Berne: lancement de la campagne de Carême (200294)
«Les femmes animent le monde»
Berne, 20février(APIC) «Ecoutez les femmes, reconnaissez leur travail,
leur lutte pour la vie, donnez-leur la possibilité de se former». Tel est
le message de la campagne oecuménique de Carême 1994 lancée samedi à Berne
en présence de nombreuses invitées, dont la Conseillère fédérale Ruth Dreifuss. Si les femmes veulent obtenir l’égalité, elles entendent surtout obtenir la reconnaissance de leur différence. Sous le slogan «les femmes animent le monde» les trois Eglises nationales de Suisse, protestante, catholique-romaine et catholique-chrétienne souhaitent susciter une prise de
conscience et un élan de solidarité.
Aucun pays n’accorde aux femmes le même traîtement qu’aux hommes, rappelle Christine Von Garnier, secrétaire romande de Pain pour le prochain,
en citant le dernier rapport des Nations Unies sur le développement. Elles
représentent pourtant plus de la moitié de la population mondiale, fournissent les deux tiers des heures de travail, reçoivent un dixième des revenus
et possèdent moins d’un centième des biens matériels. Les mutations sociales en leur faveur restent d’une extrême lenteur. Le voeu de la campagne
est de faire reconnaitre les femmes égales dans leur différence.
Julia Esquivel, théologienne guatémaltèque rappelle pour sa part combien
en Amérique latine, les femmes assurent la survie non seulement de leur famille, mais de la société toute entière. Au Guatmela les femmes qui ont
perdus à cause de la guerre leur mari, leurs fils, leurs frères, sont souvent les seuls soutiens de familles. Ce sont elles qui ont organisé la résistance et la lutte contre l’oppression et pour la dignité. Plusieurs ont
payé cet engagement de leur vie.
Aux Philippines, Soeur Mary-John Mananzan coordonne les activités du réseau de défense des femmes «Gabriela» qui regrouppe plus de 200 associations et 50’000 femmes dans 13 régions du pays. Conscient que «tous les
problèmes du pays sont les problèmes des femmes, et que tous les problèmes
des femmes sont les problèmes du pays» le réseau «Gabriela» se mobilise autour de thèmes d’actualité, organise la formation, lutte au plan légal et
juridique, ouvre des centres d’accueil, se bat contre la pornographie et la
prostitution. Si la douceur, la patience, l’obéisance sont considérées comme des qualités typiquement féminines, là où l’injustice grandit la désobéisssance devient une vertu. La question féminine est un problème global,
insiste Soeur Mary John. Elle nécessite une réponse de solidarité nationale
et internationale.
«Les petits miracles quotidiens des femmes»
L’Eglise du Saint-Esprit était bondée pour la célébration oecuménique
entièrement animé par des femmes, qui a suivi la conférence de presse. Par
la musique, deux femmes d’Argentine ont apporté un peu de chaleur sud-américaine, mais surtout les cris de lutte des femmes de ce continent. Par
l’image, la tenture de Carême rappelle des femmes de la Bible dont l’action
fut décisive pour la survie du peuple hébreux. Par la sculpture, une artiste cubaine a exprimé sa vision de la situation féminine. Par la parole enfin plusieurs intervenantes ont lancé un appel à la solidarité.
La Conseillère fédérale Ruth Dreifuss a évoqué les «innombrables réussites et petits miracles quotidiens que les femmes accomplissent sous toutes
les latitudes. La campagne de cette année doit servir à rendre visible ce
travail des femmes et à les reconnaître comme partenaires actives du développement. Pour Ruth Dreifuss, les femmes ont accumulé une expérience dont
il est absurde de se passer. La Suisse doit être la première à balayer devant sa porte, pour l’assurance maternité, pour l’AVS ou pour la présence
des femmes aux postes de décisions. Face à la crise les femmes sont les
premières précarisées. La campagne n’invite pas seulement les Suisses «à
délier les cordons de leur bourse, mais surout à délier les cordes qui enserrent notre coeur et notre intelligence», a conlu la Conseillère fédérale. (apic/mp)
Encadré
La campagne de Carême en chiffres
Bon mal an mal an, les sommes récoltés dans le cadre de la campagne de Carême par l’Action de Carême (catholique) Pain pour le Prochain (protestant)
et Etre partenaires (catholique chrétien) se monte à 37,5 millions de
francs. En 1993, les résultats des années précédentes ont pu être globalement maintenus malgré la crise, se réjouit Ferdinand Luthiger, directeur de
l’Action de Carême.
31 millions de francs ont servi à soutenir 822 projets dans les cinq
continents. Il s’agit toujours de projets de dimensions raisonnables, de
l’ordre de 100’000 francs, conçus et réalisées en collaboration avec les
populations locales.
10% des montants récoltés sont consacrés à la formation, à la sensibilisation et à des tâches éducatives. Tandis que 4,8% est destiné à l’administration générale.
L’Action de Carême consacre en outre 3,65 milions de francs au co-financement de tâches pastorales en Suisse en collaboration avec la Conférence
centrale catholique romaine (RKZ). (apic/mp)




