«L'évêque Fürer appelle à l'unité des musulmans!»

Série Apic «Bâtisseurs de ponts» (4)
Hisham Maizar cherche le dialogue entre musulmans, chrétiens et les autres Suisses

St-Gall, 9 juin 2014 (Apic) Il est médecin, Suisse et musulman. Il a grandi comme Palestinien à Jérusalem et s’est marié avec une catholique. Le dialogue interreligieux a marqué sa vie. Parce qu’il a appris à réfléchir dans des structures démocratiques, Hisham Maizar est devenu au cours des années un important bâtisseur de ponts entre les musulmans et la population en Suisse.

«Attention à l’islam», avait titré Ivo Fürer, alors évêque de St-Gall, quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001 dans sa lettre pastorale publiée dans le «St. Galler Tagblatt». «C’étaient des paroles aimables», précise Hisham Maizar, face à la double signification de ces termes.

Il tenait alors son propre cabinet médical dans le canton de Thurgovie. Il a décidé spontanément de se rendre chez l’évêque pour le remercier de ces propos très respectueux. «Cela me réjouit de rencontrer des musulmans», avait réagi Mgr Fürer en le saluant, ainsi que ses deux accompagnants. «Mais vous êtes si nombreux qu’on ne sait pas vers qui il faut se tourner», avait lancé l’évêque, tout en affirmant qu’il était très intéressé à entretenir le dialogue avec eux.

En prononçant cette phrase, Ivo Fürer avait en quelque sorte contribué à la naissance d’une organisation faîtière islamique. «L’évêque appelle à l’unité des musulmans!», avait affirmé par la suite Hisham Maizar à ses coreligionnaires. «Si vous voulez dépasser le sentiment de méfiance généralisé qui pèse sur les musulmans depuis les attentats du 11 septembre, vous devez faire preuve de transparence face aux institutions».

Les propos de l’évêque lui montrent la bonne direction. Il étudie alors un fascicule intitulé «Comment fonder une association?» et unifie les institutions islamiques apparues en ordre dispersé dans la région en une «Fédération faîtière des communautés islamique de Suisse orientale» (Digo). Ce n’était pas évident, souligne Hisham Maizar. «Nous ne sommes pas apparentés, et pas unis non plus au niveau de la langue, seulement au niveau religieux. Dès le départ, notre langue commune a été l’allemand.» Il a été très présent dans les médias comme président de la Digo, et a été peu à peu considéré par les Eglises et les autorités comme un partenaire de dialogue.

Fédération des organisations islamiques de Suisse

A la suite des contacts avec d’autres associations islamiques en Suisse apparut en 2006 la «Fédération des organisations islamiques de Suisse» (FOIS), dont Hisham Maizar accède à la présidence. «La FOIS a été mise en place de bas en haut et a donc été acceptée par la population», affirme-t-il. «Avec 173 mosquées, elle est la plus grande organisation faîtière islamique de Suisse.»

Malgré la reconnaissance croissante des organisations islamiques dans la société, la population suisse accepte l’initiative anti-minarets en 2009. «Nous ne pensions pas que c’était possible», affirme-t-il en soulignant le choc provoqué par le résultat de cette votation dans la population musulmane. Il est maintenant très critique face à son attitude lors de la campagne qui a précédé la votation: «Nous ne nous sommes pas assez efforcés de montrer un autre visage de l’islam dans la population».

Interdictions de la burqa et du voile

Mais une telle occasion se présentera bientôt, comme le montrent les plans du Comité d’Egerkingen, qui avait déposé en 2008 à la Chancellerie fédérale l’initiative «contre la construction de minarets». Il veut bientôt lancer une initiative anti-burqa au niveau national. Dans les débats, Hisham Maizar cherchera à relever que «la burqa est très contestée parmi les musulmans. Certains estiment qu’elle ne fait pas partie des fondements de l’islam. Elle n’est portée par tradition que dans des pays islamiques.»

