Objet: CIP/BELGIQUE/A L’ECOUTE DES REACTIONS AUTOUR DE MGR GAILLOT/

DM1 01046D5E Dest: Apic Exp: Cip Date: 23-JAN-1995 14:43:34

——–Le Père Hubert Pirlot analyse la situation dans l’Eglise depuis la

révocation de Mgr Gaillot comme évêque d’Evreux =

Bruxelles, 23 janvier 1995 (CIP)

Dans une interview accordée à «La Libre Belgique» et publiée le 23 janvier

par le quotidien catholique, le Père Hubert Pirlot, porte-parole de la

Conférence épiscopale de Belgique, propose son analyse personnelle de la

situation créée dans l’Eglise depuis la révocation de Mgr Jacques Gaillot

comme évêque d’Evreux.

Le Père Pirlot commence par évoquer «la souffrance de l’évêque sanctionné

et celle des évêques de France», mais aussi celle de «tous ces hommes et

ces femmes très engagés dans l’Eglise» et qui «crient de diverses manières

leur désarroi face à une décision qúils ne comprennent toujours pas». Le

porte-parole de la Conférence épiscopale belge se dit lui-même «rempli

d’interrogations devant ce brutal «écartement» de Mgr Gaillot».

Du mouvement de soutien à Mgr Gaillot, le Père Pirlot constate à la fois

«l’ampleur» et la «grande diversité» : «Il va du sans emploi, marginalisé

dans notre société, passe par le militant et le théologien, et rejoint même

certains évêques, si j’en crois des coupures de presse. Il est clair que ce

mouvement de solidarité est essentiellement constitué de personnes pour qui

l’Eglise et l’Evangile gardent toute leur signification. Paradoxalement, je

vous dirais que cela est plutôt réconfortant.»

Parmi les explications possible de cette lame de fond, le Père Pirlot cite,

«à titre d’hypothèse toute provisoire», plusieurs éléments : «Il y a

d’abord le contraste évident entre le discours simple, libre, direct, mais

aussi quelque peu frondeur de Mgr Gaillot, et le langage académique, voire

amidonné, de certains hauts responsables de l’Eglise. De plus, les médias

ont joué un rôle non négligeable. C’est grâce à eux que Mgr Gaillot a été

largement identifié comme le dernier recours pour les nombreux exclus de

notre société. Il y a également pour nos pays de tradition démocratique la

brutalité et l’absence de justification de la sanction prise.»

En parcourant les motifs de la révocation de Mgr Gaillot, tels qúils

ressortent du communiqué de presse du Vatican, note le Père Pirlot «on a

l’impression de lire des justifications vagues et générales : s’absenter

trop souvent de son diocèse, avoir manqué à la collégialité épiscopale et,

ô surprise, être trop présent dans les médias, etc. Là encore, si aucune

pression politique extérieure ne s’est manifestée – et quelles raisons

aurions-nous de ne pas faire confiance à Mgr Tauran – la décision de

révoquer Mgr Gaillot paraît, aux yeux de nos concitoyens, encore plus

impénétrable et peu compatible avec le respect des droits de chacun».

Même si certaines prestations de Mgr Gaillot à la télévision «n’ont pas été

des chefs-d’oeuvre de bon goût», observe le Père Pirlot, «ce genre

d’expression a permis d’aborder avec bienveillance des problèmes humains

graves». L’approche de l’évêque français «contrastait avec la raideur de

certains documents récents», spécialement «des textes brefs, lapidaires de

quelques congrégations romaines concernant, par exemple, l’ordination des

femmes et l’accès à l’eucharistie des divorcés remariés». «Ces textes, je

puis vous l’assurer, ont fait mal, très mal, à beaucoup de chrétiens de

notre pays», ajoute le porte-parole des évêques belges.

Le Père Pirlot souligne encore que la collégialité épiscopale «n’est pas

synonyme d’uniformité» : «Elle inclut une coresponsabilité entre évêques

pour annoncer l’Evangile, mais n’exclut pas des sensibilités et des

préoccupations différentes. Comme le rappelait le cardinal Danneels, «il y

a place dans l’Eglise pour une diversité de témoins». De plus, la

collégialité inclut l’accompagnement fraternel, la guidance suivie et

délicate envers chacun…»

Le contexte actuel de la société retient également l’attention du Père

Pirlot. Avec le récent rapport de la Fondation Roi Baudouin sur la

pauvreté, il note que «les autorités publiques n’arrivent plus à contrôler

le phénomène de l’exclusion». «Dans un tel contexte, on comprend aisément,

dit-il, qúune personne, prêtre ou évêque de surcroît, prenant la parole au

nom des exclus, ait légitimement l’appui de tous. A cela, j’ajouterai que

les milliers de personnes qui travaillent sur le terrain pour les

marginalisés sont aujourd’hui sans voix. Ce qui est un grave problème de

société.»

L’événement que vient de vivre l’Eglise ne facilitera pas la préparation de

la venue du pape en Belgique pour la béatification du Père Damien, admet le

Père Pirlot. Mais il ajoute aussitôt : «Encore faut-il revenir à

l’essentiel. Il s’agit avant tout de la reconnaissance par l’Eglise de

l’engagement radical du Père Damien pour des exclus et des bannis de la

société, et cela, malgré ses démêlés avec ses supérieurs… La sainteté

transcende nos lorgnettes humaines…»

E

23 janvier 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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