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apic/interwiew du père Jean Didierlaurent

APIC-Interwiew

Le père Jean Didierlaurent, prédicateur de la Semaine de Vorbourg (150994)

«Il existe une prière païenne»

Jura, 15septembre(APIC), Michèle Fringeli. Douze mille pèlerins

jurassiens fréquentent chaque année la Semaine du Vorbourg. Ils viennent

prier. Ils demandent entre autres la santé, la paix familiale, le réussite

d’un examen. Or, dans son livre «Paroles d’un missionnaire itinérant», le

père Jean Didierlaurent, supérieur des rédemptoristes de Lyon et

prédicatuer cette année de la Semaine du Vorbourg, dit de la prière qu’elle

peut être «païenne». Comment peut-on affirmer cela?

Vous dites de la prière de demande, d’intercession, qu’elle peut être

païenne. Pourquoi?

Parce que je reprends le mot de l’introduction au Notre-Père dans la version de Matthieu quand Jésus dit «dans vos prières», «ne rabâchez pas comme

des païens, Dieu sait longtemps avant vous ce dont vous avez besoin.» Il

existe donc une prière païenne. Je la connais et je ne suis pas le seul.

Elle est instinctive comme il est instinctif à un enfant de se réfugier

dans les bras de ses parents lorsqu’il a mal.

Elle est païenne quand elle vise à faire pression sur Dieu aux fins de

l’utiliser. Parce que d’abord il n’est pas poli d’utiliser quelqu’un qu’on

aime. Ensuite, qui sommes-nous donc pour manoeuvrer Dieu? On ne peut ni

l’avertir ni l’attendrir. Il ne devient pas mon père lorsque je dis notre

père, c’est moi qui en revanche devient d’avantage son enfant.

Dans la prière païenne, je ne dis merci que lorsque j’ai obtenu ce que

j’ai demandé comme je l’ai demandé.

Qu’est ce que la vraie prière?

C’est un apprentissage de toute une vie. Un cri de foi en construction. Car

on a jamais la foi, ça n’est pas une petite valise. La demande devient

réellement prière lorsqu’elle ne vise pas à changer Dieu mais qu’elle

cherche à me changer moi-même. Lorsqu’elle tend à accueillir le seul don de

Dieu: son Esprit. C’est dans ce sens que toute prière est toujours exaucée.

Pas forcément de la façon dont je l’ai formulée.

Je reçois l’Esprit qui me donne la force d’affronter ce qui m’arrive. La

prière est la démarche d’une personne responsable à la fois d’elle même et

de la création.

J’illustre mon propos: une personne est dans le noir. Ses volets sont

clos. Au dehors, le soleil luit depuis deux heures. Elle ouvre et le soleil

vient tout éclairer. Le fait d’avoit ouvert les volets a-t-il fait se lever

le soleil? Non. Alors prier, cela n’est pas faire lever le soleil, mais

cela agit sur celui qui ouvre les volets.

Le priant doit donc se mettre en marche lui aussi…

Le priant porte une grande responsabilité. Il demande à Dieu d’avoir la

force d’ouvrir les volets. Mais la volonté de Dieu ne sera faite que si je

la fait moi-même. Le pardon de Dieu ne s’installe que si nous l’installons

avec nous.

Un saint Christophe dans une voiture est un gri-gri si je pense que par

lui Dieu va me protéger. En revanche, il est une prière si je me sens

responsable de ma conduite.

Si nous acceptons dans un premier temps de réagir de manière «païenne»,

nous avons le devoir de purifier notre prière pour passer d’une utilisation

de Dieu à une fréquentation d’amour. Ceux qui ont pour métier de parler de

la prière sont au service de leurs frères pour les aider à ne jamais se

satisfaire d’une simple prière d’utilisation. Parce que Dieu n’est pas

interventionniste. Il est tendresse. «Tes pêchés te sont remis», dit-il au

paralysé. Il lui demande de prendre son matelas et de se lever «afin que

vous sachiez que j’ai le pouvoir de changer un coeur.» Paroles du

Seigneur.(propos recueillis par Michèle Fringeli)

Jean Didierlaurent est l’auteur d’un livre «Paroles de missionnaire

itinérant» paru aux éditions Médiaspaul en 1992.

15 septembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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