Le cardinal Seán Patrick O’Malley a écarté tout lien direct entre célibat des prêtres et pédophilie, en présentant le 29 octobre 2024 le premier rapport sur l’état de la lutte contre les abus dans l’Église catholique.
Publié par la Commission pontificale pour la protection des mineurs, ce rapport commandité par le pape François, souligne que l’Église était en train d’adopter une nouvelle mentalité pour protéger les enfants, après une période de graves manquements de la part de la hiérarchie.
"Je n’ai jamais vu d’étude sérieuse [établissant] que le célibat et les abus sexuels soient liés", a clarifié le cardinal O’Malley, interrogé sur une ligne du rapport faisant état des «préoccupations concernant le célibat et les fils des prêtres" au Ghana.
L’ancien archevêque de Boston a rappelé que "dans la société, la plupart des actes pédophiles arrivent en famille". Même si "ce débat a fait rage en Allemagne", a-t-il glissé en référence aux revendications du Chemin synodal allemand sur le mariage des prêtres, "le célibat n’est pas la cause de la pédophilie". Il a reconnu que les actes de pédophilie commis par des membres du clergé minent la capacité de l’Église à garder "une voix prophétique" dans le choix du célibat.
"Il n’y a pas d’excuse pour ce crime […]. Célibat ou non peu importe, les enfants doivent être protégés", a réagi pour sa part Maud De Boer Buquicchio. La Néerlandaise, qui fut de 2014 à 2020 rapporteur spécial pour les Nations-Unies sur la vente et l’exploitation sexuelle des enfants, a argué que les personnes commettant des actes pédophiles avaient "un problème lié à leur état psychique" et qu’ils avaient "besoin d’être soignés".
“Les victimes lasses des paroles vides”
Le président de la commission, le cardinal O’Malley, a ouvert la conférence de presse en s’adressant aux victimes "lasses des paroles vides". "Vos souffrances et blessures ont ouvert nos yeux sur le fait que, comme Église, nous avons échoué […] et que nous avons résisté à vous comprendre quand vous aviez le plus besoin de nous", a-t-il confessé, reconnaissant que "rien de ce que nous faisons ne sera jamais suffisant pour réparer totalement ce qu’il s’est passé".
Le cardinal a souligné cependant que l’Église entrait dans "un second temps" après «une période sombre" au cours de laquelle les responsables hiérarchiques avaient "tragiquement manqué à leurs devoirs". Le prélat américain s’est particulièrement réjoui du choix du pape François de faire de la Commission "une institution permanente de l’Église", lui donnant un poids certain au sein de la Curie romaine dans sa constitution apostolique de 2022. Le rapport annuel, qui pointe du doigt les lacunes dans certaines régions du monde mais aussi au Vatican, entend accompagner la "transition en cours", a-t-il expliqué, admettant "qu’il reste encore beaucoup à faire".
Améliorer la vérification des données
"Les temps changent", a abondé la juriste Maud De Boer Buquicchio, responsable du rapport. Si auparavant il y avait un "pare-feu" entre l’institution et les victimes, celui-ci "est en train de graduellement disparaître", s’est-elle félicitée. "Nous savons que nous devons […] améliorer de manière significative la vérification de nos données, par le biais de références croisées avec des sources externes", a-t-elle cependant reconnu en référence au travail de deux ans réalisé pour le rapport, qui sera amené à être complété d’année en année.
"Je n’aurais jamais pensé voir arriver ce jour", a confié avec émotion Juan Carlos Cruz, promoteur des droits des survivants d’abus cléricaux dans le monde, et membre de la commission. Victime d’abus dans sa jeunesse au Chili, il a exprimé sa "grande conviction qu’il s’agit d’un premier pas très important".
La "frustration" d’anciens membres pour la lenteur des changements
Le cardinal O’Malley a évoqué par ailleurs la démission, en 2017, de l’une des membres de la commission, Marie Collins. L’Irlandaise, victime d’un prêtre pédophile et porte-parole de nombreuses victimes, avait fait valoir sa "frustration compte tenu du manque de coopération d’autres bureaux de la Curie". "Nous avons compris […] et tous senti cette frustration de la lenteur des changements… mais nous croyons que les changements se produisent", a-t-il assuré, estimant que les dicastères font preuve d’une volonté de meilleure collaboration.
Le président a également affirmé que la commission entretenait de bons rapports avec le Centre pour la protection de l’enfance de l’université pontificale grégorienne. Le président de cette entité, le Père Hans Zollner, ancien membre de la commission, avait annoncé à grand fracas sa démission de celle-ci en mars 2023, critiquant un manque de transparence et des dysfonctionnements structurels. (cath.ch/imedia/ak/mp)