Crainte de subir le même sort que la «perle de l'îlot chrétien du Qalamoun»
Syrie: Après Maaloula, les islamistes menacent la ville chrétienne de Sednaya
Sednaya, 2 octobre 2013 (Apic) Après Maaloula, la «perle de l’îlot chrétien du Qalamoun» qui n’est pas encore totalement libérée de leur présence armée, les islamistes menacent la ville chrétienne de Sednaya, dans la montagne à trente kilomètres au nord-ouest de Damas. Sednaya, un mot syriaque qui signifie Notre-Dame, fait partie des lieux de pèlerinages chrétiens les plus importants du Proche-Orient. La fondation du monastère orthodoxe féminin de Notre-Dame de Sednaya remonte aux temps de l’empereur byzantin Justinien au VIe siècle.
Entourée de villages musulmans favorables aux rebelles qui combattent le régime de Bachar el-Assad, Sednaya et sa douzaine d’églises chrétiennes est sous la menace constante des bandes armées et des milices islamistes provenant de Yabroud et des montagnes au-delà de la frontière avec le Liban. «Ces milices organisent des incursions et des attaques éclairs afin de terroriser la population civile», écrit l’agence d’information vaticane Fides.
«Attaques afin de terroriser la population civile»
Après des agressions qui ont coûté la vie à deux habitants chrétiens de Sednaya, un religieux de la ville, qui veut conserver son anonymat pour des raisons de sécurité, indique à Fides qu’il s’agit dans ce cas de «banditisme, mais également d’une vengeance contre les chrétiens. Nous ne voudrions pas donner à ces actes une signification de persécution religieuse, mais ce sont dans tous les cas des attaques ciblées qui ont pour effet de créer la confusion et la peur parmi les civils», les incitant à prendre la fuite.
La tactique des bandes armées consiste désormais à effectuer des incursions improvisées qui sèment la terreur parmi les civils, générant un exode. «Aujourd’hui, la population de Sednaya craint de suivre l’exemple de Maaloula», vidée de sa population chrétienne, relève le religieux. La plupart des civils de Maaloula ont été évacués en direction de Damas. Ils ont formé un Comité. L’un de ses représentants a déclaré à Fides que personne ne les aide. «Le radicalisme islamique se fait toujours plus discriminatoire. Nous ne nous sentons pas protégés. Personne ne fait en sorte de prévenir ces abus contre les droits humains. Nous demandons une intervention de la Commission de l’ONU de Genève».
Rencontres organisées au plan local entre prêtres et imams
Les chrétiens de Syrie sont réticents à prendre les armes, même pour se défendre. Les responsables religieux continuent à affirmer qu’ils répudient la logique d’un conflit sectaire. Cependant, dans différentes localités, de petits comités populaires commencent à se former afin de prévenir les violences, comme c’est le cas dans la «vallée des chrétiens» (Wadi al Nasara), dans l’ouest de la Syrie, place forte traditionnelle des chrétiens syriens. Dans cette vallée, on compte plus de 50 villages chrétiens pour un total de 100’000 fidèles auxquels sont venus s’ajouter plus de 200’000 évacués. Ces villages subissent eux aussi des incursions de la part des groupes armés, mais des rencontres sont organisées au plan local entre prêtres et imams.
Fin septembre, des attaques ciblées contre les églises ont eu lieu à Yabroud et Hassakè. «Jamais dans l’histoire de la Syrie nous n’avions enregistré de telles attaques sacrilèges et sectaires. Les Syriens ne le feraient jamais. Il s’agit d’attaques menées par des groupes étrangers, et ceci constitue un danger pour nous chrétiens. Nous continuons à prier pour la paix, suivant la route tracée par le pape François», commente, peiné, le patriarche d’Antioche des grecs-catholiques melkites Grégoire III Laham.
Quatre missiles ont entre-temps touché l’église catholique Saint-Georges de Yabroud, causant de graves dommages à la coupole et au centre catéchétique et pastoral. Mgr Jean-Abdo Arbach, archevêque grec-catholique melkite de Yabroud, s’est rendu sur place afin de constater les dégâts et de réconforter les fidèles apeurés. Une église orthodoxe a été incendiée à Hassakè alors que des groupes islamistes ont profané deux églises de Raqqa, enlevant les croix et les images sacrées.
Des attaques ciblées contre les églises
Les chrétiens de Raqqa, explique à Fides Boulos George, prêtre syro-orthodoxe, ont été contraints à s’enfuir, notamment en direction d’Hassakè et de Qamishli, étant victimes de «discriminations religieuses». Dans la zone de Raqqa – où a été enlevé le Père jésuite italien Paolo Dall’Oglio, ont eu lieu de féroces affrontements entre groupes islamiques. Les miliciens de l’EIIL (Etat islamique d’Irak et du Levant) combat tant le mouvement radical Jabhat al-Nosra que des unités de «l’Armée syrienne libre» (ASL).
Selon Boulos George, «il s’agit d’un conflit pour le pouvoir et l’argent». Parlant à Fides, un vétéran de l’ASL remarque que «pour nous, il devient impossible de protéger les plus fragiles, notamment les minorités religieuses. En certains lieux, nous voudrions recevoir l’aide également de l’armée régulière, parce que nous avons vu des exécutions sommaires barbares». Selon des sources de Fides, «le but de telles actions visant les minorités est de leur montrer qu’il leur est impossible de vivre ici et d’ainsi fragmenter la Syrie sur une base confessionnelle». (apic/fides/be)




