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apic/BartholoméeIer

APIC – INTERVIEW

Le patriarche oecuménique Bartholomée Ier en est convaincu: (211194)

Le dialogue théologique avec l’Eglise catholique se poursuivra

jusqu’à l’unité de la foi et de la communion au même calice

Bruxelles, 18 novembre 1994 Le dialogue théologique avec l’Eglise catholique se poursuivra jusqu’à l’unité de la foi et de la communion au même calice, déclare le patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée Ier,

dans une interview accordée à l’agence catholique belge CIP – puis adaptée

par l’APIC – lors de son récent passage en Belgique. Il déplore cependant

l’excès de zèle de certains membres du clergé et de moines de l’Eglise catholique romaine en Russie et dans les autres pays de tradition orthodoxe.

Selon le patriarche, «il y a du progrès dans les relations entre les

deux Eglises et les problèmes récents comme celui de l’Uniatisme seront

surmontés avec l’aide de Dieu». Mgr Bartholomée Ier, qui ne nie pas les

problèmes créés par «l’excès de zèle» de certains membres du clergé et moines catholiques en Russie et dans les autres pays de tradition orthodoxe,

espère que la visite qu’il fera à Jean-Paul II en juin 1995 «contribuera

d’une manière décisive au progrès de nos efforts en vue de notre passage du

IIe au IIIe millénaire».

Quelle est aujourd’hui la présence de l’Eglise orthodoxe dans le monde?

Mgr Bartholomée Ier: Les orthodoxes dans le monde entier sont environ

300 millions, dont la responsabilité pastorale est confiée aux 15 Eglises

autocéphales et autonomes, unies par la foi et le droit canonique. Par des

efforts missionnaires l’Orthodoxie connait une extension en Afrique et dans

divers pays de l’Extrême Orient, comme par exemple en Corée. Le message de

l’Orthodoxie ne laisse pas sans émotion l’humanité.

Où se situe votre responsabilité par rapport aux différentes Eglises orthodoxes (russe, grecque, bulgare, roumaine…)?

Mgr Bartholomée Ier: Le Patriarche Oecuménique est le centre et le garant de l’unité des Eglises orthodoxes locales, un centre de coordination

des activités panorthodoxes, et il constitue l’expression de la voix et la

conscience commune de l’Orthodoxie. Le Patriarcat Oecuménique est également

l’Eglise-mère des nouveaux Patriarcats et Eglises autocéphales. Il a des

Eglises orthodoxes-soeurs et prépare le saint et grand Concile de l’Orthodoxie. Toutes les Eglises ensemble donnent le témoignage de l’Orthodoxie au

monde contemporain.

Où en est selon vous le dialogue oecuménique entre les catholiques et

les orthodoxes? Doit-on parler de recul… ou si progrès notables il y a,

quels sont-ils?

Mgr Bartholomée Ier: Il y a du progrès dans les relations entre les deux

Eglises et les problèmes récents comme celui de l’Uniatisme seront surmontés avec l’aide de Dieu. Le dialogue théologique va continuer jusqu’à l’accomplissement de l’unité de la foi et de la communion au même calice. Nous

allons rendre visite à Sa Sainteté le Pape en juin 1995 et nous espérons et

nous prions pour que notre rencontre fraternelle, au nom du Seigneur, puisse contribuer d’une manière décisive au progrès de nos efforts en vue de

notre passage du IIe au IIIe millénaire.

En Russie, l’Eglise catholique est souvent accusée de prosélytisme.

Qu’en pensez-vous? Quel est votre regard sur l’Eglise catholique?

Mgr Bartholomée Ier: Nous considérons l’Eglise catholique-romaine comme

Eglise-soeur, avec laquelle nous avons de nombreux liens, malgré le fait

qu’il y ait encore plusieurs différences. Nous attribuons une importance

particulière au dialogue théologique avec elle, aussi bien comme dialogue

de la charité, qui est nécessaire pour l’accomplissement du premier. Nous

devons toutefois reconnaître et confesser que les problèmes sont créés par

certains membres du clergé et moines de l’Eglise catholique romaine, qui,

par excès de zèle, avec leur activité en Russie et dans les autres pays de

tradition orthodoxe, profitent de la pauvreté et des problèmes internes. Le

fait de gagner quelques fidèles de l’autre Eglise, en causant des blessures

et en brisant la confiance et la crédibilité qui doit caractériser nos relations, est un péché contre la volonté du Seigneur «que tous soient un».

L’Eglise orthodoxe est pleinement engagée dans le rassemblement des

Eglises (Rencontre de Bâle). Pourtant, certains catholiques disent souvent

que l’Eglise orthodoxe est plus une église vivant la liturgie qu’une Eglise

engagée dans la société…

Mgr Bartholomée Ier: L’Eglise orthodoxe vit la Liturgie, le mystère: ceci est en son honneur et non pas un défaut. Parallèlement à cela, ce qui a

une importance centrale pour la vie des orthodoxes, est que notre Eglise

s’occupe des thèmes contemporains, près de l’homme, qu’elle suive les problèmes de ses fidèles et du monde en général. Il suffit de mentionner le

problème écologique, un sujet particulièrement cher à l’Eglise orthodoxe,

et surtout au Patriarcat oecuménique.

Difficile d’être chrétien à Constantinople (à Istanbul), où vivent 5’000

chrétiens seulement aux côtés des centaines de milliers de musulmans?

Mgr Bartholomée Ier: Le fait d’être chrétien ne veut pas dire vivre

d’une manière confortable et sans problèmes. C’est pour cela que les difficultés ne nous troublent pas. En général, l’Eglise orthodoxe a une longue

expérience des difficultés. Elle a vécu des persécutions et compte même des

martyrs. Nous ne souhaitons certainement pas qu’il y ait des difficultés et

nous prions pour pouvoir très bientôt les dépasser, même si – par le fait

que nos chrétiens en Turquie nous quittent – les dégâts ne semblent pas faciles à réparer.

Vous avez rencontré l’Archevêque des Vieux catholiques Glazemaeker à Utrecht. Un lien particulier existe-t-il entre votre Eglise et les Eglises

Vieilles Vieux catholiques?

Mgr Bartholomée Ier: Avec l’Eglise vieille catholique, nous avons eu ces

dernières années un fructueux dialogue théologique. Malheureusement de nouveaux problèmes se sont créés qui ne permettent pas la pleine communion

sacramentelle. C’est à ce sujet que nous voulions discuter avec l’Archevêque d’Utrecht, lors de cette visite que nous lui avons rendue en réponse de

sa visite au Patriarcat oecuménique. Cette visite a été caractérisée par

nos frères vieux-catholiques comme «historique».

Le sens de votre passage au Monastère de Chevetogne…

Mgr Bartholomée Ier: Nous accordons une importance particulière à ce Monastère, car dans ce foyer se réalise un travail théologique sérieux qui

contribue à une meilleure connaissance de la chrétienté orientale de la

part du christianisme occidental. Son fondateur, Dom Lambert Baudouin,

avait invité l’Occident à apprendre de l’Ecole de l’Orient, ce qui était

révolutionnaire en son époque. Nous espérons toujours que ce centre spirituel servira au rapprochement des deux traditions et contribuera au rétablissement de l’union de l’Eglise. (apic/cip/pr)

21 novembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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