Madagascar: Forces vives et pression populaires (210891)
Tananarive, 21août(APIC) Depuis juin dernier, Madagascar, la grande île à
l’Est du continent africain connaît une série de manifestations au régime
socialiste du président Ratsiraka, au pouvoir depuis 1975. Jean-Chrys Razafimandimby, membre de la Fédération Internationale des Mouvements d’Adultes
Ruraux,les raisons et objectifs de ce vaste courant d’opposition auquel
participent activement plusieurs dizaines d’organisations dont celle des
paysans.
Depuis 1985, Madagascar a vécu sous une constitution socialiste et longtemps avec pour seules forces politiques admises les 7 partis du Front de
la Défense de la Révolution se réclamant des principes socialistes du Livre
Rouge. Mais à partir de 1988-1989, des composantes de ce Front ont pris
leurs distances. Et lors des élections présidentielles de mars 1989, il y a
quatre candidats, même si Ratsiraka devait être confirmé à ce poste.
Cependant, Madagascar était, à son tour, marqué par le vent de libéralisation qui a secoué tous les pays socialistes. Dès lors, en 1990, une nouvelle loi permit la naissance d’autres partis, sans obligation de se réclamer du socialisme, si bien qu’aujourd’hui, on compte une trentaine de formations politiques.
Une concertation nationale
Cette nouvelle loi ne fut pourtant pas l’élément le plus terminant dans
la réaffirmation des vraies forces vives au sein de la société malgache.
Beaucoup plus importante fut l’initiative d’une concertation nationale lancée par le Conseil des Eglises et invitant tous les partis, syndicatrs et
organisations diverses à y prendre part.
Inspirée de l’appel à libérer son peuple adressé par Dieu à Moïse, cette
invitation recueillit l’approbation de quelques 70 organisations, mais pas
de celles liées au régime, qui y avaient pourtant été également conviées en
vue d’ouvrir le dialogue le plus large possible.
Concrètement, il y eut deux rencontres nationales, en août, puis en décembre 1990. Il y fut demandé l’abolition de la constitution de 1975 et la
prise en compte des forces vives de la Nation. Et depuis, c’est précisément
un «Comité des Forces vives», regroupant une quinzaine d’organisations diverses, qui apris le relais du conseil des Eglises pour organiser l’opposition avec, à sa tête, le professeur Albert Zaly. Mais les dirigeants politiques n’ont pas voulu écouter ces appels. D’oû les manifestations importantes et répétées organisées en juin dans la capitale, Antananarivo, exTananarive, avec le 18 juin, jusqu’à 350’000 participants, ainsi que dans
diverses villes importantes du pays.
Ouvriers et paysans, parties prenantes de l’opposition
Parmi les organisations participant à ce vaste courant d’opposition, on
trouve la Confédération chrétienne des syndicats chrétiens (SEKRIMA), dont
fait partie la Fédération chrétienne des paysans malgaches ou FEKRITAMA,
organisation soutenue par Entraide et Fraternité depuis 1988.
Pour Jean-Chrys, secrétaire général de la FEKRITAMA, pareille participation est le prolongement logique de la formation et des expériences acquises par beaucoup d’animateurs de son mouvement au sein de la Jeunesse Rurale Chrétienne Malgache(FTMTK), autre partenaire d’Entraide et Fraternité.
Elle s’inscrit aussi dans l’optique même de la FEKRITAMA qui vise à améliorer les conditions de vie et à défendre les droits et les intérêts des paysans.
Ceux-ci, précise-t-il, forment 85% de la population, mais leurs problèmes n’ont pas été pris en compte par les dirigeants politiques. D’où, pour
eux, la multiplication de problèmes comme: insuffisance alimentaire, sousalimentation, prix d’achat très bas des productions comme la vanille, le
riz et le café, mais aussi l’insécurité. En fait, le pouvoir politique
s’était contenté de considérer que les paysans étaient condamnés à produire
et qu’il ne fallait pas trop se préoccuper d’eux.
Mais durant les dernières années, les paysans se sont organisés et ils
se sont unis aux forces vives comme les ouvriers et les étudiants.
Dans le même temps, les paysans continuent à développer diverses initiatives. C’est ainsi que cette année, avec l’appui d’Entraide et Fraternité,
la FEKRITAMA va organiser trois séminaires de formation, de 7 jours chacun,
axés sur la connaissance d’un Fonds de crédit permettant d’attribuer des
prêts à des groupements paysans: Le TITEM. Et ces prêts, explique-t-il,
veulent amener les paysans à se libérer progressivement de la tutelle des
commerçants intermédiaires et à développer les échanges entre paysans de
régions climatiques différentes.
Ce faisant, la FEKRITAMA entend contribuer à la recherche de solutions
aux problèmes des paysans, à l’entraide et à l’organisation qui doivent
amener ces derniers à vaincre la mentalité d’assistés trop largement répandue dans leurs rangs.
Les priorités communes de l’opposition
De plus, c’est pour surmonter les problèmes de vie très grabes vécus par
la toute grande majorité des Malgaches que les paysans partagent avec les
autres forces vives du pays les mêmes priorités proposées aux (futurs) dirigeants politiques. La première consiste à trouver les moyens d’améliorer
le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population. La deuxième vise à rencontrer les problèmes de sécurité qui font par exemple, que les paysans
sont de plus en plus à la merci des brigands, voleurs de boeufs et des blocages des productions découlant de pareilles situations.
Quant à la troisième, elle concerne la lutte à mener contre la corruption dont sont accusés non seulement les membres du régime, mais aussi les
intermédiares commerciaux, des nationaux et des étrangers qui monopolisent
tout le commerce. Dès lors, à Madagascar, ces derniers temps, dans les
rangs des Forces Vives, on reprenait volontiers une autre image biblique,
celle de la chute des murs de Jéricho, pour dire que dans la grande île
aussi, les murs commençaient à tomber et devraient tomber. (apic/cip/sjb).




