«Les gens sont fatigués de l’armée, mais aussi des Frères musulmans»
Egypte: L’Eglise copte catholique soutient les manifestants de la Place Tahrir
Le Caire, 23 novembre 2011 (Apic) A l’instar de plusieurs organisations de jeunesse coptes, l’Eglise copte catholique d’Egypte a apporté mercredi 23 novembre son soutien aux manifestants rassemblés Place Tahrir, au Caire. Depuis samedi, le bilan de la répression dans tout le pays se monte à une trentaine de morts, selon le ministère égyptien de la Santé.
Mgr Antonios Aziz Mina, évêque copte catholique de Guizeh, une ville proche du Caire, a condamné la répression sanglante. Le prélat, interviewé par l’œuvre d’entraide catholique internationale Aide à l’Eglise en Détresse (AED) à Londres, a déclaré que chrétiens et musulmans étaient unis sur la Place Tahrir pour la défense des droits de l’homme. C’est pourquoi, a-t-il ajouté, «les autorités n’ont pas le droit de tirer sur des gens pacifiques et l’utilisation de la violence contre eux n’est pas acceptable. Les autorités doivent s’expliquer sur leurs actions».
Les Frères musulmans veulent imposer leur idéologie religieuse
«Les gens sont fatigués de l’armée, mais aussi des Frères musulmans. La confrérie s’immisce dans la vie politique et a seulement pour but d’imposer son idéologie religieuse», a-t-il encore déclaré. Des milliers de personnes ont envahi les rues, craignant que le régime militaire, ayant pris le contrôle du pays après la chute du président Hosni Moubarak en février, ne s’accroche au pouvoir après le processus électoral qui doit débuter la semaine prochaine.
Ceux qui sont descendus dans la rue représentent le groupe originaire de la protestation du 25 janvier, qui a ensuite contraint le président Moubarak à démissionner, explique une source citée par l’agence d’information vaticane Fides. «Les Frères musulmans se sont dissociés de la protestation. Malheureusement, il ne semble pas exister de tiers, neutre, capable de tenter une médiation entre les manifestants et le pouvoir militaire», analyse Fides.
L’armée n’a pas appris la leçon
Mgr Aziz, s’exprimant depuis l’Egypte, a déclaré à l’AED que l’armée n’avait pas appris la leçon: «Plus ils tirent sur les gens, plus ces derniers vont réagir!» L’évêque copte catholique de Guizeh a ensuite défendu les manifestants, en affirmant que la population a le droit de s’exprimer ainsi: «C’est la seule façon de faire valoir son point de vue. Les droits du peuple doivent être défendus. En manifestant, les gens ne font pas de politique, ils demandent justice!».
Et d’estimer que les jeunes, qui ont commencé la révolution qui a conduit à la chute du président Moubarak, ne font plus confiance à l’autorité, plus particulièrement aux militaires. «Ils étaient remplis d’espoir au début de la révolution, mais plus maintenant». Les relations entre l’Eglise catholique et le régime ont régressé le mois dernier après qu’un membre du haut clergé ait accusé le gouvernement d’être impliqué dans les attaques contre les chrétiens lors de la manifestation au Caire qui a fait officiellement 36 morts et des centaines de blessés le 9 octobre dernier.
Revendications de la minorité chrétienne
L’évêque de Guizeh relève que le régime a défié les manifestants qui demandaient d’être libérés des restrictions concernant leur pratique religieuse, surtout en ce qui concerne la législation draconienne pour la construction d’églises. Mgr Aziz affirme que de nombreux musulmans se sont joints aux chrétiens pour s’opposer au style du régime de gouvernement: «Les chrétiens et les musulmans sont ensemble sur la place Tahrir aujourd’hui. Ils poursuivent le même but d’avoir un avenir meilleur».
Dans son allocution télévisée mardi, le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), a assuré que les législatives se tiendraient comme prévu à partir de lundi prochain. Pour la présidentielle, il a évoqué l’échéance de la mi-2012. Lundi, le CSFA a reconnu pour la première fois que le pays était en «crise». (apic/aed/fides/com/be)




