Pour sa Collecte annuelle, le diocèse sollicite les supporters des Canadiens de Montréal

Montréal: L’Eglise compte sur l’appui financier des fans de hockey de la «Sainte-Flanelle»

Montréal, 28 avril 2014 (Apic) Pour sa traditionnelle Collecte annuelle, le diocèse catholique de Montréal compte sur l’appui des fans de la «Sainte-Flanelle», l’équipe de hockey sur glace des Canadiens de Montréal. Le site internet de l’Eglise, grâce à l’agence DentsuBos, partenaire publicitaire de longue date du diocèse, joue avec le fait que ces hockeyeurs jouissent d’une vénération quasi religieuse au sein de la population québécoise.

En pleine fièvre des séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey (LNH), le diocèse de Montréal invite les internautes à allumer un lampion virtuel pour la «Sainte Flanelle». Notons que le diocèse de Montréal agit de son propre chef: il n’existe aucune entente avec l’équipe au sujet de cette campagne publicitaire. Dans la tradition catholique, peut-on lire sur le site internet www.laflammedesseries.com/fr, la flamme des lampions symbolise l’espoir. Dans ce cas, les fans allument une bougie pour que l’équipe mythique rapporte la coupe à Montréal.

Faire le lien entre les deux types de foi qui animent les Québécois

Le public est ainsi invité à construire une fresque virtuelle faite de lampions qui symbolisent l’appui des fans à la «Sainte-Flanelle» (en référence à l’ancien tissu dont étaient faits les chandails portés par les joueurs des Canadiens). Chaque lampion coûte 1 dollar canadien, et les supporters peuvent en allumer autant qu’ils veulent. Ces lampions resteront allumés aussi longtemps que la «Sainte-Flanelle» sera dans la course.

«Puisque les fans de la Sainte-Flanelle cultivent le même espoir durant les séries éliminatoires, nous trouvions pertinent de faire le pont entre ces deux types de foi qui animent les Québécois», écrivent les concepteurs de cette pub à moitié sérieuse qui a énervé certains milieux catholiques

L’argent de la Collecte annuelle de l’Eglise catholique à Montréal servira principalement à la réfection de bâtiments patrimoniaux et à l’organisation d’activités communautaires. L’initiative est un prélude à la véritable Collecte annuelle qui a débuté officiellement le 27 avril, pour s’achever le 11 mai.

L’an dernier, la Collecte a engrangé plus de 1,5 million de dollars canadiens (environ 1,2 million de francs suisses), qui servent notamment à maintenir en bon état le patrimoine immobilier des communautés. «Au-delà des pierres de nos églises, ce sont aux pierres vivantes que nous nous adressons (…) Car tous ces lieux de culte sont aussi des lieux de rassemblement et de vie communautaire où fleurissent la foi, le partage et la charité», écrit Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, sur le site du diocèse www.diocesemontreal.org. L’argent récolté est également destiné à «Notre-Dame de la Rue», qui accueille des itinérants et leur offre un soutien spirituel, un service qui n’est pas disponible auprès des autres organismes caritatifs de Montréal, souligne-t-il. A chaque saison, les supporters initient une prière pour que, cette année encore, la «Sainte Flanelle» remporte le challenge. Fondés en 1909, les Canadiens de Montréal sont la plus vieille équipe de hockey toujours en activité, sans interruption.

Lancement de la Collecte annuelle

Comme ce fut souvent le cas au cours des dernières années, l’Eglise catholique de Montréal a choisi d’y aller d’un coup de semonce médiatique avant le lancement de sa campagne de récolte de fonds. Il y a trois ans, c’était un panneau publicitaire invitant les automobilistes à faire une prière avant de s’aventurer sur le pont Champlain. En 2012, c’était un classement de la conférence de l’est de la LNH où le mot «prions» remplaçait le nom de Montréal au huitième rang, le dernier qui donnait accès aux rondes éliminatoires de fin de saison.

Encadré

Hockey et religion

A Montréal, les liens entre le hockey et le catholicisme sont plutôt anciens. Outre les récents coups publicitaires du diocèse qui font référence au hockey, il existait déjà une très bonne relation entre la direction des Canadiens de Montréal et l’ancien archevêque de Montréal, le cardinal Jean-Claude Turcotte. En 1994, le président du club avait même accepté d’être porte-parole pour la collecte annuelle du diocèse de Montréal.

Mais si cette opération de com a été généralement bien reçue, l’initiative n’est pas du goût de tous. Auteur de «Une théologie du Canadien de Montréal», ouvrage publié en 2009 aux éditions Bayard Canada, le professeur de théologie Olivier Bauer émet des réserves face aux lampions virtuels, estimant que les autorités catholiques envoient là un message ambigu sur le sérieux de la prière, qui ne serait ici qu’une blague, mais qui deviendrait sérieuse dans un autre contexte.

Plus cinglant, André Gadbois, le coordonnateur de l’équipe nationale pour le «Réseau des Forums André-Naud» et responsable du Forum de Montréal, n’hésite pas à qualifier l’archevêque de Montréal, qui endosse la formule, de «vendeur du temple». «Pendant que nous célébrons l’enclouement d’un Prophète sur la croix, un prophète qui a dénoncé le marchandage et le dérapage de sa religion, monsieur [Christian] Lépine fait brûler des lampions pour la victoire des Canadiens et recueille en même temps des dollars pour rouvrir les églises fermées !», s’insurge-t-il. Malgré de tels reproches, les commentaires sont majoritairement positifs, relève Lucie Martineau, directrice des communications au diocèse de Montréal.

La véritable collecte annuelle a débuté le 27 avril 2014. La publicité laisse complètement tomber l’idée du hockey et opte plutôt pour des mains jointes en prière. Les paires de mains sont composées tantôt d’une main blanche et d’une main basanée, tantôt d’une main jeune et d’une main âgée. Le diocèse veut ainsi montrer son caractère multiethnique et intergénérationnel. (apic/rvm/com/be)

28 avril 2014 | 15:26
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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