«Une perte irréparable pour le mouvement pro-démocratie»
Cuba : Décès d’Oswaldo Payá Sardinas, Coordinateur du Mouvement Chrétien de Libération
La Havane, 24 juillet (Apic) Oswaldo Payá Sardinas, président du Mouvement Chrétien de Libération (MCL) de Cuba est décédé dimanche 22 juillet dans un accident de voiture, également fatal à un de ses collaborateurs. Cet opposant au régime était l’un des principaux initiateurs du «Projet Varela», un processus de changement pacifique et démocratique à travers le cadre légal existant à Cuba.
Le véhicule conduit par Oswaldo Paya Sardinas a quitté la route et percuté un arbre. Les causes exactes de l’accident ne sont pas établies. Tout de suite après le drame, les proches du militant ont demandé l’ouverture d’une «enquête transparente» sur cet accident, indiquant qu’Oswaldo avait reçu de nombreuses menaces de mort.
Outre ces deux morts, l’accident, survenu en début d’après-midi dans la province de Granma, à 800 kilomètres à l’est de La Havane, a fait deux blessés légers : l’espagnol Angel Carromero Barios et le suédois Jens Aron Codig, qui se trouvaient également dans le véhicule.
Lauréat du prix Sakharov en 2002
La nouvelle du drame a plongé dans le désarroi les militants des droits de l’homme cubains. Elizardo Sanchez, de la Commission cubaine des Droits de l’Homme et pour la réconciliation nationale, a ainsi qualifié la mort d’Oswaldo Payá Sardinas de » tragédie énorme pour sa famille et de perte irréparable pour le mouvement pro-démocratie.» Paya était le coordinateur général du Mouvement Chrétien de Libération (MCL). Il avait reçu, en 2002, le prix Sakharov décerné par le parlement Européen, pour son action dans le domaine des droits de l’homme. Cette année là, il avait renforcé sa notoriété internationale en présentant, devant le parlement cubain, son Projet Varela appuyé par une pétition signée par plus de 11’000 citoyens. Le projet Varela tirait son nom du prêtre catholique, philosophe, politique et journaliste Félix Varela y Morales, un des penseurs de l’indépendantisme cubain du XIXe siècle. Le projet demandait l’organisation d’un référendum pour la liberté d’expression et d’association, une nouvelle loi électorale et une amnistie pour tous les prisonniers politiques.
Considéré comme un «catholique de droite», Oswaldo Payá Sardinas ne se reconnaissait pas dans les mouvements catholiques du continent inspirés de la théologie de la libération, un courant progressiste né dans les années 1960, revendiquant l’option préférentielle pour les pauvres. Il était d’ailleurs assez critique face au rapprochement impulsé par le cardinal Jaime Ortega, archevêque de La Havane, avec le gouvernement de Raoul Castro. L’archevêché a néanmoins reconnu, dans un message de condoléances, qu’»Oswaldo Payá Sardinas était une personne honnête, un père de famille exemplaire, un catholique intègre, un bon Cubain et un politique qui a invariablement agi en accord avec sa conscience et su, en toute circonstance, conserver son autonomie».
Le Mouvement Chrétien de Libération
Créée en septembre 1988, le Mouvement Chrétien de Libération est principalement connu pour la promotion du Projet Varela, une initiative destinée à développer un «processus de changement pacifique et démocratique à travers le cadre légal existant» à Cuba.
Durant ces 24 ans d’existence, de nombreux membres du MCL ont été emprisonnés par le régime communiste, en particulier lors de la vague de répression en 2003, connue sous le nom de «Printemps Noir». A cette occasion, 75 opposants avaient été arrêtés, dont 42 membres importants du MCL.
Les fondateurs de l’organisation ont toujours affirmé que, même face à l’adversité, ils continueraient à développer une stratégie «de promotion d’un changement fait par et pour les cubains et centré sur la personne humaine.» Une philosophie que le MCL assure puiser dans «une vision d’un monde démocrate, chrétien et de justice sociale.»
(apic/jcg/mp)




