Mauritanie: Le gouvernement fait appel aux mosquées pour lutter contre l’esclavage

Entre 400’000 et 600’000 personnes victimes de cette pratique ancestrale dans le pays

Nouakchott, 18 décembre 2014 (Apic) Le gouvernement de Mauritanie a fait appel aux mosquées pour lutter contre l’esclavage dans le pays. Bien qu’interdit officiellement par une loi de 1984, l’esclavage continue d’être pratiqué dans de nombreux endroits.
Selon le rapport 2013 de l’Organisation non gouvernementale «The Global Slavery Index», en juin dernier, le nombre de Mauritaniens encore soumis à l’esclavage varie entre 400’000 et 600’000 personnes, sur les 3,5 millions d’habitants du pays.

L’agence de presse en ligne «www.magharebia.com», spécialisée sur l’Afrique du Nord, rapporte que le ministère mauritanien des Affaires religieuses a fait parvenir aux mosquées un sermon uniformisé, visant à diffuser un discours religieux qui interdit l’esclavage.

Le gouvernement délivre un message anti-esclavage

Ce message anti-esclavage a été délivré par Ahmed Ould Ahl Daoud, ministre des Affaires religieuses, et son homologue de la Justice, Sidi Ould al-Zain, lors d’une rencontre avec les imams de Nouakchott, la capitale mauritanienne. Le texte sera lu dans un premier temps dans un millier de mosquées, puis il sera envoyé à tous les lieux de culte.

Ould Ahl Daoud a expliqué que cette initiative avait pour but de combattre l’esclavage, présent depuis plusieurs siècles en Mauritanie, en raison de fatwas (décrets) religieuses influentes. «L’uniformisation du prêche du vendredi et la lecture de ce même texte destiné à lutter contre l’esclavage aideront à diffuser une culture de liberté, à consolider les valeurs de justice et d’égalité, et à sensibiliser tous les membres de la société aux dangers de ce phénomène, qui est considéré comme l’un des obstacles majeurs au développement», a ajouté le ministre des Affaires religieuses.

Uniformiser le prêche du vendredi dans les mosquées

Les militants des droits de l’Homme ont salué ce travail de contrôle des prêches du vendredi et d’organisation des mosquées, estimant que ces efforts aideront à mettre un terme au discours religieux extrémiste que propagent certains imams et les sympathisants d’al-Qaïda ou de Daech, le soi-disant «Etat islamique».

«Je pense que surveiller les mosquées et empêcher les imams extrémistes de diffuser leur discours radical auprès des citoyens est une étape importante dans la lutte contre le terrorisme intellectuel au nom de la religion», a estimé Aminetou Mint El Moctar, célèbre militante des droits de l’Homme, elle-même accusée de «kufr» (apostasie) par certains religieux radicaux. Le chef d’un courant islamiste radical mauritanien dénommé «Ahbab Errassoul» (les amis du prophète) a ainsi édicté une fatwa de mort contre celle qui est également présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF).

Pour Abdallah Ould Hormatallah, responsable du parti au pouvoir, l’uniformisation du prêche du vendredi, pour assurer la stabilité et diffuser la tolérance, est importante pour la Mauritanie. «Cette initiative peut stopper ceux qui émettent des fatwas obscurantistes soutenant al-Qaïda et Daech», a-t-il déclaré à Magharebia. (apic/magharebia/ibc/be)

18 décembre 2014 | 17:03
par webmaster@kath.ch
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