Birmanie: Le gouvernement birman amnistie plus de 6’000 prisonniers

La plupart des détenus politiques toujours derrière les barreaux

Myanmar, 15 octobre 2011 (Apic) Mgr Raymond Saw Po Ray, évêque de Mawlamyine et directeur de la commission épiscopale «justice et paix», s’est réjoui de l’amnistie de plus de 6’000 prisonniers, par le gouvernement birman le 12 octobre 2011. L’évêque attend de vérifier dans la durée la «volonté réelle» du nouveau gouvernement, a rapporté «Eglises d’Asie» (EDA), l’agence d’information des missions étrangères de Paris le 14 octobre.

«Aussi longtemps que nous en serons au stade de la confrontation, nous n’obtiendrons ni la paix ni la prospérité. Les deux parties, le gouvernement et l’opposition, doivent arriver à se réconcilier et, si possible, apprendre à travailler ensemble, afin de construire, étape après étape, notre futur», a expliqué Mgr Po Ray à l’agence «Ucanews» le 14 octobre.

Sur les quelque 6’400 détenus libérés, les prisonniers de conscience ne sont que quelques centaines. Ces chiffres diffèrent selon les sources. Pour les responsables de l’administration pénitentiaire, les amnistiés politiques seraient 300. Pour l’Assistance Association of Political Prisoners Burma (AAPP), une ONG basée en Thaïlande, leur nombre s’élèverait entre 200 et 220. L’organisation a rappelé que les dissidents les plus influents étaient restés derrière les barreaux, dans un communiqué du 13 octobre.

Un «oubli» que soulignent également «Human Rights Watch» (HRW), «Info Birmanie» et «Amnesty International». Ils ont appelé les autorités birmanes à «la remise en liberté immédiate et sans condition de tous les prisonniers de conscience». En mai dernier, sur les 14’000 prisonniers libérés, on comptait seulement 47 détenus politiques.

Vers la démocratie?

«Les autorités birmanes vont peiner à convaincre qu’elles veulent réellement s’engager sur la voie de la démocratie», a analysé «Info Birmanie». L’association a souligné le petit nombre de leaders politiques libérés et le choix de ces derniers. Le gouvernement n’a donné aucune indication quant aux conditions de libération des dissidents. On ignore si elles leur permettront de se présenter aux élections, de participer à des réunions ou de reprendre leur engagement social, sans risquer d’être de nouveau emprisonnés, a regretté l’association.

Le Père Christopher Raj, directeur de la Karuna (Caritas) du diocèse de Lashio, craint que l’amnistie ne soit destinée qu’à séduire la communauté internationale. La majorité des prisonniers relâchés le 12 octobre ne semblent pas aussi «dangereux» pour le pays que le prétendent les autorités. Il a fait remarquer que les plus importants détenus politiques – U Shin Gambira, le moine bouddhiste qui avait pris la tête du mouvement de la révolution safran en 2007, Min Ko Naing du groupe «Generation 88» ou le dirigeant shan U Khun Tun Oo – sont toujours derrière les barreaux. «Je veux croire que le gouvernement ouvrira un peu plus grand la porte de la démocratie, s’il constate que la situation s’améliore», a-t-il déclaré.

Le 13 octobre, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, s’est félicité de la libération de «quelques prisonniers politiques». Il a invité le gouvernement birman à amnistier rapidement l’ensemble des prisonniers de conscience. Les Etats-Unis, le Canada, le Danemark, l’Australie, et l’Union européenne ont rappelé que la libération de tous les détenus politiques faisait partie des conditions préalables à la levée des sanctions internationales contre Naypyidaw, au même titre que la mise en place de réformes profondes dans les domaines politique, économique, social et judiciaire. (apic/agences/ggc)

15 octobre 2011 | 14:07
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!