Syrie: Témoignage du Père Ziad Hilal après l’évacuation de la Vieille Ville de Homs

Le chemin vers la paix ne sera pas facile

Homs, 10 mai 2014 (Apic) Selon un accord entre le gouvernement syrien et des représentants de l’opposition, des prêtres ont accompagné l’évacuation des derniers rebelles assiégés depuis plus de deux ans dans la Vieille Ville de Homs. L’armée syrienne y est entrée le 9 mai 2014, pour la première fois depuis l’occupation de ces quartiers historiques où il ne restait plus que 23 chrétiens sur les dizaines de milliers qui vivaient auparavant dans les quartiers d’al-Hamidiyeh et de Bustan al-Diwan, aujourd’hui en ruines.

Ceux qui étaient restés sur place par choix ou parce qu’ils étaient pris dans la souricière, se nourrissaient depuis plus d’un an des conserves qu’ils trouvaient dans les décombres voire même d’herbes, car il y a longtemps qu’il n’y avait plus ni viande ni légume.

Parmi les prêtres qui ont accompagné l’évacuation des rebelles, le Père jésuite syrien Ziad Hilal, qui a témoigné sur les ondes de Radio Vatican. Le Père Ziad vit dans le quartier d’al-Adawya/al-Nouzha, à Homs, où il dirige le «Centre éducatif Saint-Sauveur» et 10 autres centres du même genre dans la métropole syrienne et la campagne environnante. Il a été demandé aux prêtres de monter dans les bus chargés de 40 rebelles, qui n’avaient le droit de prendre avec eux qu’une arme légère. Ils ont été conduits au nord de la ville, dans la localité de Dar al-Kabira.

23 chrétiens ont décidé de rester dans l’ancienne zone rebelle, dont ceux qui vivent dans la Résidence des Jésuites, à Bustan al-Diwan, où le Père Frans van der Lugt a été enlevé par des hommes armés qui l’ont battu puis exécuté de deux balles dans la tête, le 7 avril dernier.

Les évêques de Homs et les religieux se son immédiatement rendus dans la Vieille Ville pour apporter leur soutien et leurs encouragements aux chrétiens restés sur place. Nombre de ceux qui ont fui les combats il y a plus de deux ans aimeraient rentrer, mais les maisons sont en ruines et les rebelles ont piégé nombre de bâtiments. Il faudra nettoyer les ruines et restaurer les services essentiels.

Un soldat donne à manger à un rebelle

D’autre part, témoigne le Père Ziad, malheureusement des groupes sont arrivés dans les quartiers en ruines, pour piller ce qu’ils trouvent. Les églises ont été sévèrement endommagées, et il faudra beaucoup de temps et d’argent pour les restaurer.

Le Père Ziad, qui a vu un soldat de l’armée gouvernementale donner à manger à un rebelle lors de l’évacuation, estime que la seule solution est la négociation, pas la victoire par les armes, non seulement pour Homs, mais pour toute la Syrie. «Il n’y a pas d’autre chemin que la réconciliation. Nous sommes un seul peuple à la fin, il faut trouver un moyen pour construire la paix, reconstruire des ponts, les deux camps sont fatigués, ils ont perdu tant de femmes, d’hommes, d’enfants dans cette guerre».

Des enfants en armes qui ne savent pas pourquoi ils se battent

Le Père Ziad reconnaît que le chemin vers la paix ne sera pas facile. Le jésuite a vu des rebelles qui sont encore des enfants, portant des armes, brandissant une idéologie fondamentaliste. «Cela veut dire que si on revient trois ans en arrière, ils avaient quoi ? 13-14-15 ans. Ils ne savent rien. Ils ne savent pas pourquoi ils sont là ni qui ils combattent. Ils ont des idées intégristes», déclare-t-il sur les ondes de Radio Vatican.

Le Père Ziad estime que la réconciliation sera «très difficile», mais il met son espoir dans l’intervention de l’ONU, dans celle des religieux et de la Communauté Internationale afin que l’on cesse de livrer des armes aux belligérants. Alors que c’est de Homs qu’étaient partis les troubles qui ont dévasté la Syrie, la négociation qui a permis l’évacuation de la Vieille Ville «est le premier pas… Donc, il ne faut pas avoir peur. Il faut commencer le chemin et marcher !»

Comme après le passage des Mongols et des Tatars dévastant Bagdad

Selon l’agence de presse syrienne officielle Sana, la mise à sac des églises de la Vieille Ville fait penser «à la dévastation laissée derrière elle par les Mongols et les Tatars quand ils ont pillé Bagdad». Elle écrit que l’armée arabe syrienne a découvert nombre de fosses communes, de dépouilles incendiées, d’hôpitaux de campagne, d’ateliers pour la fabrication d’engins explosifs et de tunnels dans les quartiers de Bab Houd, Qarabis, Jouret Chayyah et Khalidiya. (apic/radvat/com/be)

10 mai 2014 | 10:41
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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