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apic/Assemblée du CLAI/Chili/Théologie de la libération

Chili:Assemblée du Conseil des Eglises d’Amérique latine (270195)

Remise en question de la théologie de la libération

Concepcion, 27janvier(APIC) Un appel à repenser la théologie de la libération, lancé par la «gauche religieuse» d’Amérique latine, provoque un débat passionné parmi les participants à la troisième Assemblée générale du

Conseil des Eglises d’Amérique latine (CLAI) qui se tient dans la ville de

Concepcion, au Chili. Le secrétaire général du COE, Konrad Raiser, assiste

à l’Assemblée du CLAI qui, pour la première fois, n’a pas invité d’observateurs catholiques romains en raison des relations tendues entre catholiques et protestants en Amérique latine.

La théologie de la libération, populaire en Amérique latine ces dernières décennies, se voulait solidaire des pauvres et des opprimés, et une invitation à lutter contre l’injustice sociale et politique. Mais «les marginalisés et les pauvres nous ont tourné le dos», a reconnu Arturo Peidras,

de la Fédération des Eglises évangéliques du Costa Rica, lors de l’intervention qu’il a faite le 26 janvier à l’assemblée du CLAI.

«Les marginalisés et les pauvres nous ont tourné le dos»

«Ils ne s’intéressaient pas à la réflexion théologique que nous faisions

sur leur situation. Nous savions parler, mais nous ne savions pas écouter»,

a encore fait remarquer Arturo Peidras, l’un des orateurs sur «la nouvelle

image religieuse de l’Amérique latine et des Caraïbes». «Peut-être ont-ils

été repoussés par notre arrogance envers ceux qui ne partageaient pas nos

convictions»…

Le pasteur Emilio Castro, ancien secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), a, quant à lui, vigoureusement défendu la théologie

de la libération: «Les livres de la théologie de la libération n’ont pas

atteint les classes populaires. Ils n’ont même pas essayé de le faire.»

Mais les livres étaient l’expression, à un certain niveau et d’une certaine

façon, de ce qui se passait au plan de la défense des droits de l’homme.

«La théologie de la libération ne dépendait pas uniquement des universitaires, a-t-il poursuivi, mais elle était façonnée par le peuple lui-même

avec la participation de mouvements, que nous avons perdus par la suite et

que d’autres ont récupérés». Selon Arturo Peidras, la fin de la guerre

froide a signifié que l’on pouvait mettre fin au «climat d’affrontement»

entre les protestants d’Amérique latine.

Avec la fin de la guerre froide, les protestants doivent se réconcilier

Le CLAI compte plus de 140 Eglises et organisations latino-américaines

qui sont des membres à part entière. Toutefois, de nombreuses grandes Eglises missionnaires protestantes, qui connaissent une croissance rapide, ne

sont pas membres du CLAI. L’affrontement entre «les intégristes religieux

ayant une mentalité de guerre froide» et la «gauche religieuse», partisane

de la théologie de la libération, a précisé A. Peidras, était la conséquence idéologique de la guerre froide.

Les chrétiens, qui prônaient des vues politiques et théologiques différentes au temps de la guerre froide, doivent aujourd’hui trouver un «objectif commun» face aux forces économiques mondiales qui «portent atteinte à

l’identité nationale», a-t-il encore remarqué. L’Assemblée du CLAI – placée

sous le thème «Renaître pour une espérance vivante» – se tient à Concepcion, au Chili, du 25 janvier au 1er février, et rassemble, selon les organisateurs, quelque 500 représentants d’Eglise, observateurs officiels, invités et journalistes. Le président sortant du CLAI, Federico Pagura, évêque honoraire de l’Eglise méthodiste d’Argentine, a appelé le Conseil «à

rester fidèle à sa vocation originale» face au «supermarché» du prosélytisme effréné et face à la crise morale actuelle.

L’Eglise catholiques déclarée «persona non grata»

Les responsables du CLAI ont défendu la décision controversée de ne pas

inviter – pour la première fois – des observateurs officiels de l’Eglise

catholique romaine. Cette décision avait été prise l’an dernier par le Comité directeur du CLAI dans un contexte de relations tendues entre protestants et catholiques romains sur le continent latino-américain. Selon F.

Pagura, cela a été une «décision difficile et pénible». «Ces relations ne

sont toujours pas aussi bonnes que nous voudrions l’espérer», a-t-il dit.

(apic/eni/be)

27 janvier 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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