Démission de Mgr Gaillot Une couronne mortuaire déposée à la nonciature à
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Bruxelles «Jean-Paul II n’est pas le bienvenu» =
Bruxelles, 15 janvier 1995 (CIP)
Tandis qúà Liège 1.500 personnes manifestaient silencieusement Place de la
Cathédrale en solidarité avec Mgr Gaillot, à Bruxelles, Mark Cornelis,
président des Prêtres et religieux pour la Justice et la Paix des diocèses
flamands, déposait une couronne mortuaire à la nonciature au nom de divers
groupes de l’Eglise de Flandre.
Les responsables de ces groupes ont publié un communiqué dans lequel ils
invitent les croyants «qui se sentent choqués et anéantis» par la sanction
infligée à Mgr Gaillot à se rassembler ce dimanche 22 janvier à 15h devant
les évêchés des différents diocèses pour «exprimer dans la dignité leur
consternation, leur colère leur opposition à cette mesure dictatoriale».
Ils invitent les manifestants à se munir d’un crêpe en signe de deuil. Ils
demandent aussi aux évêques d’être présents sur place. A chacune des
manifestations on lira un texte, on priera et on chantera, toutes les
suggestions sont les bienvenues, affirme le communiqué.
Outre Mark Cornelis, les signataires sont Annemie Castelein, pour les
Religieuses pour la Justice et la Paix, Toon Schoors, pour le groupe
Inspraak (Dialogue), Koen Blick, pour l’Informele Pristergroep Gent (Groupe
informel des prêtres du diocèse de Gand), Remi Verwimp, au nom du
Werkplaats voor Theologie en Maatschappij (Atelier Théologie et Société),
Jos Vandikkelen, pour le groupe Mensrechten in de Kerk (Droits de l’Homme
dans l’Eglise) et Jan Van Eyken pour «Evangelie Voor Allen» (EVA-Plan). Ce
dernier est un groupe créé par 36 prêtres flamands qui, en réponse à la
lettre «Ordination sacerdotalis» de Jean-Paul II réaffirmant le «non» de
l’Eglise à un éventuel accès des femmes au ministère sacerdotal, ont décidé
d’affecter une part des collectes dominicales à la formation et à la
rémunération de services d’Eglise davantage ouverts aux femmes et aux
hommes mariés.
Par leur communiqué, les signataires veulent aussi faire savoir qúils «ne
souhaitent pas la bienvenue à Jean-Paul II», attendu chez nous cette année
pour la béatification du Père Damien, et qú»ils sauront le faire savoir».
Interrogé par l’agence CIP, Mark Cornelis annonce que les groupes ont
l’intention d’organiser une campagne de protestation massive à travers le
courrier des lecteurs des journaux et l’envoi de fax de solidarité à
l’évêque d’Evreux. Des textes sont déjà proposés, dont l’un regrette la
«complicité silencieuse de nos évêques». Les frais occasionnés par cette
campagne seront couverts en prélevant sur les 10% des collectes destinés
aux administrations diocésaines des différents évêchés.
Surprise pour les fidèles qui suivaient la messe télévisée ce matin à la
télévision belge, quand le chanoine Louis Dubois a exprimé son «désarroi»
devant «l’affreuse nouvelle» de la démission de Mgr Gaillot, «un exclu et,
pourrait-on dire, un exclu de plus».
A Liège, Georges Pirenne, l’un des organisateurs qui a rassemblé 1.500
manifestants sur la Place de la Cathédrale, a expliqué à la RTBF: «Il est
totalement exclu d’accepter cette décision romaine qui relève d’un autre
âge, d’une monarchie absolue complètement périmée». A l’évidence, la
hiérarchie va devoir prendre une autre route.» Pourquoi cet émoi à Liège
devant une mesure qui touche un évêque d’un pays étranger ? «Je pense que
Jacques Gaillot avait beaucoup d’amis. Il est venu rencontrer les uns et
les autres dans le cadre du diocèse de Liège… Le pape a plusieurs fois
rappelé que l’Eglise n’était pas une institution à vocation démocratique…
C’est vrai qúon devrait savoir qúil est très cohérent, mais en même temps
je crois qúil y a deux phénomènes qui se passent dans l’Eglise: c’est une
monarchie, c’est un monolithe incroyablement autoritaire, mais il y a une
base, – il suffit de regarder la Place Cathédrale pour le moment – qui
demande la démocratie.»
Une lettre ouverte de l’Action Vivre Ensemble:
«pourquoi ajouter la souffrance à la souffrance ?»
Bruxelles, 15 janvier 1995 (CIP)
Réunie en assemblée générale ce samedi, l’Action Vivre Ensemble a réagi
«avec tristesse et consternation» à la destitution de Mgr Gaillot, «une des
grandes voies de l’Eglise auprès des pauvres et des exclus, tout autant que
leur voix dans l’Eglise».
