ecclésiastique catholique provisoire du canton de Fribourg

Bulle: Journée de réflexion de l’Assemblée (200394)

Une analyse sans complaisance de l’Eglise actuelle

Bulle, 20mars(APIC) 70 délégués de l’Assemblée ecclésiastique provisoire

du canton de Fribourg ainsi qu’une dizaine d’invités ont participé, samedi

à Bulle, à une journée de réflexion. Les conférenciers ont analysé la situation actuelle de l’Eglise dans le canton et ont exprimé leur point de

vue sur son évolution depuis le Synode 72. Leurs propos sont marqués par

l’espérance, l’attente encore inassouvie ou la déception totale.

«Pendant le Synode, un observateur me disait sur le ton de la plaisanterie sérieuse: ’Dépêchez-vous de dire tout ce que vous avez à dire, la récréation est bientôt terminée’», s’est souvenu Michel Bavaud, membre de

l’Assemblée ecclésiastique. Témoin actif du Synode 72, l’orateur a analysé

sans complaisance l’évolution de l’Eglise catholique. Ses propos ont exprimé une véritable déception quant à l’application des orientations prometteuses, que l’Eglise avait adoptées au début des années 70.

«On a l’impression que les diocèses sont des sous-préfectures qui polycopient et distribuent les circulaires du préfet», a-t-il lancé, avant de

conclure d’une voix chargée d’émotion, exprimant ses attentes déçues: «Cette Eglise, c’est ma mère. Elle n’a pas le visage que je lui veux, mais elle

est indéfectiblement ma Mère. Je suis de cette Eglise et je mourrai dans

ses bras, à la fois indigné et reconnaissant».

Le président Jacques Ducarroz a tenu à préciser que le conférencier exprimait là un point de vue personnel. «Beaucoup de membres de l’Assemblée

ne dressent pas le même constat et moi en particulier, a-t-il déclaré.

Quant à Mgr Pierre Mamie, il n’a pas voulu se prononcer sur cet exposé. Il

a cependant précisé que le pape n’a jamais agi envers lui de façon autoritaire.

Les germes du Synode

Le bilan dressé par l’abbé Marc Joye, curé dans le secteur de Broc, tangue entre les signes d’espérances et les attentes encore déçues. Ce prêtre,

qui a suivi sa formation avant le Concile Vatican II constate que l’esprit

agit dans tous les baptisés. Il se réjouit de voir le nombre important de

laïcs engagés au service de l’Eglise et assiste à une grande ouverture vers

l’oecuménisme. «Beaucoup de chrétiens redécouvrent la prière et la lecture

de la Parole de Dieu».

Il regrette cependant que les orientations importantes du Synode ne soient pas encore mises en pratique et que l’Eglise reste encore trop préoccupée par son fonctionnement interne.

En conclusion, l’abbé Marc Joye demande aux prêtres de croire aux vocations de laïcs et prône un renouveau des sacrements. Il est d’avis qu’il ne

faut pas lier la première communion à un âge scolaire.

Représentant la partie alémanique du canton, Arthur Oberson a tenu à

différencier l’identité économique, politique, culturelle et religieuse de

la Singine et le fossé qu’on a tendance à creuser entre les régions linguistiques. «Nous prenons part à la vie de ce canton, et en particulier de

sa capitale». Parlant du Synode, il constate que les germes plantés en 72

ne sont pas tous devenus des arbres. La partie alémanique attend une plus

grande ouverture oecuménique et une participation plus active des laïcs.

L’évolution que devra suivre l’Eglise ces prochaines années sera marquée

par une situation que l’abbé Rémy Berchier, curé de Bulle, et Nicolas Betticher, adjoint du vicaire épiscopal, ont décrite à l’Assemblée. Selon les

prévisions présentées par l’enquête «Horizon 2000», sur les 160 à 170 prêtres en fonction dans le canton en l’an 2000, 110 à 115 seront âgés de plus

de 70 ans et seuls 5 à 7 auront moins de 50 ans. Les communautés paroissiales, les missions et les mouvements devront compter sur une étroite collaboration entre prêtres et laïcs. Ces derniers exercent de plus en plus de

responsabilités dans l’Eglise: 94 d’entre eux travaillent déjà avec un mandat épisccopal dans le canton.

Les préoccupations de l’Eglise locale

En conclusion de la partie conférence de la journée, les délégués de

l’Assemblée ecclésiastique ont exprimé, par régions, les principales préoccupations de leur Eglise locale. Celles-ci passent de la difficulté d’atteindre le monde du tourisme pour les Gruyériens (le seul restoroute «La

Gruyère» accueille 1,3 million de clients par année), à la nécessaire collaboration intercantonale dans la Broye, en passant par la progressive disparition de l’enseignement religieux dans les écoles supérieures, le désir

de redonner à la famille son rôle d’éducateur de la foi et la solidarité

entre prêtres et laïcs.

Les Veveysans, quant à eux, sont confrontés à un fort taux de chômage

(7,35% contre une moyenne cantonale de 6,25%). Ils en appellent à une plus

grande solidarité de l’Eglise par rapport aux victimes de ce fléau de notre

société. (apic/bb/pr)

20 mars 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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