«Nous voulons faire un bout de chemin avec les gens»
Berne: La Congrégation de Saint-Paul de Chartres au service des laissés-pour-compte
Bienne, 20 janvier 2012 (Apic) Cinq Sœurs de la Congrégation de Saint-Paul de Chartres sont présentes en ville de Bienne. Cette communauté apostolique et missionnaire catholique se distingue par son œuvre infatigable en faveur des laissés-pour-compte, des gens en souffrance et des malades dans l’Arc jurassien. Rencontre.
C’est sur les hauteurs verdoyantes de Bienne, dans une maison anonyme aux volets rouges, que la communauté locale des Sœurs de Saint-Paul de Chartres a élu domicile. En écho au multiculturalisme de la capitale seelandaise, qui recense parmi ses 53’000 habitants 141 nationalités et 70 langues, elle compte cinq religieuses issues de quatre pays: Sœur Marianne, originaire de Tramelan dans le Jura bernois, Sœur Véronique, Jurassienne de Porrentruy, Sœur Angèle, de Madagascar, Sœur Thérèse, née au Vietnam, et Sœur Denise, de la Guyane française. La plupart d’entre elles sont actives dans le domaine de la santé.
Comme l’explique la dynamique Sœur Véronique, la Congrégation, présente à Bienne depuis 1969, s’attelle à «élever le niveau humain et spirituel des personnes qu’elle rencontre, sans nourrir nécessairement des velléités évangélisatrices. On ne se promène pas la Bible sous le bras». Et l’enjouée Sœur Marianne de préciser: «Notre principale mission consiste à faire un bout de chemin avec les gens en difficulté, à les accompagner dans leur quotidien, à partager des parcelles de leur existence dans un esprit d’échanges réciproques. Elle s’enracine dans la prière et elle est portée par cette dimension. Nous voulons être des témoins d’espérance.»
Aux yeux de Sœur Véronique, cette mission est ancrée dans le tissu vivant des relations humaines, à des années-lumière du tout-virtuel triomphant des sociétés modernes: «Nous retissons des liens avec les gens. Nous sommes dans le contact direct avec les personnes, dans la relation avec l’autre. Pour toutes ces raisons, il ne nous viendrait pas à l’esprit d’ouvrir un compte sur Facebook.»
«La pauvreté a le visage le plus ordinaire»
Dans une ville comme Bienne où 5’500 personnes (plus de 10% de la population) recourent à l’aide sociale, où le chômage atteint un taux de 3,8%, les cinq religieuses apportent leur soutien spirituel aux naufragés de la vie, aux démunis, à ceux qui ont sombré dans la pauvreté. Elles assistent dans le même élan de solidarité les seniors, qui souffrent souvent d’isolement dans les homes, les malades, les exclus de la société de consommation. «Nous ne pouvons pas changer la situation de ces personnes, mais en nous mettant à leur écoute, nous leur transmettons un message simple: elles ne sont pas seules et leur existence a une valeur malgré les épreuves, malgré leur statut de pauvre», expliquent les religieuses.
Cet apostolat, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres l’exercent en bénévoles dans les deux magasins Caritas de Bienne, réservés aux bénéficiaires de l’aide sociale. «La pauvreté a le visage le plus ordinaire qui soit. Elle touche toutes les catégories d’âge, toutes les nationalités. Dans les magasins Caritas, nous voyons défiler des jeunes, des personnes âgées, des Suisses, des étrangers, des familles avec enfants», commente Sœur Marianne. Qui poursuit: «L’indigence est souvent ressentie comme une fatalité ou comme une humiliation. Elle rend très souvent honteux.»
Sœur Denise évoque à ce propos une anecdote édifiante: «J’avais fait connaissance dans le bus d’une femme accompagnée de son bambin, avec qui j’avais coutume d’échanger quelques mots à chaque rencontre. Un jour, j’ai croisé le chemin de cette maman dans un magasin Caritas. Or, sous l’effet probable de la gêne, la communication, si facile dans les transports publics, était devenue presque impossible…»
La détresse sociale peut surgir sans crier gare au coin de la rue, dans son environnement immédiat. «Nous avons rencontré il y a quelques années un voisin qui a été licencié à l’âge de 60 ans. En dépit d’une bonne formation, cet homme a épuisé ses indemnités de chômage sans avoir retrouvé de travail. Aujourd’hui, il survit grâce à l’aide de son amie», explique Sœur Marianne avec un pincement au cœur.
La très réservée Sœur Angèle, le visage tout de douceur et de bonté, rappelle la tragédie de la solitude qui frappe de plus en plus les personnes âgées dans les homes. «J’ai coutume de discuter avec des octogénaires ou des nonagénaires qui sont coupés du monde extérieur, qui ne reçoivent des visites de leurs proches qu’au compte-gouttes. Ils me demandent simplement de parler de mes activités ou s’enquièrent du temps qu’il fait. L’évocation de choses aussi simples suffit à soulager leur cœur, à leur apporter un peu de joie», souligne avec un sourire radieux la religieuse malgache.
Encadré
La Congrégation des Sœurs de Saint-Paul de Chartres a été fondée en 1696 par le Père Louis Chauvet, curé de la paroisse de Levesville-la-Chenard, à 80 kilomètres au sud-ouest de Paris. Elle est présente dans 35 pays dispersés sur les cinq continents. La communauté compte à l’heure actuelle près de quatre mille religieuses, dont un quart au Vietnam. Comme l’indique le site de la Maison généralice qui a son siège à Rome, «les Sœurs de Saint-Paul de Chartres désirent avant tout servir le Christ Jésus, qu’elles découvrent sur le visage des petits, des pauvres, des exclus.»
La Congrégation féminine a pris pied en Suisse en septembre 1900. Aujourd’hui, elle compte dans notre pays 23 Sœurs regroupées dans quatre communautés. Ces dernières sont localisées dans le canton du Jura et à Bienne: deux à Porrentruy (15 Sœurs), une à Boncourt (3 Soeurs) et une dans la capitale seelandaise (5 Soeurs).
A Bienne, la plupart des religieuses œuvrent dans le domaine de la santé, à l’image de Sœur Marianne, infirmière aux soins à domicile à Reconvilier (Jura bernois), de Sœur Véronique, active au sein de la pastorale œcuménique auprès des personnes handicapées, et de Sœur Denise, qui travaille en qualité d’infirmière dans un home biennois. Enseignante de formation, Sœur Angèle exerce une grande partie de son apostolat dans l’assistance aux personnes âgées, alors que Sœur Thérèse fait des études de théologie à l’Université de Fribourg.
La Congrégation a créé en 1902 à Porrentruy l’école Saint-Paul, une institution catholique privée ouverte uniquement aux filles. Forte d’une quarantaine d’élèves, cet établissement secondaire se distingue par un «encadrement personnalisé visant à favoriser la réussite scolaire», selon les termes de la directrice, Sœur Anne-Marie Rebetez.
Plus d’informations sur www.saintpauldechartres.ch. (apic/eda/ggc)




