Distribution du «Tempus Romanum» du 23 janvier 1506

Suisse: Les anciens gardes pontificaux ont investi les rues de Lausanne

Lausanne, 1er septembre 2013 (Apic) La plus vieille et la plus petite armée du monde a investi les rues de Lausanne, samedi 31 août vers 17h. Quelque 300 hallebardiers du pape ont défilé pour recruter, mais aussi pour des retrouvailles festives, le temps de partager les souvenirs de leur service auprès des papes.

Contrairement à leur fondateur, le pape Jules II, qui n’était jamais venu à Lausanne tout en y étant pourtant évêque, les hallebardiers du pape, eux, ont défilé dans les rues de la capitale vaudoise. Au pas de charge, ose-t-on dire, tant il a fallu suer pour les accompagner du Palais de Rumine à celui de Beaulieu, fanfare en tête, drapeaux au vent et hallebardes à bout de bras, suivis des anciens gardes et d’une phalange de leurs sympathisants.

Tempus Romanum

Le cortège distribuait des tracts aux badauds amusés; une page du journal «Tempus Romanum», datée du mardi 23 janvier 1506, lendemain de l’arrivée à Rome du premier corps de 150 hallebardiers. On y découvre avec humour Jules II della Rovere, ses volontés politiques, et ses nouveaux gardes. Le journal accorde une belle interview au jeune Sébastien von der Flüe, qui explique entre autres que les Suisses doivent à leur sens de l’innovation d’être les meilleurs soldats du monde. Car ils viennent de mettre au point la hallebarde, une arme multifonctionnelle en une seule pièce de fer, combinant la hache, l’apic et le crochet, permettant au fantassin d’aisément désarçonner un chevalier en cuirasse.

Comparaison entre les papes

De nos jours, l’Association des Anciens Gardes Suisses Pontificaux organise tous les deux ans une rencontre amicale dont l’objectif principal, hormis les festivités, consiste à faciliter le recrutement de jeunes hallebardiers prêts à s’engager pour deux ans au service du pape. C’est cette mission, au péril de leur vie, qui les rassemble à Beaulieu. Quand on leur demande de parler de leur pape, ici, à Lausanne, quelques verres de jus de pommes aidant, les langues se font plus déliées qu’à Rome où la discipline l’emporte sur les confidences.

Ainsi apprend-on d’un ancien Valaisan combien le service usait les gardes sous Jean Paul II, très actif dès ses débuts, trop pour le petit corps composé de seulement de 44 hallebardiers (contre 110 actuellement), à pied d’œuvre lors de toutes les cérémonies en plus des missions communes de surveillance. Les derniers ayant connu le déclin physique de Jean Paul II se souviennent que son exemple rendait le service supportable. Quant aux plus jeunes qui ont vécu la transition de Benoît à François, s’ils aiment le dynamisme spirituel du pontife, ils ne cachent pas préférer l’esprit protocolaire germanique à la spontanéité latine, cette dernière s’accommodant mal à la discipline martiale nécessaire à la sécurité.

Constatons-le, ces petites souffrances ne pèsent rien à l’aune du nombre de souvenirs et d’anecdotes qui se racontent volontiers entre gardes: Il y a maintenant plus de trente ans, paraît-il, lorsque les hallebardiers au repos voulaient jouer les cœurs galants lors des nuits romaines, ils s’éclipsaient discrètement hors de la caserne par les conduits d’égout. Avec les années la pratique a évolué – les grilles en fonte ont-elles été scellées? – toujours est-il que les générations moins anciennes se montrèrent plus diplomates, préférant amadouer le garde de planton. Il va de soi que la génération actuellement en service ne connaît rien des crimes que nous mentionnons ici; elle organise son temps scrupuleusement entre le service de garde et les temps libres consacrés à l’étude ou à la prière… Peut-être est-il mieux de lui reparler de tout cela ultérieurement, dans deux ans, par exemple les 22 et 23 août 2015, lors de la prochaine rencontre des anciens gardes suisses à Einsiedeln.

Une famille chrétienne

Il apparaît, lors de ces retrouvailles, qu’être garde suisse c’est appartenir à une grande famille. Pas seulement celle que constituent les anciens gardes; oui, elle est importante, mais le garde pontifical appartient surtout et d’abord à la grande famille chrétienne. Dans son homélie prononcée lors de la messe dominicale, Mgr Morerod le rappelait aux anciens hallebardiers réunis dans une Basilique du Valentin pleine à craquer: « Ce qui nous motive, ce qui nous attire dans l’Eglise, c’est d’être avec Dieu. […] Si ce n’est pas pour cela que vous êtes allés à la garde suisse, que ce soit au moins pour cela que vous continuiez votre vie chrétienne.

Encadré 1:

Luckas Schmucki nouveau président

Dans son assemblée générale, l’Association des anciens gardes pontificaux a pris acte du départ de son président Ulysse Bieri, après dix années de bons et loyaux services. Elle a élu comme nouveau président Lukas Schmucki, né en 1976 et en service à Rome de 1998 à 2000. L’assemblée a vu la participation du président du Grand conseil vaudois Laurent Wehrli et de la conseillère d’Etat Béatrice Métraux. Cette dernière a relevé que les gardes se retrouvaient dans un canton aux racines profondément chrétiennes. L’association compte 875 membres, 30 membres d’honneur et 70 donateurs. Elle édite un magazine, Le Garde Suisse, publié trois fois l’an.

(apic/pf/com/bb)

Encadré 2:

Messe du couronnement

Le 1er septembre, les gardes suisses ont participé à la messe dominicale, concélébrée par Mgr Charles Morerod dans la basilique de Lausanne. C’est dans une église comble que la Chœur de la Basilique de Lausanne a chanté la Messe du couronnement, de Mozart. L’évêque diocésain était notamment entouré de Mgr Alain de Raemy, aumônier de la garde suisse, et de l’abbé Marc Donzé, vicaire épiscopal du canton de Vaud.

(apic/com/jbw/bb)

1 septembre 2013 | 17:53
par webmaster@kath.ch
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