Washington: Le Père jésuite américain John Dear a été exclu de son ordre religieux
Sanction contre un militant pour la paix connu internationalement
Washington, 10 janvier 2014 (Apic) Militant pour la paix connu internationalement, récipiendaire de plusieurs prix, notamment du «Pacem in Terris Peace and Freedom Award» du diocèse de Davenport, le Père jésuite américain John Dear a été exclu de son ordre religieux, auquel il appartenait depuis 32 ans. Il a été sanctionné pour être «obstinément rebelle» aux directives de la Compagnie de Jésus.
L’auteur et militant pacifiste, une «forte tête» très populaire aux Etats-Unis, appartenait jusqu’à l’été dernier à la province jésuite américaine du Maryland – l’une des neuf provinces du pays, qui compte en tout 340 pères et frères jésuites. Le Père John Dear, né en 1959, a été arrêté 75 fois par les forces de l’ordre pour «désobéissance civile». Il rappelait que «la guerre n’est pas dans le projet de Dieu, qui ne l’approuve pas. La guerre ne marche pas, car elle ne conduit jamais vers la paix!»
Une décision prise à l’unanimité par le Conseil international des jésuites
Le décret mettant un terme à l’appartenance du religieux rebelle à l’ordre des jésuites a été signé par le Père Adolfo Nicolas, Supérieur général de la Compagnie de Jésus. Le reproche spécifique fait à John Dear est qu’il refuse de vivre dans une communauté jésuite de Baltimore. La decision a été prise à l’unanimité par le Conseil international des jésuites, écrit le Père Nicolas.
Le Père James Shea, son provincial, a déclaré dans une prise de position que l’exclusion du Père John Dear de la Société de Jésus est effective depuis le 20 décembre dernier. Elle survient après une «longue période de dialogue entre la direction de la province du Maryland» et le Père John «concernant son affectation ministérielle et le temps qu’il demandait pour discerner sa vocation». La procédure avait été lancée à l’automne 2012 après que le Père John eût refusé de retourner dans la province pour vivre dans une communauté jésuite, precise le Père James Shea.
Un jésuite rebelle
L’ex-religieux jésuite a longtemps milité contre la politique américaine en Amérique latine, le développement des armes nucléaires et la coopération d’institutions d’éducation jésuites avec les programmes américains de recrutement militaire, comme le ROTC (Reserve Officer Training Corps). Ces programmes offrent des bourses aux étudiants qui acceptent un entraînement militaire pendant leur temps d’étude et qui s’engagent pendant quatre ans de service actif en tant qu’officier.
Dans l’édition du 7 janvier 2014 du «National Catholic Reporter», l’hebdomadaire catholique américain auquel collabore depuis longtemps l’ancien jésuite, on peut lire sous sa plume que John Dear quitte son ordre «avec le coeur lourd», «parce que la Société de Jésus a tellement changé depuis que j’y suis entré en 1982». Il affirme que ses supérieurs jésuites ont essayé avec vigueur pendant des décennies de lui faire cesser son travail pour la paix.
Un «bon prêtre», pour nombre de jésuites américains
Il poursuit en disant avoir senti que son provincial, quand il lui a demandé d’aller à Baltimore «mais sans me donner d’affectation», l’encourageait à partir «comme beaucoup d’autres de mes supérieurs dans le passé».
Nombre de jésuites aux Etats-Unis, notamment parmi ses anciens supérieurs, ont fait part de leur respect pour leur ancien compagnon de route, «un bon prêtre». Tant le décret du Père Adolfo Nicolas que la confirmation venue du Vatican soulignent que si John Dear a été rayé de la Compagnie de Jésus, il reste prêtre. Cependant, selon le droit canon, il ne peut officier en tant que prêtre avant qu’il ne trouve un évêque qui veuille bien l’accueillir dans son diocèse. L’ex-jésuite écrit, dans les colonnes du NCR, qu’il ne sait pas si un quelconque évêque américain va le recevoir dans son diocèse et s’il va rester prêtre. (voir aussi: www.fatherjohndear.org) (apic/ncr/be)