Il n’en est pas de même en ce qui concerne les discussions sur l’interdiction du voile dans les écoles, demandée notamment en Valais à travers une initiative cantonale lancée par l’UDC, selon Hisham Maizar. Le voile fait partie, dans l’islam, des prescriptions concernant les filles dès la puberté. Il n’y voit pas une restriction de la liberté de la femme, mais un cadre fixé par la religion, dans lequel la dignité de la femme est préservée. Il appartient aux femmes elles-mêmes de décider si elles veulent suivre cette prescription, estime Hisham Maizar. Une interdiction générale ne fait que diminuer la liberté de choix des femmes, c’est pourquoi il ne peut pas l’approuver.

Mais les femmes peuvent-elles vraiment choisir en toute liberté? «C’est là qu’apparaît la question de savoir si nous sommes prêts à croire la femme lorsqu’elle nous affirme qu’elle porte le voile de sa propre volonté», affirme-t-il.

L’islam du juste milieu

Hisham Maizar décrit sa position comme «l’islam du milieu». Il se base sur deux fondements du Coran. Le premier affirme que l’islam a été révélé en vue de soulager les hommes et non pour constituer un handicap. La religion doit avoir des effets libérateurs. Le deuxième parle du juste milieu que Dieu a conçu pour l’humanité. «Si l’ion s’en tient à ces deux fondements, on ne devient jamais extrémiste».

Le président de la FOIS se distancie avec véhémence des positions radicales, représentées en Suisse par le Conseil central islamique. «C’est un groupe dissident extrême, dirigé par des convertis, qui aimerait imposer d’en haut l’islam dans la société, en affirmant qu’il s’agit de l’unique vérité.» A la place de cette attitude, il convient plutôt de bâtir la confiance avec la société dans laquelle on vit. Une telle confiance n’est pas seulement importante pour la communication avec les habitants, mais également indispensable en vue d’une reconnaissance officielle des communautés islamiques.

Pour Hisham Maizar, qui s’efforce sans relâche de concilier les associations musulmanes avec les structures en Suisse, il serait logique que l’islam bénéficie d’une reconnaissance officielle. C’est pourquoi, avec les Coordination des organisations islamiques – la 2e association faîtière islamique – il a mandaté l’Université de Lucerne en vue d’une expertise pour déterminer si une reconnaissance de droit publique était possible. «Ainsi, nous aurions la possibilité de participer aux événements de la société», affirme Hisham Maizar. Tout en précisant qu’il ne s’agit pas de faire de l’islam une religion d’Etat.

Pour parvenir à une reconnaissance, un important travail de persuasion est encore nécessaire. Mais cela n’effraie pas Hisham Maizar. Le Palestinien, qui a été marié durant 35 ans avec une catholique autrichienne et qui est maintenant veuf, sait de quoi il parle. Il cherche constamment à tisser des liens et à entamer le dialogue.

C’est sans doute pour cette raison qu’il est le premier musulman à être devenu, cette année, président du Conseil suisse des religions. Cette instance réunit des représentants des trois religions abrahamiques. Hisham Maizar entend s’engager dans ce cadre en vue d’une communication intense, autant auprès des autorités qu’avec la base. Pour un but qui marque depuis toujours son idéal de vie: la préservation de la paix religieuse en Suisse. Car, comme il l’affirme avec une certaine fierté, il est «croyant islamique suisse – tout comme on peu être un Suisse chrétien, juif ou adepte d’une autre religion».

Encadré:

Série Apic «Bâtisseurs de ponts»

De tout temps, des gens se sont engagés pour bâtir des ponts: entre les personnes, mais aussi entre les confessions, religions, générations, races, langues ou entre différents milieux. Ces bâtisseurs de ponts peuvent réussir, mais il arrive que leur entreprise soit difficile, pénible, épuisante ou même compromise. La série d’été 2014 de l’Apic/Kipa donne la parole à des femmes et des hommes qui bâtissent des ponts dans différents domaines.

Indication aux rédactions: Des photos de Hisham Maizar peuvent être commandées directement auprès de info@fids.ch.

(apic/sy/bb)

9 juin 2014 | 11:42
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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