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apic/cip/france/duval/

France: assemblée plénière de l’épiscopat (041194)

Mgr Duval: l’Eglise doit avoir le courage de son message

Lourdes, 4novembre(APIC) L’Eglise doit avoir le courage de son message,

même si sa parole dérange. C’est ce qu’a rappelé Mgr Joseph Duval, archevêque de Rouen, en ouvrant les travaux de l’assemblée plénière de l’épiscopat

français, réunie à Lourdes du 4 au 9 novembre. A l’heure où des catholiques

«se crispent dans une attitude intransigeante et semblent habiter dans

l’Eglise comme des assiégés dans une forteresse menacée», le président de

la conférence épiscopale a indiqué deux priorités missionnaires: l’approche

des marginaux et le dialogue interreligieux.

Mgr Duval se demandé si l’Eglise de France n’est pas trop tentée de se

replier sur elle-même et de manquer d’audace. «Dans un monde en crise

d’identité, l’Eglise proclame haut et clair sa propre identité. Beaucoup

s’en réjouissent, a-t-il constaté. Mais ce discours (…) a du mal à franchir nos propres frontières. Il est même critiqué par certains. De plus,

l’Eglise continue à interpeller les consciences, pour rappeler les exigences qui devraient guider les choix de tous ceux qui souhaitent avoir un

comportement conforme à la volonté de Dieu sur l’homme. Mais ces rappels

provoquent chez certains des agacements, voire des refus».

Sans vouloir «diaboliser» ce monde fascinant à bien des égards, l’archevêque de Rouen constate que «les évolutions et les bouleversements sont

tels et si rapides que l’homme d’aujourd’hui est comme désemparé et sans

repères face à un monde éclaté». Sans compter qu’en France «plusieurs décennies de rationalité conquérante, deux siècles de laïcité et l’émergence

d’une société de consommation tendent à couper l’homme de sa profondeur».

Argent, puissance, jeunesse et intelligence, sont pour beaucoup la nouvelle

échelle de valeurs, dans un individualisme jaloux de son autonomie et de sa

capacité à déterminer lui-même le sens de sa vie et des lois qui le régissent.

Dans ce climat, le message de l’Eglise est difficilement audible, même

pour les chrétiens. Son discours est «étrange, voire insupportable, pour

quiconque est pris dans ce nouvel humanisme de l’autosuffisance», ajoute

Mgr Duval, qui observe que cette «allergie» se manifeste notamment sur deux

points sensibles: l’autonomie personnelle, et le sens profond de l’amour et

de la sexualité lié à la juste idée de la famille.

Un message «insupportable»

C’est, relève Mgr Duval, le défi que l’Eglise a voulu relever avec des

textes comme l’encyclique «Veritatis splendor», la lettre du pape aux familles, son engagement dans le débat de la Conférence du Caire et jusqu’à

la récente lettre sur l’accès à la communion eucharistique des divorcés remariés. «Les médias ne comprennent pas de telles prises de position, considérées comme les soubresauts d’une institution ringarde en mal de sauver

son emprise sur l’homme. L’Eglise sait cela, mais elle parle quand même»,

ajoute le président de la conférence des évêques de France.

Et Mgr Duval de souligner la responsabilité des évêques de convier à une

autre lecture: ce n’est pas «en dépit», mais «à cause» de sa foi en JésusChrist confessé comme le Christ que l’Eglise s’estime obligée au courage de

sa parole contestée. Ce courage lui vaudra peut-être bien des abandons.

«Mais ce qui est en jeu, ajoute Mgr Duval, c’est l’homme, c’est le monde

menacé dans l’intention que Dieu a sur lui.

Dans ce «combat pour l’âme du monde», l’Eglise peut se retrouver isolée,

courant le risque d’apparaître «profondément élitiste et peu soucieuse des

hommes qui, péniblement, cherchent à se construire». Les prêtres et les

laïcs engagés souffrent de cette distance. A tous, poursuit Mgr Duval, se

pose la question: «comment affirmer le message exigeant de la Parole de

Dieu et, en même temps, aller à la rencontre de eux qui ne peuvent ni entendre la totalité du message, ni le faire entrer dans leur vie ?»

L’Eglise est mission

Constatant que les projecteurs «sont plus braqués sur les rappels exigeants du Magistère que sur le dévouement d’un grand nombre» et «font plus

ressortir la distance qui s’établit entre des membres de l’Eglise que les

gestes de solidarité qui rapprochent»«, Mgr Duval a mis en garde contre

deux dangers. «Des catholiques, a-t-il dit, se crispent dans une attitude

intransigeante et semblent habiter dans l’Eglise comme des assiégés dans

une forteresse menacée. (…) De même: «La mauvaise image de l’Eglise que

les faiseurs d’opinion nous renvoient avec insistance peut nous paralyser.

Nous ne la corrigerons pas en édulcorant les exigences de notre appartenance à l’Eglise. Il est préférable que nous allions courageusement de l’avant

en mobilisant toutes les forces de l’Eglise pour un sursaut missionnaire.»

Mgr Duval a attiré l’attention sur deux chantiers de «l’aventure missionnaire» possible: la marginalisation et le dialogue interreligieux. «Il

est une misère de toujours, et pourtant misère nouvelle, à laquelle aucune

de nos villes n’échappe et qui réclame une pastorale résolue de proximité:

la misère de la marginalisation», a insisté le président de la conférence

épiscopale, car «à côté de grandes réussites sont nés des ilots de misère

incroyable». «Nous avons à faire prendre conscience à nos fidèles du décalage qu’il y a entre leur facilité à dire Dieu et ce qu’il en coûte de pratiquer Dieu dans leur vie qui les amène à rencontrer ces pauvres tous les

jours.»

A propos du dialogue interreligieux, Mgr Duval a relevé que la pluralité

culturelle et religieuse ne pose pas que des problèmes théologiques, mais a

«des connotations économiques et politiques, sociales et culturelles: problèmes actuels de l’immigration, des rapports Nord-Sud, de la montée des

intégrismes». Ce dialogue peut être déterminant pour une coexistence pacifique. «Il ne s’agit pas d’un dialogue banal, a-t- il dit, mais d’abord du

dialogue de la vie, de l’action et de la solidarité; il s’agit d’un dialogue fondé sur une présence; il s’agit d’un dialogue qui se vit aussi dans

la prière; il s’agit finalement d’un dialogue de Salut, où l’interlocuteur

chrétien se sait en charge d’une annonce et d’un témoignage.» (apic/cip/mp)

4 novembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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