fait sacré, plus il tue les pauvres =
La thèse d’un jeune philosophe brésilien à l’U.C.L. : plus le marché se
Louvain-la-Neuve, 23 février 1994 (CIP)
Chassez le sacré, il revient au galop. Sous des dehors rationnels, le sacré
d’aujourd’hui va jusqúà investir le marché, d’où il répand sa violence sur
les pauvres. C’est ce que montre un prêtre brésilien, Marcio de Sousa
Romeiro, dans une thèse de doctorat récemment défendue à l’Institut
Supérieur de Philosophie de l’U.C.L. à Louvain-la-Neuve : (1).
Le monde moderne n’a pas détruit le sacré. Au contraire, le sacré reste bel
et bien présent parmi les représentations du monde d’aujourd’hui, relève
Marcio de Sousa. On trouve même la présence du sacré dans les
représentations les plus rationnelles.
Mais cette découverte ne réjouit qúà moitié le prêtre philosophe. Car le
sacré est-il toujours bon pour l’homme ? Toutes les représentations du
monde qui sont auréolées de sacré correspondent-elles à des situations
sociales, politiques ou culturelles acceptables ?
Vous avez dit ?
Comment ? Un prêtre qui ose mettre en cause le sacré ? L’abbé de Sousa n’a
rien d’un iconoclaste. Il souligne seulement que la manière dont les
humains perçoivent le sacré et s’y rapportent varie selon les époques, les
lieux, les cultures. Autrement dit, la présence du sacré dans le monde et
dans les représentations du monde est marquée par le contexte social,
politique et culturel. Inversement, ce contexte est également marqué par la
présence du sacré. Dès lors, on ne peut plus présenter telle ou telle
conception du sacré comme quelque chose d’universel.
Cette réflexion permet à Marcio de Sousa de distinguer de ses
manifestations historiques, que l’auteur de la thèse préfère appeler
. Le sacré, dans sa réalité irréductible, forme un ciment
socio-culturel qui relie les différentes hiérophanies, au-delà des aspects
propres à telle ou telle culture. Il est donc possible de dépasser les
différences sociales et culturelles pour réfléchir ensemble à une
conception du sacré qui soit vraiment interculturelle et permette ainsi de
rester critique devant toute manifestation imparfaite du sacré.
Et si le sacré fait violence ?
En avançant l’idée d’une approche interculturelle du sacré, Marcio de Sousa
souligne combien le sacré a besoin de la communication entre les humains,
mais aussi combien toute approche du sacré gagne à être soumise à
l’interprétation critique. En effet, observe le prêtre brésilien, tel qúil
se manifeste en différentes hiérophanies, le sacré peut avoir des effets
opposés. Tantôt, par exemple, le recours au sacré peut servir à asseoir un
pouvoir qui écrase les pauvres. Tantôt, le sacré vient authentifier et
dynamiser une recherche commune de la justice.
Marcio de Sousa tient donc à soumettre le sacré à un critère pour tester
. Le sacré contribue-t-il à promouvoir
la justice et assure-t-il la vie des pauvres ? Si des manifestations du
sacré se traduisent par la violence et provoquent la mort des pauvres, le
philosophe ne peut que les condamner.
Que faut-il penser, de ce point de vue, du marché économique ? A une époque
caractérisée par le , le marché est devenu comme
le ciment qui donne consistance et existence à ce monde. Le marché prend
donc une allure . C’est aussi alors qúil devient le plus violent.
Que faut-il donc penser d’un marché incapable de réaliser la justice et
d’assurer la vie des pauvres ? Tout simplement, que le marché est devenu
illégitime, répond le jeune philosophe brésilien.
Marcio de Sousa Romeiro avait pour promoteur le professeur André Berten. Il
a obtenu le grade de docteur en philosophie avec grande distinction.
———–(1) L’auteur envisage de publier sa thèse. Renseignements : Institut
Supérieur de Philosophie, Collège Thomas More, Chemin d’Aristote, 1 – 1348
Louvain-la-Neuve (tél. 010/47.46.14).
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