Le cardinal Barbarin est sous le feu des projecteurs | © Keystone
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Le cardinal Barbarin est sous le feu des projecteurs | © Keystone

Thierry Collaud: "Le procès Barbarin n'aurait pas dû avoir lieu"

10.01.2019 par Raphaël Zbinden

La citation à comparaître du cardinal Barbarin, en cours depuis le 7 janvier 2019, s’achemine vers un non lieu. Un procès qui, selon Thierry Collaud, professeur d’éthique à l’Université de Fribourg, aurait pu être évité, si le diocèse avait fonctionné comme une communauté ecclésiale plus que comme une institution.

Le procès de Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, accusé d’avoir laissé en fonction trop longtemps le prêtre pédophile Bernard Preynat, fait la Une des médias français. L’événement a mis en lumière une gestion problématique des cas d’abus sexuels par l’autorité diocésaine. Les juges doivent décider s’il s’est agi d’une simple erreur de jugement ou d’une réelle mise en danger de personnes. Le 9 janvier 2019, la procureure a en tout cas prononcé un réquisitoire sans condamnation.

Nouveau coup dur pour l’image de l’Eglise

“Franchement, je ne vois pas de quoi je suis coupable”. Une phrase parmi d’autres prononcées par le cardinal Barbarin lors de son procès, mais celle que les médias ont retenue. Une attitude du prélat qui laisse cependant perplexe Thierry Collaud. “Si d’un point de vue judiciaire Mgr Barbarin a raison, il fait un peu trop rapidement l’impasse sur la responsabilité morale et collective”, estime le professeur d’éthique à l’Université de Fribourg. Car si les responsables du diocèse ne seront pas inquiétés par la justice, l’image de l’Eglise n’en sort pas grandie. “On ne sait pas tout ce qui s’est dit lors des audiences, remarque-t-il. Mais une chose est sûre: le cardinal n’a pas réussi à convaincre les journalistes”. Pour l’éthicien, le comportement des autorités ecclésiastiques de Lyon, qui ont agi de façon purement formelle, en appliquant des consignes et des règlements, a rendu de l’Eglise un visage froid et indifférent. “Même si on peut mettre tout cela sur le compte de maladresses et de négligences, il y a tout de même eu un sérieux problème d’attitude”, affirme le professeur fribourgeois. “Cette obsession anti-évangélique à vouloir préserver l’image de l’Eglise, à éviter le scandale public, a provoqué l’effet inverse”.

La faute d’un système

Thierry Collaud insiste cependant sur le fait que la faute n’est pas celle d’un homme en particulier, mais d’une institution qui s’intéresse à sa pérennité plus qu’au message qu’elle est censée transmettre. “ll est exagéré de parler de ‘conspiration du silence’, comme l’ont fait certaines victimes. Mais il existe une structure institutionnelle qui favorise le péché. C’est une structure issue d’une mentalité cléricale héritée du passé, qui doit absolument être déconstruite”.

Thierry Collaud, professeur de théologie morale à l’Université de Fribourg | © Pierre Pistoletti

Il s’étonne ainsi que le cardinal, figure importante de l’Eglise, n’ait pas exprimé publiquement et humblement cela lors du procès. Il aurait été d’un grand apport à l’Eglise qu’il démontre la reconnaissance des erreurs et des esquisses de solution pour que cela ne se reproduise jamais. “Cette responsabilité collective, le pape François l’a très bien exprimée à plusieurs reprises face aux affaires de pédophilie. Il utilise toujours le ‘nous’ impliquant lui-même et l’ensemble des fidèles pour signifier notre honte de ce qui s’est passé”.

De même, le fait que le cardinal se soit référé à Rome pour savoir que faire du Père Preynat paraît insensé pour Thierry Collaud. “L’évêque n’est-il pas en charge de gouverner sa communauté diocésaine? N’est-il pas une figure paternelle pour cette communauté? Je pense qu’un père assume dans tous les cas les fautes de ses enfants et qu’il trouve par lui-même les solutions pour panser leurs blessures”.

Pour une justice restauratrice

Pour le professeur, le procès de Lyon n’aurait simplement “jamais dû avoir lieu”. L’Eglise, dès qu’elle a eu vent des ces affaires, aurait dû sortir de l’institutionnel pour être dans la vérité aimante. Elle aurait dû avoir le courage d’avouer les fautes de certains de ses membres, d’organiser des rencontres avec les victimes, les écouter, les prendre en compte dans un projet de réforme. Le secret et l’évitement ont abouti au recours à la justice pénale, la voie de règlement la moins satisfaisante. Le mieux aurait été, avant le tribunal, d’instaurer une justice médiatrice et restauratrice, suggère Thierry Collaud, sur le modèle des Commission Vérité et Réconciliation, qui ont suivi la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud. Selon lui, l’Eglise manque de ces lieux où on travaille les blessures collectives, tels que la tradition africaine de la palabre, “où on amène la parole au centre de la communauté et on affronte les difficultés, les péchés des uns et des autres”.

Pour l’éthicien fribourgeois, il s’agit maintenant pour tous les fidèles de réaliser cette Eglise “toujours en train de se convertir, qui cesse de penser qu’elle fait toujours tout juste”. (cath.ch/rz)

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La basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon (photo Flickr Faustino Garcia CC BY 2.0)

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