Brésil: Lettre ouverte de la Commission pastorale de la terre à Dilma Rousseff

«Que votre second mandat soit utile aux plus démunis»

Goiânia, 3 novembre 2014 (Apic) Mgr Enemésio Lazzaris, évêque catholique de Balsas, au nord du Brésil, et président de la Commission pastorale de la terre (CPT), a récemment envoyé une lettre ouverte à la présidente Dilma Rousseff, récemment élue à la tête du pays. Le courrier lui rappelle ses devoirs, notamment auprès des Brésiliens les plus modestes.

La lettre a été rédigée à l’issue du conseil national de la CPT, qui s’est tenu entre le 27 et le 29 octobre à Luziânia, dans l’Etat de Goias, au centre du Brésil. Mgr Enemésio Lazzaris a d’abord adressé ses félicitations à Dilma Rousseff pour sa réélection, lui souhaitant un «nouveau mandat utile et bénéfique pour toute la nation brésilienne, en particulier pour les plus démunis qui ont constitué la majorité de vos électeurs.»

Sur un ton plus ferme, le président de la CPT a mis la pression sur la première magistrate, en rappelant certaines thématiques évoquées durant la campagne électorale. «En assumant la présidence du pays, vous avez et allez de nouveau jurer de défendre et d’appliquer la Constitution fédérale. Or, dans l’article 184, il est stipulé qu’il est du ‘devoir de l’Union (n.d.l.r. l’Etat brésilien ) d’exproprier pour motif d’intérêt social et de réforme agraire, toute terre qui n’accomplit pas sa fonction sociale’. Cependant, nous constatons que, surtout lors de votre premier mandat, cet article de la Constitution n’a pas été appliqué et que le nombre d’expropriations a été le plus faible depuis les 20 dernières années.»

Contre les monocultures

Le président de la CPT a également pointé du doigt les conséquences du modèle de développement agricole, basé sur l’élevage extensif et les monocultures, entraînant notamment une déforestation importante en Amazonie et une utilisation massive de produits chimiques. «Ces produits contaminent les sols, les eaux, l’air et les travailleurs», a rappelé Mgr Enemésio Lazzaris. La CPT a également demandé le renforcement des moyens attribués aux services de l’Etat dans le monde rural, comme l’Institut national de la colonisation et de la réforme agraire (INCRA), dont l’une des fonctions est d’accompagner et de faciliter l’installation des paysans sans terre.

Menaces de violences accrues

Le prélat a également mis en garde la présidente contre les risques de violence accrus dans le monde rural. «Les conflits et la violence, incluant les assassinats de paysans, 130 sous votre gouvernement, couverts par l’impunité, ne pourront qu’augmenter si l’inefficacité et la corruption qui existent aujourd’hui dans de nombreux organes gouvernementaux perdurent, en plus de l’action ou du manque d’action des pouvoirs législatif et judiciaire.»

Après avoir évoqué la situation préoccupante de la santé et de l’éducation dans le monde rural, ainsi que la nécessité de lutter avec plus de détermination contre le travail esclave, la CPT a évoqué un dernier point inquiétant: le non respect des droits des indigènes. «Des efforts sont faits pour retirer à la Fondation nationale des indigènes (FUNAI) les prérogatives d’identification et de démarcation des terres indigènes…Cela a pour conséquence l’augmentation des conflits, souvent violents, ainsi que des assassinats, qui placent les premiers habitants du pays dans une situation d’infériorité et perpétue les massacres de l’époque coloniale.» (apic/jcg/rz)

3 novembre 2014 | 17:13
par webmaster@kath.ch
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