Vivre Ensemble rappelle que Mgr Gaillot est venu à plusieurs reprises en
Belgique pour rencontrer des groupes de base, des association engagées dans
le combat contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Il «n’avait pas peur»
de porter l’Evangile dans les milieux les plus reculés de nos sociétés,
comprenait la souffrance humaine et était en dialogue avec le peuple des
exclus et «représentait, aux yeux de nombreux croyants et non croyants, un
prophète des dépossédés».
Vivre Ensemble rappelle que le rapport général sur la pauvreté qui vient
d’être remis au gouvernement belge rappelle l’ampleur de la détérioration
du climat social en Belgique. Les constats repris dans ce rapport peuvent
malheureusement être rapportés à l’ensemble des sociétés dites riches. «Le
chômage, la pauvreté, la maladie, l’exclusion sont omniprésents. Au-delà
des statistiques, des rapports et des études savantes, l’Eglise se doit
d’être présente auprès de ceux qui souffrent ajoute Vivre Ensemble. Cette
souffrance est celle de l’isolement, de la perte de dignité humaine, de la
non reconnaissance. Elle est aussi celle de l’exclusion au sens le plus
terrible du terme: ne plus pouvoir être écouté, ne plus avoir de voix, de
force; ne plus se sentir soutenu, reconnu. Etre abandonné de tous. Dans ce
désert de l’exclusion, une parole se faisait entendre, réconfortante pour
ceux qui en avaient le plus besoin.
Plus qúune faute, une erreur
La décision prise à l’encontre de Mgr Gaillot ne l’empêchera pas de
poursuivre sa mission, note Vivre Ensemble, mais, aux yeux de nombreux
dépossédés, elle résonne comme un désaveu, comme une nouvelle exclusion:
«L’Evangile est-il encore pour nous ?»
«En prenant cette décision, la haute hiérarchie de l’Eglise catholique nous
paraît commettre plus qúune faute, une erreur, affirme Vivre Ensemble:
celle d’ajouter la souffrance à la souffrance. Pourquoi ? Au delà des
divisions qui traversent l’Eglise, au delà des différentes sensibilités qui
habitent les chrétiens, nous sommes convaincus que rien ne peut justifier
que l’Eglise deviennent, à son tour, productrice d’exclusion et de
souffrances.
Une interpellation adressée aux évêques
D’autre part, l’assemblée générale de Vivre Ensemble s’indigne de la
manière dont une telle décision a été prise, «sans débat ni explication».
Elle constate que la destitution de Mgr Gaillot «s’inscrit dans le cadre
d’un processus de crispation à l’égard de toute parole non conforme au
discours officiel de la hiérarchie catholique». Elle dit craindre «que la
crédibilité de l’Eglise, et plus particulièrement son discours sur ’les
plus petits d’entre nous’ n’en soit une nouvelle fois atteinte».
L’assemblée générale «invite les évêques de Belgique et d’ailleurs à faire
preuve d’une solidarité concrète et tangible à l’égard de Mgr Gaillot et,
plus encore, à l’égard de ceux qui vivent aujourd’hui au plus profond
d’eux-mêmes la détresse humaine». Elle continue de croire en «la nécessité
de voir se développer, au sein de l’Eglise, des espaces de liberté et de
revendications démocratiques».
L’Action Vivre Ensemble, qui est mandatée par les évêques de Belgique pour
promouvoir la solidarité active avec les exclus, précise que «c’est dans le
cadre de ce mandat» que son assemblée générale «a décidé de rendre
publiques les réactions suscitées parmi ses membres par la destitution de
Mgr Gaillot».
Mgr Gaillot: bonne route !
Bruxelles, 15 janvier 1995 (CIP)
Ce dimanche, comme tous les prêtres du diocèse d’Evreux, le Père Pinel a lu
à la cathédrale d’Evreux le message de l’évêque destitué: «Dieu m’est
témoin que je vous ai aimés tendrement. Le moment est venu de vous quitter.
Accueillez celui qui vous sera envoyé comme pasteur de l’Eglise d’Evreux?
Bonne route !»
Pendant ce temps là, Mgr Gaillot célébrait la messe à la prison de Valde-Reuil. Après l’admonestation de Mgr Duval, au printemps dernier,
l’évêque avait reçu quelque 40.000 lettres de soutien mais, avait-t-il
confié dans une interview à l’hebdomadaire «La Vie», son plus grand
réconfort, à l’époque, lui était venu des prisonniers du Val-de-Reuil
auquel il avait rendu visite. «C’est un réconfort de l’âme. Ils suivent
tout. Ils sont au courant de tout vis-à-vis de moi», déclarait- il, en
notant que «ce réconfort vient de gens qui sont loin de l’Eglise».
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