«Consacrer 200 millions à la planification familiale est absurde»

Lucerne: Caritas Suisse dénonce les recettes «populistes» de l’initiative Ecopop

Lucerne, 23 mai 2013 (Apic) L’initiative populaire fédérale «Halte à la surpopulation – Oui à la préservation durable des ressources naturelles» est «populiste» et n’est pas une solution, dénonce Caritas Suisse à Lucerne. Lancée par l’association «Ecologie et Population» (Ecopop), elle veut adapter la densité de population mondiale et suisse aux ressources naturelles disponibles.

Dans un communiqué publié le 23 mai, Caritas Suisse relève que l’initiative Ecopop réclame entre autres qu’un montant de 10 % de la coopération suisse au développement soit consacré à la planification familiale volontaire dans les pays pauvres présentant des taux de fécondité élevés. «Cela correspond à plus de 200 millions de francs par an. Les recettes populistes de ce type sont tout simplement absurdes. Pour abaisser durablement la croissance démographique, il faut plutôt investir davantage dans la formation, la santé et l’emploi», écrit Geert van Dok, responsable du Service «Politique de développement» de Caritas Suisse.

La croissance démographique serait la cause première de la pauvreté

Ecopop veut en premier lieu préserver les ressources naturelles de la Suisse, mais aussi aider les pays pauvres à atteindre ce but, notamment dans le cadre de la coopération internationale au développement. Les auteurs de l’initiative exigent de la Suisse qu’elle affecte au moins 10 % de l’argent consacré à sa coopération au développement à la planification familiale volontaire dans les pays les plus pauvres, spécialement dans les pays africains présentant des taux de fécondité élevés.

«Cette revendication s’appuie sur la théorie d’une ‘explosion démographique’, voulant que la croissance démographique soit la cause première de la pauvreté et des déficits en matière de développement dans les pays les plus pauvres. Les auteurs de l’initiative essaient de donner l’impression que la planification familiale volontaire permettrait de résoudre les principaux problèmes liés au développement dans les pays les plus pauvres et qu’il n’est absolument pas question aujourd’hui de planification familiale dans la coopération au développement. Ces deux assertions sont absurdes», insiste Caritas Suisse.

Renforcement des droits reproductifs

Parmi les pays les plus pauvres présentant des taux de fécondité élevés de 6 à 7 enfants par femme, il y a par exemple le Niger, le Mali, l’Ouganda ou la Somalie. Dans ces Etats, le renforcement des droits reproductifs des femmes, tel qu’ils sont codifiés dans les «Charter Guidelines on Sexual and Reproductive Rights» de l’International Planned Parenthood Federation (IPPF) de 1997 et aujourd’hui communément reconnus, peut effectivement donner un élan important au développement, selon Caritas Suisse.

La planification familiale peut aussi servir de levier. Un coup d’oeil sur les sites internet des acteurs publics et privés du développement fait clairement apparaître que l’instrument est déjà utilisé au besoin, généralement en tant que service de conseil, dans le cadre de programmes sanitaires de base.

Au sein du système onusien, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) s’occupe des questions démographiques. Ses domaines d’activité sont principalement l’accès général à la santé sexuelle et reproductive, y compris la planification familiale et la stabilisation de la population.

L’an dernier, l’UNFPA a placé son rapport 2012 sur l’état de la population mondiale sous le slogan «Oui au choix, non au hasard. Planification familiale, droits de la personne et développement». La Direction du Développement et de la Coopération (DDC) de la Confédération verse depuis des années des contributions financières à l’UNFPA. Celles-ci se montent à près de 29 millions de francs pour 2012 et 2013.

Pour Caritas Suisse, l’initiative Ecopop «passe complètement à côté de son but, quand elle réclame que la Confédération investisse au moins 10 % des moyens consacrés à la coopération internationale dans des mesures visant à promouvoir la planification familiale volontaire». Cette position, aux yeux de l’œuvre d’entraide catholique, «témoigne d’une étroitesse de vue alarmante: la Suisse devrait en conséquence consacrer plus de 200 millions de francs par an à la planification familiale, si on se base sur l’actuel crédit cadre 2013-2016 pour la coopération internationale».

Car sur les 11,35 milliards de francs octroyés, 8,2 milliards sont prévus pour la coopération au développement de la DDC (84 %) et du SECO (16 %). Le reste des moyens destinés à l’aide humanitaire et à l’aide à la transition de l’Europe de l’Est et de la CEI ne tombe pas sous le coup de l’initiative. Cela représente donc en moyenne 2,1 milliards par an, dont «au moins 10 %», c’est-à-dire plus de 200 millions de francs, seraient destinés à la planification familiale volontaire.

«Une telle concentration de moyens sur la planification volontaire est insensée, car elle ruinerait les efforts de développement à long terme actuellement mis en oeuvre, en obligeant la Confédération à retirer une partie des moyens qui leur sont affectés. Sans compter que d’autres facteurs jouent un rôle déterminant quand il s’agit d’abaisser les taux de fécondité dans les pays où ils sont particulièrement élevés».

Investissements dans la formation, la santé et l’emploi

La condition première pour abaisser les taux de fécondité, relève Caritas Suisse, est d’aider les femmes à renforcer leur droit d’intervention au sein de la famille et de la société. Il faut en même temps leur ouvrir d’autres possibilités que le seul rôle de mère. Par une modification de certaines traditions ancrées dans le quotidien, par exemple une amélioration des possibilités de revenu et de leurs propres activités économiques ou par de nouvelles images de la famille véhiculées par les médias, on peut amener les jeunes femmes à envisager de nouvelles perspectives qui font passer au second plan l’idée d’avoir beaucoup d’enfants».

Un facteur essentiel et reconnu depuis longtemps sur le plan mondial est que les investissements dans la formation, dans la promotion de la santé, dans l’emploi et dans la sécurité sociale sont les outils les plus efficaces pour abaisser les taux de fécondité et pour ralentir ainsi la croissance démographique, ou en d’autres termes, le principal levier pour vaincre la pauvreté et l’exclusion sociale. La planification familiale volontaire ne peut venir que dans un second temps, à titre subsidiaire et là où elle est particulièrement nécessaire.

«Avec son exigence de planification familiale lancée à la légère, Ecopop nourrit les préjugés à l’égard de l’Afrique et sape les efforts de la coopération suisse au développement en matière de développement durable et de lutte contre la pauvreté», déplore encore Geert van Dok. (apic/com/be)

23 mai 2013 | 11:04
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
Partagez!