Suisse: Assemblée des délégués de Caritas Suisse

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La guerre en ex-Yougoslavie: l’échec de l’Europe

Lucerne, 25mai(APIC) Caritas Suisse a tenu mercredi à Lucerne son assemblée ordinaire des délégués, sous la présidence du Conseiller national valaisan Vital Darbellay. Une assemblée certes consacrée à la partie statutaire, aux activités de l’oeuvre caritative catholique en 1993, mais aussi

à une partie thématique centrée sur l’ex-Yougoslavie. Une région où l’engagement de Caritas a été particulièrement important l’an dernier. Un constat

d’échec sur toute la ligne selon les orateurs invités, pour l’Europe politique, mais aussi pour les religions.

Invité de Caritas, le Norvégien Johan Galtung, sociologue et théoricien

du développement spécialisé dans la recherche sur la paix et les conflits,

n’a épargné personne dans son constat d’échec des diverses tentatives de

paix. L’ONU, l’Europe, les diplomates, les religions et les médias n’ont

pas échappé aux critiques de l’orateur. Qui n’hésite à accuser tous azimuts

pour tenter de faire mieux passer les solutions de paix qui existent à ses

yeux.

Pour parler des origines du conflit, Johan Galtung remonte loin dans

l’histoire, aux coupures nées de la rupture entre chrétiens et musulmans et

entre orthodoxes et catholiques. Pour le Norvégien, l’Europe d’aujourd’hui

se divise encore en trois parties: catholique/protestante, orthodoxe et musulmane. Mauvaise note à l’ONU pour les sanctions contre la Serbie auxquelles il ne croit pas. Mauvaise note aux Etats de l’Union européenne dont les

erreurs et les intérêts propres sont trop nombreux. Mauvaise note aux diplomates, qui n’ont pas compris que le dialogue devait être favorisé de

l’intérieur et non manipulé de l’extérieur. Piètre note aussi aux médias,

pour lesquels la notion de journalisme de guerre continue d’exister, alors

même qu’ils devraient favoriser la notion de journalisme de paix. Selon

l’orateur, les seuls articles positifs écrits sur ce conflit émanent de

femmes…

Les femmes? Elles sont les seules à échapper à la critique du sociologue

norvégien. La FORPRONU devrait à ses yeux compter 50% de femmes en son

sein, parce que les hommes, dit-il, s’identifient trop aux armes reçues.

Chaque fois que les «assassins» siègent aux conférences de paix de Genève

les femmes devraient être là pour protester.

Mauvaise note enfin aux religions, dont certains leaders sont par trop

liés aux nationalismes de tous bords. A certains religieux qui n’hésitent

pas à bénir les canons. On se trompe et on ne cesse de se tromper, critique

Johan Galtung… L’embargo a profité aux marchands d’armes. La société occidentale aurait mieux fait de mettre à disposition les techniques informatiques et les fax dans les mains de ceux qui en Yougoslavie parlent de paix

et la veulent.

De la religion et de la guerre

De la religion et de la guerre en ex-Yougoslavie, il en a également été

question dans la conférence donnée par le second orateur de la journée, Rupert Neudeck, journaliste et écrivain allemand. Si ce dernier a davantage

axé son discours sur son expérience vécue sur le terrain, à Mostar notamment, il n’en a pas moins lui aussi, remis en cause le rôle des Eglises et

communautés religieuses dans cette région… Constat d’échec sur toute la

ligne, selon l’auteur, pour l’Europe politique, mais aussi pour les religions qui en attisant plus souvent qu’à leur tour la braise, ont failli à

leur mission qui était de rassembler plutôt que de diviser.

La partie thématique s’est achevée par l’exposé de Barbara Walther, responsable du département «requérants d’asile» de Caritas Suisse, exposé qui

a porté sur les expériences avec les réfugiés de guerre, les traumatismes,

les problèmes psycho-sociaux et leurs thérapies. (apic/pr)

25 mai 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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