Le texte contient 64 lignes (max. 75 signes), 647 mots et 4643 signes.
apic/Caire/Eveque francais
France: mémorandum des évêques français au Premier ministre (260894)
La Conférence sur la population et le développement en toile de fond
Les prélats français pour une démographie solidaire
Paris, 26août(APIC) Solidarité: c’est le leitmotiv du mémorandum que les
évêques français ont remis le 1er juillet au Premier ministre Edouard Balladur en vue de la Conférence des Nations Unies sur la Population et le développement qui se tiendra au Caire du 3 au 12 septembre, mémorandum dont
le texte a été rendu public jeudi à Paris.
Le document, en plaidant pour une démographie «solidaire», reprend dans
ses grandes lignes l’argumentation développée par le Saint-Siège, dont les
points de divergence avec l’ONU portent d’une part sur les principes, d’autre part sur leurs applications.
Des principes discutables
Aux yeux des évêques français, certains principes mis en avant par l’ONU
dans le document préparatoire de la Conférence sont «nouveaux, sans justification éthique, avec une énonciation ambiguë, et discutables». Ainsi, le
«droit à la reproduction», présenté comme un droit fondamental, implique le
«choix de non-procréation et de l’avortement». Et Mgr Duval, président de
la conférence épiscopale, de s’interroger: «Aucun document des Droits de
l’Homme n’utilise ces termes. Peut-on ainsi étendre, sans justification ni
précision, les droits de l’homme?» En effet, «l’avortement est proposé pour
éliminer les naissances non désirées, sans aucune indication sur les motifs
et sur les qualifications de ces choix».
La conception de la sexualité présente dans le document préparatoire est
en outre «totalement individualiste, oubliant sa finalité essentielle qui
est la relation à l’autre et la procréation. «… L’absence complète du mot
«amour» (entre l’homme et la femme avec et en vue des enfants) est significative de son esprit et de l’atomisation individualiste de la société vers
laquelle le texte semble tendre, peut-être inconsciemment», selon Mgr Duval. Les évêques française s’inquiètent de l’éclatement du concept de famille, «admis comme une évolution normale», à savoir «la mise au même niveau des diverses formes de cohabitation, avec l’extension aux couples homosexuels». Le document de l’ONU semble éviter le mot «mariage» et, plus
globalement, ne fait référence à aucune éthique, ajoute Mgr Duval.
Néomalthusianisme
Quant aux applications, si beaucoup sont «intéressantes et justifiées»,
une «volonté néomalthusienne» parcourt tout le document, sans prendre suffisamment en compte la baisse de la croissance démographique, «qui devrait
s’accentuer sans avoir recours à des méthodes autoritaires et anticonceptionnelles», si bien qu’»une explosion démographique exponentielle n’est
plus à craindre», souligne Mgr Duval. Il ajoute: «La Terre est capable de
satisfaire les besoins croissants d’une population plus nombreuse, à condition de créer les conditions d’une plus juste répartition internationale
dans une perspective de réelle solidarité mondiale».
Les évêques français lient cette volonté néomalthusienne à «la crainte
implicite des pays industrialisés de voir les pays en développement exercer
sur eux une pression démographique forte et exigeante pour le partage des
ressources». Constatant que «les pays occidentaux veulent imposer leur modèle de développement et de société», ils écrivent: «Au moment où les échanges économiques s’élargissent et visent à réduire les protectionnismes
nationaux et régionaux au profit d’un bien commun plus large, la question
des protectionnismes démographiques rigoureux et discriminatoires se pose,
dans une perspective de plus juste répartition des ressources». Le mémorandum parle ici de «solidarité transgénérationnelle», indispensable notamment
en ce qui concerne l’environnement.
Après avoir appelé à une réflexion «plus large, sociale et éthique, sur
les comportements qui développent les risques d’infection du sida», sans
oublier une «solidarité effective et attentive» envers les malades, les
évêques regrettent que le document préparatoire de l’ONU ne s’intéresse pas
suffisamment aux problèmes posés par les populations à faible fécondité et
à vieillissement accentué. Ils souhaitent que la Conférence du Caire soit
pour la France l’occasion de «prendre conscience de son difficile avenir
démographique et d’envisager des mesures de redressement».
Enfin, les évêques regrettent que le document préparatoire ne fasse aucune mention des découvertes possibles en matière de génétique, qui, parce
qu’elles suscitent autant de peurs que d’espoirs, appellent un cadre éthique. (apic/cip/pr)




