Mgr Peter Henrici prône une vision plus centrée sur le Christ
Suisse: L’Eglise n’a pas encore assimilé Vatican II (280194)
Fribourg, 28janvier(APIC) Pour Mgr Peter Henrici, évêque auxiliaire à Zurich depuis un peu plus de six mois, l’Eglise suisse est dynamique et communautaire, mais peut-être pas assez ’christocentrique’. Elle n’a pas assimilée en profondeur le Concile Vatican II. L’Eglise ne peut pas se laisser
réduire à des groupuscules fondamentalistes s’opposant à des groupuscules
progressistes, dit-il.
Invité de la Société suisse des étudiants, mercredi à l’Université de
Fribourg, Mgr Henrici estime que l’Eglise en Suisse n’est pas assez
imprégnée de la richesse théologique et du dynamisme de Vatican II. Revenu
au pays après de longues années passées à Rome, Mgr Henrici voit la Suisse
allemande murée contre l’étranger. La forte insistance sur l’identité
culturelle est très sensible au niveau ecclésial aussi et ne fait que
creuser davantage le «röstigraben», déplore-t-il en préambule.
En Suisse, les catholiques attendaient beaucoup du Concile, à la préparation duquel ils avaient activement participé. La réception fut attentive,
mais très tôt des déceptions se manifestèrent. Pour Mgr Henrici, la cassure
survient un peu plus tard. Mai 68 est une rupture culturelle révolutionnaire qui dépasse largement le cadre des événements parisiens. «Humanae Vitae», l’encyclique de Paul VI sur la parternité responsable, paraît «malheureusement» la même année. Trois éléments fondent la crise. Le texte du
pape ne répond à l’attente d’autorisation de la pilule. En outre, Paul VI,
en assumant cette encyclique de son autorité personnelle, provoque une rupture avec le principe de la collégialité des évêques, question qui avait
été une des plus grandes batailles du Concile. Enfin en Suisse à cette même
époque, on assiste à une remise en cause profonde de la confession individuelle. Pour Mgr Henrici, cette crise de 1968 n’est pas encore surmontée en
Suisse malgré le Synode 1972 dont l’impact, en Suisse alémanique du moins
fut assez superficiel.
Promesses pour un nouvel avenir
Après ce bilan, le nouvel évêque auxiliaire évoque à partir de Vatican
II les promesses pour un nouvel avenir. Pour lui la place centrale du mystère pascal n’a pas encore été vraiment découverte. La liturgie est trop
souvent une célébration de l’extérieur qui ne transforme pas la vie chrétienne. Supprimer lors de la messe une des lectures liturgiques, pour faire
plus court ou moins difficile, démontre combien la place de la Parole est
encore sous-estimée. L’Ecriture est l’axe de la vie ecclésiale.
Les médias constituent un autre défi pour l’Eglise. C’est une question
de vie ou de mort, insiste Mgr Henrici, en rappelant que 80% à 90% de l’information sur la doctrine et la vie de l’Eglise passe par l’intermédiaire
des médias. La formation des consommateurs devrait donc être une priorité.
La question la plus fondamentale et la plus problématique est la conception de l’Eglise. Le Concile la définit comme sacrement, c’est-à-dire comme
signe et instrument de l’unification de l’humanité en elle et avec Dieu.
L’Eglise n’est donc pas une fin en soi, mais est une communauté en marche
vers le Royaume de Dieu. On parle beaucoup de l’Eglise, pas assez du Royaume, presque pas de Jésus Christ, remarque l’orateur. Une Eglise trop tournée vers l’intérieur perd sa dimension universelle, alors qu’elle a été
fondée pour le salut du monde. Dans cette vision, la structure hiérarchique
apparaît non plus comme un pouvoir absolu, mais comme un signe et un service de l’unité.
L’oecuménisme est également une question très actuelle. Mgr Henrici souligne l’apport des Eglises orientales dont l’ecclésiologie spirituelle et
liturgique est très riche. L’évêque constate à ce propos chez de nombreux
protestants suisses un mouvement de retour vers le sacramentalisme.
En conclusion Mgr Henrici reprend «Gaudium et spes», le texte le plus
étonnant du Concile, à ses yeux. Le Christ y est présenté comme centre et
clé de l’Histoire, comme fondement de ce qui ne change pas. Jean Paul II ne
cesse d’insister et de revenir sur cette vision christologique, le plus
souvent sans être compris. Le ’programme’ de l’Eglise suisse sera donc un
christocentrisme dynamique et communautaire, nourri de la Parole de Dieu.
(apic/mp)




