Pakistan: Un chrétien acquitté du crime de blasphème demande de prier pour les autres prisonniers

La loi sur le blasphème, un outil passe-partout

Faisalabad, 29 décembre 2011 (Apic) Arrêté le 19 juin 2010 pour blasphème, le chrétien Rehmat Masih, 74 ans, de Jhumma au Penjab, a été relaxé par les autorités le 28 novembre pour manque de preuves, après 18 mois de prison. Il demande que les chrétiens continuent de prier pour toutes les personnes accusées à cause de leur foi, annonce l’agence de presse AsiaNews le 29 décembre 2011.

Le cas de Rehmat Masih a éclaté le 19 mai 2010, après une querelle l’opposant à Tahir Hameed, un musulman qui voulait s’emparer d’une terre appartenant à la communauté chrétienne locale. Le frère du dirigeant musulman, qui n’a d’ailleurs pas assisté au débat, a dénoncé Rehmat Masih pour blasphème contre le prophète Mahomet. Il s’est basé sur des témoignages de musulmans qui ont entendu et vu l’homme s’emporter contre Mahomet. Après des mois d’enquête, le tribunal de Faisalabad a jugé invalides, le 28 novembre 2011, les témoignages proposés. La Cour a estimé que ces déclarations sont venues très tardivement et qu’elles étaient contradictoires. De plus, après la dénonciation aucun policier ne s’est rendu sur place pour recueillir des preuves permettant d’incriminer le chrétien.

Le Père Nisar Barkat, directeur de Justice et Paix du diocèse, salue le verdict du tribunal qui a innocenté le chrétien. Il souligne toutefois que la loi sur le blasphème est trop souvent utilisée par les musulmans pour s’en prendre à des minorités dans des questions qui ne sont pas d’ordre religieux.

Introduite en 1986, pendant la dictature du général Zia ul-Haq, la loi sur le blasphème a entraîné une très grande augmentation de plaintes pour «profanation du Coran» ou pour «diffamation du prophète Mahomet». Entre 1927 et 1986, année où la nouvelle loi a été adoptée, il n’y a eu que sept cas de blasphème. De 1986 à aujourd’hui, le nombre de victimes est passé à plus de 4’000, et il continue de croître. De 1988 à 2005, les autorités pakistanaises ont inculpé 647 personnes pour des crimes liés au blasphème. Ces dernières années, ce sont des milliers de chrétiens, de musulmans ahmadis et fidèles d’autres religions qui ont été accusées sur simple parole, sans le moindre indice de culpabilité. Parmi ces personnes, on trouve Asia Bibi, condamnée à mort et qui attend son procès en appel. (apic/asianews/js)

29 décembre 2011 | 08:51
par webmaster@kath.ch
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