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apic/Divorcés remariés/Wattiaux
Belgique: Lettre du Vatican sur les divorcés remariés (141094)
«L’Eglise ne leur ferme ni la porte ni la bouche!», estime Henri Wattiaux
Bruxelles, 14octobre(APIC/CIP) Pour Henri Wattiaux, responsable de l’Unité de Théologie morale à la Faculté de Théologie de l’Université catholique
de Louvain-la-neuve, l’Eglise ne ferme ni la porte ni la bouche aux divorcés remariés. Même après la publication par la Congrégation pour la doctrine de la foi de la «Lettre aux évêques de l’Eglise catholique sur l’accès à
la communion eucharistique de la part des fidèles divorcés remariés».
Les fidèles divorcés remariés, tout en étant en situation irrégulière
par rapport à la norme de l’Evangile, sont encore et réellement dans
l’Eglise. Donc, ils continuent d’avoir voix au chapitre. Comment se sentent-ils reconnus? Se sentent-ils, au contraire, exclus? Comment réagissent-ils? A eux de le dire. On ne leur ferme ni la porte ni la bouche. En
tout cas, l’interdiction d’accès à la communion eucharistique n’a rien à
voir avec une excommunication, explique le théologien.
Lorsque l’Eglise ne permet plus aux divorcés remariés de communier au
sacrement de l’eucharistie, elle ne porte pas un jugement sur les personnes, souligne Henri Wattiaux. Elle s’interdit d’entrer dans le sanctuaire
de la conscience de chacun pour mesurer la qualité d’une relation à Dieu ou
la gravité d’un péché. Ce droit appartient à Dieu seul qui détient le secret des coeurs. En présence des divorcés remariés, L’Eglise prend seulement acte d’une situation de fait. Elle rappelle que cette situation est en
contradiction avec la norme de l’indissolubilité du mariage, qui est un
commandement du Christ avant d’être une loi ecclésiastique. C’est ce qui
conduit l’Eglise à ne pas permettre l’accès des divorcés remariés à la
communion eucharistique. Mais les droits de la conscience restent saufs
pour chacun, remarque le professeur de Louvain.
Mgr Joseph Ratzinger, aujourd’hui préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, à l’époque, archevêque du diocèse de Munich, écrivait en
1980 à ses prêtres qu’en ce qui concerne le problème des divorcés remariés,
on peut faire «entrer dans une catégorie spéciale ceux qui sont arrivés à
la conviction que leur premier mariage est nul, même lorsque fait défaut la
preuve juridique: dans de tels cas, conformément à un jugement fondé en
conscience, et pourvu que le scandale soit évité, l’admission à la communion peut être autorisée.» Pour le théologien, on ne saurait mieux dire que
l’Eglise ne prétend pas se substituer à Dieu pour juger le fond des coeurs.
Aujourd’hui, les positions n’étant pas unanimes d’un diocèse ou d’un
pays à l’autre, il s’agissait de trancher. Seul le magistère universel de
l’Eglise pouvait le faire. D’où le nouveau document signé par le cardinal
Ratzinger.
Un avis qui n’est pas forcément définitif
Aux yeux d’Henri Wattiaux, le document romain n’apporte pas cependant un
avis exclusivement négatif. Et ceci pour deux raisons. D’abord, il insiste,
à une double reprise, sur le fait que les divorcés remariés ne peuvent pas
faire l’objet de mesures de discrimination ou d’exclusion. Les fidèles divorcés remariés, tout en étant en situation irrégulière par rapport à la
norme de l’Evangile, sont encore et réellement dans l’Eglise. Donc, ils
continuent d’avoir voix au chapitre.
«J’ai une autre raison de penser que ce nouveau document n’impose pas un
avis définitif: c’est la suite qu’il reste à donner à une des propositions
émises lors du Synode des évêques de 1980 sur la famille. A l’époque, des
évêques avaient demandé, dans une proposition adoptée par 179 voix contre
20, que l’on entreprenne une recherche plus poussée sur l’accueil à réserver aux divorcés remariés, en tenant compte de la pratique des Eglises
d’Orient, de manière à mieux mettre en évidence la miséricorde pastorale. A
ma connaissance, il n’y a jamais eu de suite à cette proposition. Ceci me
laisse penser que le nouveau document ne met pas un point final à la réflexion. D’ailleurs, le dernier paragraphe du document encourage toutes les
initiatives pastorales nécessaires pour accompagner les divorcés remariés
et ainsi les «fortifier dans l’amour du Christ et de l’Eglise». Nécessairement, cet accompagnement inclura une poursuite de la réflexion», conclut
Henri Wattiaux. (apic/cip/fs)
Encadré
Ces dernières années, plusieurs évêques ont pris ou encouragé des positions
quelque peu divergentes de l’enseignement du magistère romain à l’égard des
personnes divorcées et remariées.
En France, Mgr Armand Le Bourgeois, ancien évêque d’Autun, a publié en
1990 un livre intitulé «Chrétiens divorcés remariés». L’ouvrage inclut une
quarantaine de lettres de divorcés remariés qui disent tantôt leur amertume, tantôt leur espoir par rapport à l’Eglise ou aux pratiques pastorales
existantes. Mgr Le Bourgeois, tout en respectant les dispositions ecclésiales en vigueur, ne cache pas son souhait de promouvoir l’accueil des divorcés remariés, y compris, dans certains cas, l’accès à l’eucharistie.
Plus récemment, Mgr Michel Mondésert, évêque auxiliaire à Grenoble jusqu’en 1992, a publié un livre intitulé «Libres propos sur l’Eglise». Il y
fait état des problèmes posés par le décalage entre le discours officiel de
l’Eglise catholique et les pratiques de nombreux fidèles en matière de morale conjuguale. Selon lui, il n’est pas sain qu’un tel décalage se poursuive. C’est peut-être, dit-il un signe que l’on ne prend pas suffisamment
en compte la conscience personnelle dans l’Eglise.
L’épiscopat italien, en mai 1993, a clairement rappelé la doctrine traditionnelle, qui est de refuser l’accès à la communion eucharistique aux divorcés remariés. Quatre mois plus tard, trois évêques allemands, dont Mgr
Karl Lehmann, évêque de Mayence et président de la Conférence épiscopale,
ont à leur tour signé un document invitant, avec toute la prudence requise,
à un plus grand accueil des divorcés remariés, et ouvrant pour eux certaines possibilités d’accès à la communion eucharistique.
C’est donc dans ce contexte qu’il faut situer la lettre que la Congrégation romaine vient d’adresser aux évêques. (apic/cip/mp)




