie, ni dopage, ni nationalisme exacerbé, dans le respect de soi et des adversaires, en conservant honnêteté, plaisir et goût du jeu, demande effectivement un effort et une attention de tous les instants.

Quel est le message du monde chrétien à l’égard du sport?
Les paraboles jouent dans les deux sens: du sport pour dire la foi, mais aussi du registre chrétien et biblique vers les disciplines sportives. Ainsi, je tente de montrer que les images bibliques du corps, où chaque membre a sa spécificité et son importance pour le bien de l’ensemble, s’appliquent non seulement aux communautés ecclésiales et aux chorales, mais à toute équipe de football ou de hockey. Et que parfois, à l’inverse, la priorité des textes bibliques vient complètement renverser, par sa logique extravagante du Royaume, la loi de la jungle et du plus fort qui règne dans l’univers sportif.

«Les grandes questions éthiques, morales et humaines qui ponctuent le message des Écritures sont également au cœur des compétitions sportives.»

Ne peut-on pas vous soupçonner de mettre la foi chrétienne dans un monde du sport qui ne s’en préoccupe pas beaucoup?
C’est précisément cela l’évangélisation et le but de l’ouvrage. En réalité les grandes questions éthiques, morales et humaines qui ponctuent le message des Écritures sont également au cœur des compétitions sportives. Je pense au soin de son propre corps, à la recherche de l’équilibre et de l’harmonie entre esprit, âme et corps, à la nécessité des lois pour le bien commun, à la capacité de se dépasser et de se transcender, à l’importance du fairplay, à l’acceptation des sacrifices de l’entraînement en vue de la rencontre.
Au fond, c’est sur le terrain comme dans la vie. Ces dernières années, de nombreux joueurs ont apporté leur témoignage de foi évangélique et chrétienne, disant notamment combien la qualité de leur relation à Dieu et aux autres leur conférait la force et la concentration dont ils avaient besoin et pouvait donner sens à leur métier de sportifs, au-delà des réussites ou des échecs.

Le curé sportif, footballeur ou fan de randonnée alpine, n’est-ce pas une image un peu dépassée?
Nous n’arrêtons pas de parler d’Église de proximité et de pastorale dans les périphéries. Ce sont des leitmotivs du pape François. Mon expérience de 36 ans de ministère sacerdotal et de plus de 40 ans d’arbitrage de football me montre qu’il est plus urgent que jamais de rejoindre les personnes, les jeunes, là où ils se passionnent et de montrer en tout l’éclairage et l’orientation que la Parole biblique et ecclésiale peut y apporter.

«Nous lançons le grain humble et petit de la fraternité, du respect, de l’esprit d’équipe, du don et du dépassement de soi au nom de Jésus-Christ»

L’Église a souvent promu le sport. Cet investissement pastoral est-il payé, en retour?
L’agir ecclésial évolue dans le domaine de la gratuité, en contrepoint d’ailleurs avec les sommes d’argent faramineuses des transferts de joueurs d’élite ou des gains des athlètes. Il ne convient donc pas de mesurer « l’investissement pastoral » à ce qu’il « paie en retour ». Si non, cela fait longtemps que nous aurions cessé d’annoncer l’Évangile. Dans le sport comme partout ailleurs, c’est d’une pastorale des semailles qu’il est question. Nous lançons le grain humble et petit de la fraternité, du respect, de l’esprit d’équipe, du don et du dépassement de soi au nom de Jésus-Christ, et c’est l’Esprit seul qui le fait germer et devenir parfois un grand arbre.
Dans ma pratique, cela a transfiguré ma pastorale et ma prédication, notamment auprès des enfants et des jeunes : celui-ci est des nôtres, il partage notre intérêt, écoutons-le, cela en vaut peut-être la peine. Et cela m’a amené à accompagner la préparation (et le suivi) de mariages et de baptêmes des enfants de nombreux couples, dont l’un au moins était sportif. Je crois à la pertinence d’aumôneries dans le monde du sport comme dans d’autres domaines. (cath.ch/bl)

François-Xavier Amherdt: Ce que dit la Bible sur le sport, Paris, 2020 Editions Nouvelle Cité

L'abbé François-Xavier Amherdt a été arbitre de football | capture d'écran Youtube
15 mars 2020 | 17:00
par Bernard Litzler
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