Table ronde de cinq femmes célébrant le thème du Carême 94
Fribourg: quand des femmes parlent bien des femmes (130394)
Fribourg, 13mars(APIC) Cinq femmes ont porté samedi à Fribourg un regard
d’espérance sur le monde d’aujourd’hui. Cinq regards différents, provenant
de leurs divers engagements dans la société et l’Eglise, mais accompagnés
d’une passion commune: la promotion de la femme avance, il faut la poursuivre. Une manière aussi de vivre pleinement le thème oecuménique du Carême 94: «Les femmes animent le monde».
Au début de la rencontre vécue dans la salle paroissiale de St-Pierre,
Marie-Françoise Bavaud, infirmière à Fribourg, et coordinatrice de la table
ronde, a tenu à rappeler que le même jour, l’Eglise anglicane posait un geste symbolique important en ordonnant pour la première fois des femmes au
sacerdoce ministériel. Présentant chaque participante de la table ronde,
elle leur a donné successivement la parole.
Marie-Thérèse Maradan, présidente de l’Association cantonale fribourgeoise des locataires (ASLOCA-FR) et conseillère générale à Fribourg, a
évoqué les difficultés réelles de certaines femmes seules. Face à un loyer
trop cher, elles ont pourtant le courage de lutter pour leurs droits. Ayant
choisi de rester au foyer, Marie-Thérèse Maradan estime pourtant primordiale la généralisation de crêches pour enfants pendant que leurs parents travaillent.
Quant à Cécile Mettraux, paysanne à Promasens, membre de l’Action chrétienne agricole romande (ACAR), dans un langage direct et tonique, elle
louera le rôle parfois décisif de certaines femmes au téléphone, avertissant le groupe de paysans organisés pour mettre à néant l’expulsion abusive
de fermiers. Membre de la délégation paysanne fribourgeoise en 1977 au Nicaragua, en pleine révolution sandiniste, elle dit aussi son admiration
pour tant de femmes de ce petit Etat d’Amérique centrale luttant pour leur
dignité et celle de leur pays. Faisant allusion au thème de l’Action de Carême, elle a ce mot qui réjouit l’assistance : «J’aimerais faire une faute
d’orthographe et écrire: «Les femmes aiment le monde». C’est normal qu’elles «l’animent»!
Les participants écoutent ensuite Soeur Elisabeth Hakizimana, Burundaise, missionnaire au Tchad. Elle montre comment la femme africaine est d’abord considérée comme «mère de ses enfants», ces derniers permettant l’immortalité du clan. Puis Soeur Elisabeth décrira la femme paysanne dans son
travail et comment les Africaines participent aujourd’hui, surtout en milieu urbain, au développement de tout le continent.
Les organisateurs avaient voulu associer aussi à la table ronde l’expérience et l’engagement d’une jeune: Marie-Claire Maillard, de Marly. Moment
d’émotion. Avant de parler d’elle-même, Marie-Claire parle de femmes torturées, violées dans leurs prisons. Elles ont un nom, un visage, des enfants,
un mari, qui doivent assister parfois aux aux tortures infligées à leur mère ou à leur épouse. Marie-Claire fait partie de l’Action des chrétiens
pour l’abolition de la torture (ACAT). Elle dit avec force et conviction
pourquoi, au nom des droits élémentaires de la personne humaine, il faut
crier à la face du monde l’injustice et l’abomination de ces pratiques.
Maryse Durrer, de Nyon, vice-présidente de l’union mondiale des organisations féminines catholiques (UMOFC), dira enfin l’importance de participer, à l’ONU et dans d’autres organisations internationales à la promotion
de la femme, spécialement dans le domaine politique. «Nous n’avons qu’une
seule femme au Conseil fédéral et un pourcentage dérisoire de femmes dans
les parlements», s’écrie-t-elle. Puis elle lance cette conclusion vivement
applaudie: «Je rêve que dans quelques années, une nouvelle campagne de Carême soit organisée. Elle serait alors intitulée: «Hommes et femmes gèrent
le monde en partenaires solidaires».
Les interventions variées, percutantes, parsemées de moments d’humour et
d’émotion vraies, ont donné le ton à cette table ronde. La messe qui a suivi, y associant les paroisssiens de St-Pierre, avait ce même climat joyeux
et festif: homélie prononcée par Marie-Pascale Clerc-Roduit, d’Ecuvillens,
parlant de son vécu de 8 ans en Haïti avec sa famille, danse d’offertoire
de femmes rwandaises dans leurs flamboyantes robes de fête, chants animés
par une belle voix féminine. A la sortie de l’office, quelqu’un a glissé en
souriant à l’oreille de son voisin: «Comme nous n’étions pas en Angleterre,
seuls les prêtres, autour de l’autel, étaient des hommes…Mais, étant donné, qu’à Fribourg aussi, les femmes animent le monde, il ne faut pas désespérer!». (apic/ba)




