Burkina Faso : Les évêques s’inquiètent de la situation politico-sociale dans le pays

« L’argent est aujourd’hui un véritable maître, une divinité idolâtrée par une jeunesse largement assoiffée de biens matériels »

Ouagadougou, 22 juillet 2013 (Apic) La Conférence épiscopale Burkina-Niger (CEBN) s’est inquiétée de la situation politico-sociale actuelle au Burkina Faso, faite « de tensions sociales et d’agitations », liée à la mise en place d’un Sénat. Les évêques de la Conférence ont publié une lettre pastorale le 21 juillet 2013, à l’issue de leur assemblée plénière ordinaire, du 11 au 14 juillet.

Dans la lettre pastorale publiée ce week-end sur le site de l’Eglise du Burkina: www.egliseduburkina.org, ils ont estimé que l’agitation et les tensions sociales qui entourent la création du Sénat, laissent transparaître « un malaise social et un mal être de la société burkinabè en quête de repères ».

Selon les évêques, le pays traverse, depuis déjà quelques années, une crise de société. Il connaît aussi des changements sociaux « importants », au triple plan de la démographie, de la structuration sociale et des valeurs de référence. Ce qui fait que la société se trouve dans une situation où « l’appétit est orienté » non pas vers le savoir, mais vers l’argent, devenu « une valeur de référence au-dessus de la famille, de la nation, de la république et de Dieu ». « L’argent est aujourd’hui un véritable maître, une divinité idolâtrée par une jeunesse largement assoiffée de biens matériels et prête à tout pour s’en procurer », ont-ils déploré. « Cette divinité inocule le poison de la corruption dans le corps social à telle enseigne que la corruption est devenue aujourd’hui une culture administrative aux pratiques banalisées », ont-ils relevé.

Pour la CEBN, à côté de la « déliquescence » des valeurs morales et éthiques, qui touche toutes les couches de la société, il y a lieu de relever le paradoxe de « la religiosité dont est saisie la société burkinabè ». « La montée en puissance de la pratique religieuse des burkinabè ne s’accompagne pas d’une exigence à conformer les comportements sociaux aux préceptes et commandements religieux ».

Fracture sociale

Les évêques burkinabé ont aussi fait état d’une « fracture sociale de plus en plus béante » dans le pays, à cause de la pauvreté « lancinante » de la population. Entre 2003 et 2010, ont-ils dit, le taux de pauvreté y est passé de 46,4% à 43,9%. 2/5e de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, avec moins d’un demi-dollar par jour. Pendant ce temps, la population augmente de 3,1% par an. Ce qui fait croître le taux de la pauvreté.

Ils ont fustigé « la polarisation » de la richesse par « un groupe » de personnes qui se partage les pouvoirs politiques et financiers, ainsi que « la corruption et la patrimonialisation » de l’Etat. Au même moment, « la base de la pauvreté » s’élargit et le pouvoir financier est entre les mains « d’un petit groupe ». « On assiste à une dégradation de la solidarité et du sens du bien commun au profit d’un individualisme prédateur ».

Cette situation conduit à des attitudes de rejet ou de défiance, surtout de la part de la jeunesse, qui ne croit plus aux discours populistes et électoralistes et à l’égalité de chances. Il s’ensuit un changement de mentalité et d’attitude des populations dans l’appréhension de la réalité sociale. La plupart des individus n’acceptent plus la pauvreté, ont encore indiqué les évêques de la CEBN. (apic/com/ibc/cw)

22 juillet 2013 | 15:13
par webmaster@kath.ch
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