Berne: clôture officielle de l’Année de la famille (111294)

Revendications de la Commission nationale: «Oui, mais» de Ruth Dreifuss

Berne, 9décembre(APIC) «L’Année de la famille n’est pas un aboutissement,

mais un départ». Tel est le message que le Conseiller national Vital Darbellay, président de Pro Familia Suisse, a tenu à faire partager vendredi à

Berne aux quelque 150 participants à la journeé de clôture de l’Année de la

famille. Pour que la politique familiale ne reste pas le parent pauvre de

la politique sociale, la Commission nationale pour l’Année de la famille a

présenté à la Conseillère fédérale Ruth Dreifuss une série de revendications fondamentales. La directrice du département de l’Intérieur s’est félicité de ces initiatives en y mettant cependant quelques bémols.

La première revendication est bien sûr celle de l’assurance maternité,

attendue depuis 49 ans. La commission la veut pour toutes les femmes, le

projet de Ruth Dreifuss veut la réserver aux femnmes salariées et indépendantes. «L’objectif prioritaire de l’assurance maternité est de pouvoir

concilier vie professionnelle et vie familiale», souligne la Conseillère

fédérale qui craint que la volonté affichée par certains de l’offrir à toutes les femmes ne serve qu’à camoufler une opposition fondamentale. Le projet du Conseil fédéral est un premier pas modeste, mais une étape importante. Le congé parental ne doit pas être un tabou, insiste-t-elle cependant.

Des allocations familiales qui ne soient pas une aumône

Les allocations familiales aujourd’hui en Suisse ressemblent plus à une

aumône des patrons qu’à un soutien des familles, déplore Michel Pillonel,

président du groupe de travail «Inventaire des prestations». Un régime fédéral doit permettre de réaliser le principe de base: un enfant – une allocation, sans aucune discrimination socio-professionnelle. Ces allocations

doivent être exemptes d’impôts. Enfin la fiscalité doit tenir compte de

l’investissement pour la formation des enfants. «Les mesures qui apporteraient des changements durables et ou qui engendrent des coûts supplémentaires se heurtent à une résistance massive», remarque Ruth Dreifuss.

Les soins et les tâches éducatives en règle générale assumés par les mères ne font guère l’objet d’une réelle reconnaissance, alors que des études

récentes indiquent qu’elles représentent 34 à 37 % de la production économique globale du pays, soit 120 à 130 milliards de francs par an. Les lois

fiscales fédérales et cantonales doivent être revues afin d’atteindre un

objectif simple: à pouvoir d’achat égal, charge fiscale égale.

Les rapports entre famille, travail et école sont aujourd’hui de plus en

plus conflictuels. Pour en convaincre, si besoin était, les participants,

le groupe de travail avait monté une petite saynète. Monique et André

veulent élever ensemble leur enfant. Monique qui désire travailler à temps

partiel se voit rétrograder et proposer un salaire moindre. André passe

pour un ’minus’ parce qu’il préfère changer les couches de son fils plutôt

que se consacrer à 100% à son travail professionnel. Une histoire confirmée

par la statistique, seuls 5% des couples suisses vivent un partenariat où

l’homme et la femme travaillent à temps partiel.

Pas de Conseil des affaires familiales, mais un organe de coordination

La ratification rapide et sans réserves de la Convention de l’ONU sur

les droits de l’enfant est une autre revendication de la Commission nationale de l’Année de la famille. C’est en bonne voie, assure Ruth Dreifuss

qui compte sur la pression européenne pour faire disparaître les mesures

discriminatoires envers les enfants étrangers, notamment le statut de saisonnier qui interdit le regroupement familial.

La création souhaitée d’un Conseil des affaires familiales au niveau fédéral risque par contre de rester lettre morte. La Conseillère fédérale qui

veut éviter qu’»un nouvel organe refasse ce que d’autres font déjà» lui

préfère une commission de coordination placée sous l’égide de la Centrale

pour la question des affaires familiales à l’Office fédérale des assurances

sociales. La Commission de la jeunesse et celle des questions féminines lui

semblent aptes à traiter les questions touchant la famille. A ses yeux, la

politique en faveur de la famille doit principalement améliorer la situation des femmes et celle des enfants. (apic/mp)

9 décembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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