Rwanda: les évêques lancent un appel à l’aide (250294)

«le mensonge, la vengeance et la soif de domination» sévèrement dénoncés

Kigali, 25février(APIC) Par la voix de leur Comité permanent, les évêques

du Rwanda ont invité le président de la République, les responsables des

partis politiques reconnus et du Front patriotique à se réunir d’urgence

avec la médiation des Nations Unies et de l’Organisation de l’Unité Africaine «afin de tirer les Rwandais de l’impasse». Les prélats dénoncent surtout le mensonge qui prévaut dans le pays, l’esprit de vengeance et la soif

de domination.

Le Comité Permanent de la Conférence des évêques catholiques du Rwanda

s’est réuni à Kigali le 22 février et a aussitôt dénoncé «la haine inspiratrice de tueries» qui a causé, la veille, la mort de Félicien Gatabazi, ministre des Travaux Publics et secrétaire exécutif du Parti Social Démocrate

(PSD), puis celle, un jour plus tard, de Martin Bucyana, président de la

Coalition pour la Défense de la République (CDR).

Condamnant «les actes d’intolérance» et s’unissant à la douleur des familles endeuillées ainsi qu’à celle des membres des partis privés de leurs

dirigeants, les évêques lancent cet appel aux dirigeants des partis politiques du pays: «Cessez, de grâce, vos pressions, vos tromperies, vos mensonges, vos rejets mutuels, votre mépris du bien de la Nation».

Demandant une réunion d’urgence, sous l’égide de l’ONU et de l’OUA, de

tous les responsables concernés, le Comité permanent des évêques poursuit:

«Bahutu, Batutsi, Batwa, Bakiga, Banyanduga, Responsables des Partis, comprenez que l’ethnie, la région, le parti ne sont pas mauvais en eux-mêmes.

Ils le deviennent lorsque le coeur et l’intelligence sont dominés par le

mensonge, la vengeance et la soif de domination».

Appel à l’aide internationale

Le secrétariat de la Conférence des évêques à Kigali a relayé, deux

jours après, le communiqué du Comité permanent de l’épiscopat en y adjoignant une courte analyse de la situation du pays et un appel à la solidarité

internationale avec la population «sans défense».

La montée des tensions socio-politiques au Rwanda, observe le secrétariat de la Conférence épiscopale, est due «aux tergiversations des formations

politiques qui n’arrivent pas à dépasser leurs désaccords pour mettre en

place des Institutions de Transition tant attendues par la population». «La

date de la mise en place de ces institutions, consécutivement à la signature des Accords de paix d’Arusha en Tanzanie, le 4 août 1993, a été reportée

plusieurs fois, rappelle le secrétariat. En réalité, les grands meneurs politiques veulent, chacun, se tailler la meilleure part dans la répartition

des postes administratifs et des sièges à l’Assemblée Nationale. Il s’en

suit alors un périlleux vide institutionnel pour la nation, qui risque

d’engendrer chaos et anarchie.»

Cette situation, selon le secrétariat des évêques, a «pour causes essentielles l’ethnisme, le régionalisme et l’esprit de clan». Les conséquences

en sont graves et incalculables: assassinats politiques; manifestations de

violence débouchant sur des saccages, des vols à main armée, des meurtres;

insécurité généralisée, tandis que «la population est sans défense face aux

grands défis de la famine, du manque de soin, de salaires mensuels incertains».

«Que faire», s’interroge le secrétariat de la Conférence épiscopale,

dont le premier souci est d’»épargner à la population la guerre civile et

une reprise des hostilités entre les Forces gouvernementales et celles du

Front Patriotique Rwandais (qui ont fait pendant trois ans tant de désastres)?». Le secrétariat suggère d’abord «que des pays et organismes étrangers exercent une forte pression sur les principaux meneurs des formations

politiques pour qu’ils adoptent un compromis politique viable». (apic/cippr)

25 février 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!